Henry VI : Episode 2 !

Vendredi 16 mars 2012, 19hh00, Théâtre de la Foudre, Petit-Quevilly




Le lendemain, donc…

Eh bien le lendemain, nous sommes heureux, excités même à l’idée d’y retourner et d’en reprendre pour 4 heures. Eh oui…

La première partie se laisse regarder sans effort particulier, nous sommes bien sur l’élan de la veille, sauf que ça rigole moins. L’heure est grave ! Les gentils français ne sont plus là pour nous faire rire avec leurs poses ridicules et leurs vaines tentatives de vaincre Henry. Un coup ils gagnent, trois fois ensuite ils perdent. A se demander comment nous avons fini par les bouter hors de France. Shakespeare nous ridiculisait hier, et c’était bon. Mais ce soir, ce n’est plus drôle, car le royaume de Henry lutte avec lui-même et se déchire. Prière de ne point rire, rien ne va plus…


Le problème ce soir, n’est pas tant qu’on ne rie plus aux éclats, mais que le lourd fardeau de la crise anglaise pèse sur des comédiens qui projettent, à l’énergie, et avec quelle générosité, parfois comme dans un match de boxe. On ne sait plus toujours si c’est le comédien qui souffre ou son personnage. L’énergie c’est bien, la nuance parfois, c’est mieux…

Alors, oui, on entend le texte jusqu’en haut de la salle, oui, les comédiens donnent, se battent et « envoient », comme on dit, mais, oui, on fatigue un peu aussi, on partage la peine de certains. Ce soir, ils en bavent. Au sens propre, surtout, comme au figuré, aussi. Hier, ils suaient, ne bavaient pas. Je ne suis pas un accro aux nuances de l’effort des travailleurs de la scène, mais j’ose y voir comme un effort qui n’était pas nécessaire hier, et curieusement indispensable aujourd’hui…

Est-ce le fait qu’il n’y a pas autant de figurants amateurs qui apportent de la fraîcheur ? Que le metteur en scène n’est pas sur scène ce soir ? Que le travail a porté surtout sur la première partie ? Que, que, que… ou pourra toujours chercher des raisons… Résultat, pour moi, ce sont des émotions assez peu vives ce soir, surtout dans la deuxième partie. Mais, en effet, c’est très professionnel, c’est très technique, c’est très porté, envoyé, tout le temps. C’est physique, au sens de l’exercice, de l’athlète. Je pense, mais ça n’engage que moi (voici un autre avis), que l’émotion y a perdu, et que les drames de ce soir n’étaient pas bien puissants sauf par l’effort olympique employé. La création artistique est surtout esthétique, intellectuelle, et physique. Bon.

Je reste donc un peu sur ma faim pour cette deuxième partie. J’admire cependant ce déploiement d’énergie, ces efforts, cette générosité et l’intelligence. Mais je reste un peu sur ma réserve quant à l’émotion. Je ne suis pas touché. Pourtant, j’adore la tragédie, et être bouleversé par elle…

Des images me restent néanmoins : le lynchage de la duchesse Éléonore, la partie de chasse avec les fleurs-fléchettes et l'aveugle qui retrouve la vue, la mort de Gloucester… Et puis, me restent aussi les figures de Warwick, celle de Gloucester, celle de Richard, que je m’attendais à voir finalement triompher. Mais non, figurez-vous que ce n’est pas encore fini... La suite nous attend. Pour 2013 je crois… En effet, ce n’est pas une surprise que je dévoile ici, Richard Plantagenêt finira par faire de sa lignée l’héritière du trône. Mais, il vainc en perdant sa tête… Je n’en dis pas plus… Thomas Jolly vous montrera la suite dans son spectacle fleuve la saison prochaine.

En mai, le 12, vous pourrez voir la totale : les huit heures dans la foulée. Le spectacle commencera à 16h00 à Charles Dullin (Grand-Quevilly).

Pour la première partie, je signe des deux mains, pour la deuxième, je me réserve… Ceci dit, allez-y, c’est un spectacle rare, grandiose, et un travail étonnant. Si la deuxième partie est, à mes yeux, plus faible, elle n’en reste pas moins un bon travail. Et puis, faites-vous votre opinion, contredisez-moi, j’en serai ravi, passionnons-nous pour le spectacle vivant, c’est comme cela qu’il le restera et Dieu sait que notre époque en a besoin !

Merci monsieur Jolly d’avoir osé cela, car cette pièce sent notre époque à plein nez, donc nous parle. Et puis, vous avez pris des risques… N’est-ce pas cela que le théâtre : oser parler de notre époque, et oser prendre des risques ? Osons en parler aussi, donc.

Richard

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