Damien le Nouveau, 3ème épisode !

Dimanche 10 juin 2012

Nos écrits 




Cet article est la suite d'une histoire dont le début a commencé ici !



ACTE II

(Jour 4, puis 5)

Scène 1

Damien, Uiscias, l’aide de camp

Uiscias : Vous voici donc mon seigneur…
Damien : Pourquoi, tu en doutais ?
Uiscias : Non. Toi, oui…
Un temps.

Damien : J’ai déposé mes armes. Pour un temps.

Un temps.


Mais, elles sont à portée de main. Pour monter au combat si j’en suis convaincu. Pour…
Uiscias : Pour moi aussi, si besoin.
Damien : Dans le fond, je n’en n’ai pas envie, mais, …
Uiscias : Mais, tu penses que ce serait raisonnable.
Damien, approuvant : Mhm…
Uiscias : Je n’ai rien de raisonnable à t’apporter. Mais cela tu le sais déjà. Je ne cherche pas à me défendre. Tu es libre. Ou si tu ne l’es pas, je n’y suis pour rien. Et tu en es le seul responsable. Même si la cause t’échappe un peu… Tu es le jouet de ton destin penses-tu. Et c’est vrai, mais le libre arbitre t’appartient toujours. Tout est possible. Tu dois être conscient et décider en ton âme et conscience.
Damien : J’écoute.
Uiscias : Quelque chose se prépare. Qui sera un atout, ou bien ta perte. Je n’y vois pas très clair car la situation évolue et l’oracle change. Hier encore je t’aurais seulement dis cela : un cadeau t’arrive. Mais aujourd’hui, le cadeau est peut-être un poison. D’ailleurs, c’est plutôt une offrande piégée. Le principe féminin s’invite…
Damien : Ma mère…
Uiscias : C’est ce que je croyais au début de cette prémonition. Mais non.
Damien : Ce que tu dis ressemble à la guerre… et cela ne m’apprend rien, finalement…
Uiscias : Non, il s’agit bien d’une personne.
Damien : Es-tu donc incapable de la voir ? Tes visions se brouillent, ton pouvoir diminuerait ? Ou quelque chose t’empêche de voir ?
Uiscias : Oui. Mon esprit. Car ce que j’entrevois est impossible. Et, donc, je ne le vois pas car je refuse cette annonce.
Damien : Si cela est trop beau pour être vrai, mais représente une menace malgré tout, pourquoi refuses-tu l’évidence ?
Uiscias : Parce que ce n’est pas une évidence justement.
Damien : Vois-tu et me caches-tu les choses, ou bien es-tu aveugle ?
Uiscias : Je suis partiellement aveugle… Je dois te faire confiance pourtant, car je redoute tant la situation pour toi, que je peine à être clairvoyant.
Damien : Comment peux-tu t’inquiéter pour moi ? Je suis le roi. Inquiète-toi pour toi…
Uiscias : Cet évènement peut tout. Le meilleur comme le pire. Pour toi, pour ton peuple, pour les deux peuples, pour cette terre que nous chérissons. Je suis désolé, je ne parviens pas à mieux voir.
J’ai très peur pour toi. Ta vie pourrait basculer dans une grande beauté, ou s’enfoncer définitivement vers une fin terrible et très proche, et bien triste, et bien mauvaise. Ô quel gâchis… Ô quel beau monarque aussi. Quel cadeau inespéré…
Damien : Bref, tu ne m’aides en rien. Tout est toujours possible à partir du moment où je considère que le libre arbitre m’appartient. C’est ridicule.
Uiscias : Sauf que ton Dieu a œuvré pour créer cette opportunité. Ton père a intercédé pour toi. Le destin a changé tous ses plans macabres et t’a offert cette chance, à toi, et ton peuple… une dernière chance…Celle que ton père n’a pas eue… n’a pas su créer…
Damien : Cesse de blasphémer, cesse ! Ma main tremble d’envie de te trancher la gorge ici, maintenant.
Uiscias : Je t’en prie, écoute ton cœur et ne laisse pas la douleur, bien naturelle, d’avoir perdu ce père, te détourner de toi-même. Je t’en prie.
Damien : Va-t-en ! Hors de ma vue, si tu veux survivre à cette journée. Fuis et cherche exil si loin que je ne puisse te retrouver. Fuis ! Je ne me trahirais pas une seconde fois pour des histoires à dormir debout de rebouteux. Je me suis enfin trouvé, à l’image de mon père. Je ne veux pas me perdre de sitôt…
Uiscias : Ce que tu crois avoir trouvé n’est pas toi. Cela te rassure car c’est fort, c’est dur et tranchant et intolérant. C’est le principe masculin ; c’est le principe du père aussi. Mais ce n’est pas le nouveau Damien que tu as trouvé. Le nouveau Damien ne peut sortir que de l’ancien que tu étais et que tu es encore. Il sera bien meilleur. Il sera bienveillant, et responsable, et l’humble serviteur de son peuple. Il ne sera plus frivole comme l’ancien, et cela se fera sans effort. Aujourd’hui, est le Damien fou de douleur. Il a le droit d’exister, mais il doit céder sa place cependant pour les choix importants. Et il n’est pas à la hauteur des décisions à prendre… Il est bien trop petit, et insuffisant, et inconséquent…
Damien, l’attrapant au col et le plaquant au mur : Comment peux-tu ? Comment oses-tu ? Tu me défies donc ? La décision que je viens de prononcer, moi, ton roi, doit te faire trembler, et t’exécuter à l’instant, et moi, je dois me respecter et te tuer, te tuer, tu comprends ? Tu ne comprends donc pas, fou, que je suis le roi nouveau, le roi impitoyable ?

