Silences et Cris


 Dimanche 17 juin 2012


Silences et Cris…

écrits.

Existe-t-il un texte grâce auquel on peut se taire, ou crier de désespoir ? Binaire quoi. Comme la musique moderne. Tout ou rien.

Rien d’autre vraiment. Pas de pathos, pas de sentimentalisme, pas de compréhension intellectuelle, pas d’exposition, pas de blabla, pas de mise en bouche, pas de « boboïsation », pas de pour faire plaisir, pas de mots qui fatiguent parce qu’ils servent à quelque chose, soi-disant, pas d’obligation d’attendre et ronger son frein jusqu’à ce putain de passage qui vous part du ventre sans effort, pas d’atermoiement, de réflexion, de prise de tête. Le cri animal, ou le silence total.

Histoire d’arracher un peu les spectateurs à cette contemplation léthargique et complaisante des représentations modernes qui, même quand elles les font chier, sont saluées debout...

A se demander si, justement, on ne salue pas debout parce qu’on n’a rien compris, qu’on n’a pas été touché, et que, c’est tellement en dessous de tout, « injustifiablement », qu’on ne sait comment trouver des mots pour expliquer à quel point on ne trouve rien, mais alors rien, dans ce truc qu’on vient de voir. Sauf le vide de notre époque. Alors, la tête bien faite se dit que c’est tellement puissant qu’on est passé complètement à côté, donc, donc, … donc ? C’est pourtant simple, ça veut dire que c’était géniaaaaaal, et que je ne m’en suis pas aperçu ! Mais, oui, c’est ça ! Levons-nous !

« Quelle démonstration de l’impuissance du raisonnement, ah oui,  vraiment, c’est magistral ! ».

En effet, il serait dur, de reconnaître que nos vies vides de sens, ont encore été perdues un peu plus en perdant du temps devant ce vide supplémentaire. Ça se mord la queue et s’entretient. Cela finira-t-il jamais ? Et surtout comment ? Se flinguer ? Non, mieux vaut applaudir à n’en plus pouvoir…
Ce sera toujours plus facile à justifier… et de s’en remettre…

 Mais, personne n’est un bobo de la pensée dans ce cas. Non, nous sommes alors le meilleur public du monde. Qui dira le contraire ? Après de tels applaudissements ?

Faut-il en conclure qu’une pièce grâce à laquelle on cracherait à la gueule des comédiens à la fin signifierait qu’elle nous interroge sur les humains que nous sommes ? Comme devrait le faire toute bonne pièce de théâtre ?

En tout cas, ça demande réflexion…


La télévision pourvoit à beaucoup, la plupart, de nos besoins narcissiques. Alors ?...

Aujourd’hui, comment interroger encore, et vraiment, le spectateur ? Blasé, pourri gâté par l’offre, par le multimédia, par le post-modernisme. Cette pose qui consiste à ne plus s’étonner de rien, rien ne peut toucher le spectateur post-moderne. Même de la merde sur scène. C’est géniaaaaaaal…. Quand je dis de la merde, ce n’est pas une image, je parle pour le lecteur post-moderne, qui voit un sens profond partout, même, surtout quand il n’y en a pas. De la vraie merde sur scène, si, si, ça se fait. Je dis ça pour ceux qui ne sortent pas le dimanche. Le retour à la période pipi caca semble la seule voie pour choquer encore. Fort, très fort.

Alors, comment toucher le spectateur sans uriner sur scène ? Au mieux, cela choque les quelques bourgeois non post-moderne. Ceux qui ont raté le train de la bourgeoisie moderne. Et puis ?

Et puis, je sens monter des bouffées, des envies d’arrachements des cordes vocales, des tremblements dans le ventre. Alors, je me dis qu’on y est peut-être. La transpiration, les battements, les pulsions, la pulsation…  Il faut pour cela le texte parfait, le texte qui me fera crier ou me taire. Faut-il l’écrire aujourd’hui ? L’est-il déjà ? Sais-je le voir ? Sais-je le lire ? Sais-je le dire et le jouer ? Peut-être qu’on oublie l’essentiel, le plus simple, le plus évident : le récit, le grand récit. Il paraît, à ce qu’on dit dans les milieux bien réfléchissants, que le récit au théâtre est mort. Rendez-vous compte…

Rien ne vaut aujourd’hui que le huis clos égocentrique, auto-centré, éthno-centré, narcissiquo-égoïsto monologué et… seul … surtout, car l’homme moderne est seul, désespérément seul (c’est bien, ça coûte pas cher en comédien…). Ne l’emmerdez plus s’il vous plaît avec les récits. Les histoires, c’est pour les enfants, c’est bien connu, or, l’homme moderne n’est plus un enfant, il est adulte, n’a plus besoin qu’on lui raconte des histoires… Ah bon ?

Cet enterrement est l’occasion de crier, de pleurer, et de se taire. Serait-ce une histoire à écrire, à raconter, à jouer ?

L’inaccessible étoile d’aujourd’hui ?

Richard



Cioran : " La seule attitude pertinente serait le silence ou un cri de désespoir. "
 

2 commentaires:

  1. Que dire ? Je ne sais... Peut-être juste que c'est vrai. Mais vraiment "vrai", sans aucune complaisance. Du moins je le crois. J'ai la chance d'être encore à un âge intermédiaire, où ça commence à être un peu honteux d'aimer les histoires, mais pas trop... C'est mon âge, peut-être, qui fait que j'aime tant le romantisme. Ce que je vois du monde, avec mes yeux d'adolescente de quinze ans, ne donne pas forcément très envie de devenir adulte. Souffrirais-je donc du syndrome de Peter Pan ? C'est plus complexe que ça, car j'ai comme une aversion de l'immaturité...
    En tout cas, je sais pourquoi je vais au théâtre. J'y vais pour voir la vie.

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  2. J'aspirais à cette maturité, à présent, je rêve de régression. Le syndrome de Peter Pan n'est pas une maladie, plutôt une chance. Quoique, quoique, il faut faire avec l'âge et, avouons-le, il n'y a pas que des inconvénients à cette maturité. Il me semble qu'on peut espérer un peu plus de liberté. Par contre, il faut l'exiger, sans concession. Ou, peut-être que je me fais des illusions ?
    En tout cas, continuez d'aller au théâtre pour cette si belle raison...

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