Damien l’étrangle. L’aide de camp entre précipitamment…

L’aide de camp : Mon seigneur ?
Damien, lâchant Uiscias qui s’effondre : Quoi, que veux-tu ?
L’aide de camp, essayant de se reprendre en voyant la scène : Un, un, … prisonnier a été fait …il rodait près de la ville … il cherchait en fait…
Damien, reprenant son souffle : Quoi ? Que cherchait-il ?
L’aide camp, ne pouvant quitter du regard Uiscias étalé : On vous l’amène mon seigneur, je n’en sais pas plus…
Damien, sortant : Débarrasse-toi de celui-ci.



Scène 2
Ivan, Clotilde

Ivan : Enfin seuls… ma sœur…
Clotilde : Enfin, mon frère. Je ne t’attendais plus.
Ivan : J’ai failli ne pas venir.
Clotilde : Est-ce la fin, maintenant ?
Ivan : Pour toi oui. Pour le reste, les peuples, la politique, la guerre, la haine, ça n’arrête jamais je crois…
Clotilde : Tu ne crois rien, tu ne sais rien. Ne devise pas en sage, que tu ne seras jamais.
Ivan : Et toi, oublie tes ambitions de saintes. Même ta figure de martyre ne durera pas. J’y veillerai.
Clotilde : Tu n’es donc pas fatigué, jamais, de ces vanités perpétuelles ?
Ivan : Tu me donnes conseil ? N’est-ce pas toi qui es à l’origine de tout ceci ? Tes intrigues de jeunesse m’ont fait ce que je suis. Aurais-tu oublié que je te devais ma mort ? Ce qui aurait du être ma mort… Mais je suis ton échec vivant. Et j’ai passé ma vie à ruiner tout ce qui te touche, et touche à notre lien commun. Qui se souvient encore de nos parents, à part nous ? Qui sait que nous sommes du même sang ? Qui le saura ? Qui sait que ma fille est ta fille aussi ? Qui sait que je t’ai aimée ? Comment as-tu pu me vouloir tuer pour cela ? N’étais-je pas un bon amant ? Tendre, et empressé de te donner du plaisir… N’est-ce pas ce que toute femme attend de son homme ?
Clotilde : Oui, quand il n’est pas son propre frère…
Ivan : Les conventions.
Clotilde : Les conventions si tu veux…
Ivan : Si tu veux, toi ! Moi, je me fous des conventions, et toi aussi tu les ignorais au début, lorsque tu as cédé… N’étions-nous pas les deux amants les plus heureux de la Terre ?
Clotilde : Oui ! Mais tu m’as trompée ! Je t’ai aimé malgré ta déchéance et malgré ce que je croyais être une basse origine. Je te croyais un héro du peuple, pas le fils de mon père, renié et chassé de sa famille…
Ivan : Mon père m’a outragé, rejeté comme un criminel !
Clotilde : Mais tu savais qui j’étais. N’était-ce pas intéressé que de me séduire ?
Ivan : Au début, oui, je l’avoue, mais ensuite, je t’ai aimée follement…
Clotilde : Pas au point de m’éviter le pire, l’inceste honteux dans lequel nous avons vécu alors que tu le savais ! Et ce monstre, si joli pourtant, si saint et maintenant si charmant que nous avons engendré… cette fille…
Ivan : Que j’ai heureusement sauvée à sa naissance, que j’ai tendrement aimée car elle est innocente, encore aujourd’hui alors qu’elle est femme.
Clotilde : C’est pour cela sans doute que tu la punis en la reniant, toi aussi, comme ton père t’a renié, en la sacrifiant, comme un bourreau, ah le beau père que voila, et tu me fais la leçon de la honte, du père outragé et de la mère indigne. Je crache sur ta figure…
Ivan, s’essuyant : Sais-tu seulement pourquoi notre père m’a rejeté ?
Clotilde : Explique-moi que tu n’y es pour rien, maintenant qu’il est mort et qu’il ne peut répondre…
Ivan : Lui aussi, m’a… aimé… de toutes les façons qu’on aime, et depuis ma tendre enfance…

Un temps.

Clotilde : Cette fille n’aurait pas du naître…
Ivan : Ne regrette rien. Ton souhait va se réaliser. J’achève ce cycle destructeur mais libérateur en laissant ma fille à ton fils. Et par cette belle guerre ravageuse, vengeresse… Tu vois, je t’exauce, alors que me reproches-tu ? Je la laisse libre, moi, au moins. N’a-t-elle pas voulu cela d’elle-même ? Je ne fais que respecter sa volonté…
Clotilde : Damien ne tuera pas Morgane, contrairement à toi qui la condamnes.
Ivan : Non, en effet. Mais n’as-tu pas vu la beauté de notre fille ? Ton fils frivole ne pourra qu’en tomber amoureux. L’inceste, pour couronner le tout… Encore, et encore, l’histoire se répète.  L’ironie du sort ne s’arrête donc jamais… Cela pique un peu ma sœur, n’est-ce pas ? Sont-ce les clous de tes mains enfin arrachés ? Font-ils plus mal lorsqu’on les plante ou lorsqu’on les enlève deux jours plus tard, confondus qu’ils sont avec les chairs de tes mains ?
Clotilde : Ils sont à demi frère et sœur, c’est moins grave…
Ivan : Réjouis-toi donc de ce tableau familial réussi, fruit de tes efforts, et meurs en paix. Ils vivront heureux... Ha ! L’assaut final n’attend que mon ordre pour mettre fin à ce chaos pervers. Auront-ils le temps de concevoir un enfant ? De jouir de leur jeunesse, de leur beauté en toute innocence ? Ton fils sensuel et ta fille enfin dépucelée, morts enlacés dans les ruines de ton pays. Dans les flammes de ma vengeance. Et ne dis pas que tu n’y es pour rien, épargne-moi cela s’il te plaît, je crois que tu me le dois au moins. Au moins cela, tu me le dois, avant ta mort. Car j’ai tout fait pour le mieux : qui saura tout cela ? Tu as vu les secrets que j’ai gardés ? Tu as vu les discrétions que j’ai prises ? Admire, s’il te plait, mon humilité dans le soin que j’ai pris à me guérir de l’horreur dans laquelle tu as décidé de me plonger, avec ton père, mon père…
J’aurais pu être vulgaire, crier à l’injustice et cracher sur le destin qui se jouait de moi, ou encore me plaindre et injurier les dieux. J’aurais pu étaler sur la place publique toutes ces horreurs. Non, je lave mon âme dans l’arrière cours, dignement. J’ai respecté la mémoire de notre bel amour jusqu’au bout, pour ma part. Adieu ma sœur...

Un temps, feignant de partir, puis sortant un couteau face public, dos à Clotilde.

… mais tu ne croyais pas que ces trois jours promis par notre fille te seraient octroyés ?
Clotilde : Non, bien sûr. Mais que tu fasses le travail toi-même m’étonne. Je ne te savais pas ce courage.
Ivan : C’était ma volonté de départ. Tu vois comme tu me connais bien ma sœur. Sauf qu’en te parlant, j’ai senti fondre mon abnégation pour que tout cela finisse à l’ombre de l’éternité, dans les coulisses de l’Histoire, dans l’arrière-cour avec mon valet. Ce n’est pas une guérison possible. C’eut été malsain et inacceptable finalement. Je me guéris par ta mort. Ce n’est pas du courage ma sœur, c’est une libération. Un plaisir aussi... et pourtant je t’ai aimée…

Il la tue, sauvagement.

Scène 3
Damien, Morgane, l’aide de camp

L’aide camp, relevant la tête de Morgane par les cheveux ; elle est à genoux : Voici le prisonnier mon seigneur…
Morgane : Je me suis livrée à vous seigneur Damien.
Damien : Drôle de prisonnier en effet. Quelle est cette folie ma demoiselle ? Vous dites appartenir au camp adverse et vous livrer au titre d’otage ? Quand bien même ce serait la vérité, qu’ai-je à faire de vous ? Si je vous pends haut et court dans l’instant, croyez-vous Ivan, si tant est qu’il soit bien votre maître, assez ému de votre sort pour changer le cours des choses ?
Morgane : Je le crois volontiers seigneur car je suis sa fille.
Damien : L’infante ! Bravo, vous devez avoir son âge à peu près en effet…
Morgane : Je suis Morgane et me livre à vous de mon plein gré afin de faire cesser cette guerre entre nos deux peuples.
Damien : Ma demoiselle, je ne suis ni d’humeur, ni patient pour ces jeux d’enfants. Votre folie me touche mais m’ennuie et me lasse à présent.
Qu’on la jette à la rue ; qu’on lui donne un quignon de pain, une rasade de vin et qu’on lui rase les cheveux afin qu’elle n’y revienne pas. Allez.
Morgane, se débattant : Seigneur, j’ai vu votre mère, elle souffre et me demande de vous embrasser !
Damien : Cessez ces âneries ! Profitez de ma clémence et taisez-vous enfin ; qu’on la sorte bon Dieu !
Morgane, résistant de toutes ses forces à l’aide de camp qui veut la sortir sur le champ : Voici sa bague, seigneur !
Damien, il lève la main, puis se rapproche : Votre folie me touche vraiment ; ce doit être une vie difficile…
Il lui prend les mains, les regarde et découvre la bague de sa mère.

Où as-tu trouvé cela folle ? Rends-la-moi…
Morgane : Elle est à vous seigneur. Votre mère est en vie. Encore quelques jours.
Damien : Je sais cela, mais toi, comment peux-tu faire valoir tes informations ? Que cherches-tu donc ? Qui es-tu à la fin ? Une espionne à la solde de l’ennemie ? La plus redoutable sans doute, car tu perces au cœur. Tu joues avec ta vie, tu aurais mieux fait de vendre ce bijou au marché noir. Cherches-tu les ennuis ?
Morgane : Ma vie importe peu. Je peux servir la paix. Je suis la fille d’Ivan, Morgane l’infante et me livre à vous sans peur. J’ai des nouvelles de votre mère.
Damien : Je ne t’ai pas regardée. Tu es belle. Tu as les yeux de ton père en effet. Mais, Ils brillent de l’éclat de l’innocence. Morgane. Quelle folie n’est-ce pas ?
Morgane, elle baisse finalement les yeux : Oui seigneur…
Damien : Voici l’offrande charmante et vénéneuse annoncée.
Morgane : Non seigneur, c’est d’un cœur sincère et obligeant que je vous parle. Que je vous regarde.
Damien : Alors, regarde-moi…
Morgane : Oui, seigneur…
Damien : C’est donc bien vrai, tu as trahi ton père.
Morgane : Oui.
Damien : Ta vie t’importe si peu ?
Morgane : Elle m’importe beaucoup car je vous la confie.
Damien : Prenez garde dame Morgane, je vais la prendre.
Morgane : Mon seigneur…
Damien, lui posant un doigt sur la bouche : Chut… S’adressant à son aide de camp
Installez dame Morgane dans mes appartements.
Reposez-vous ma dame.
Postez deux gardes à l’entrée et prenez soin de lui prodiguer les égards dus à son rang. Obéissez-lui comme à moi-même.
L’aide de camp : Ce sera fait mon seigneur.

L’aide de camp précède Morgane ; ils sortent laissant Damien seul.

Damien, après un temps : Uiscias… aide-moi… Ô ma mère… Ô mère…

Damien tressaille, tombe à genoux


A lire aussi :

            1. L'épisode 1
            2. L'épisode 2

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