Théâtre, éducation et abandons.



Dimanche 16 septembre

Théâtre, éducation et abandons… Ouch ! Quel programme ! L’article qui fait peur aux théâtreux… peut-être…

Pas tous. Certains suggèrent que l’essentiel des budgets alloués à la culture, notamment au spectacle vivant, va au fonctionnement administratif des structures financées. Dans des proportions lourdes. En fait, c’est un constat. Ce n’est pas une suggestion. La suggestion aux élites, si tant est que certaines passent ici, la voici : marcher sur la tête, c’est bien au spectacle, dans la rue. Mais, quand sous prétexte de rationalité, l’essentiel de la mission des acteurs culturels n’est pas financé par l’essentiel du budget alloué, c’est se moquer :


Théâtre et finances


Se moquer des gens qui paient des impôts.

Se moquer des vrais acteurs culturels. Quand je dis acteurs, je dis comédiens, ou acteurs. Les vrais, pas ceux qui travaillent autour du spectacle vivant, alors qu’ils ne sont pas artistes, ni de près ni de loin. Les commerciaux, les  administratifs, les financiers, ne sont pas des acteurs culturels. Ne devraient pas l’être…

Un collectif de théâtre Pôle Nord  (désolé ils n’ont pas de site ; ils bossent et  l’infrastructure passe après l’essentiel : jouer, partager, créer) s’interroge sainement sur la situation. Et je partage leur point de vue. Les vrais acteurs culturels, ne sont donc pas capables d’attirer le public dans leur salle et dans des conditions décentes, sans cet attirail qui prend, au final, l’essentiel du budget ? En sommes-nous bien là ? La réponse est oui.

En plus trivial, cela donne : justifier et organiser est donc plus important que la production vivante ? Sans cela, le théâtre, par exemple, n’existe donc pas ? Oui, oui et oui. Nous en sommes là. Réellement. On ne sait pas faire autrement aujourd’hui. Ou alors, on est une petite association qui fait ça pour la beauté du geste. Mais, là, on sort du propos… quoique…

Le risque n’est-il pas qu’à force d’entériner ce raisonnement, la production culturelle en pâtisse réellement ? N’est-ce pas déjà un peu le cas ? Qui a l’ambition de produire, par exemple, le théâtre de Hugo ? Très peu, trop peu. Normal, qui peut se le permettre dans ces conditions ? Hugo, ce n’est pas un seul comédien en scène qui expose son spleen. Pas deux, pas trois, pas… vous m’avez compris ?

Lorsqu’on parle culture aujourd’hui, le spectacle notamment, répond, individualisme, narcissisme. Or, faire de la culture, c’est produire du sens collectif. Non seulement parce que cela s’adresse au collectif, mais parce que cela remet en question le collectif, la société. Chacun de nous aussi, c’est vrai. Mais pas seulement. Pas uniquement, je crois que c’est une erreur de s’en tenir à l’individu. De plus, faire sens sans un collectif artistique, c’est faisable, bien sûr, mais c’est un peu vain. La notion de troupe se perd aujourd’hui en France. On monte des pièces en prenant des comédiens qui formeront une troupe occasionnelle.

Les collectifs se raréfient. Je ne suis pas dupe, il n’y a pas qu’un problème d’argent. C’est une tendance actuelle. Mais, l’argent est en la matière, au moins le reflet de cela.

Pourquoi un collectif est important ? Parce qu’une famille de théâtre donne l’opportunité fabuleuse de proposer un travail profond, un engagement fort. Travailler en famille, c’est avoir confiance, c’est s’exposer sans pudeur, c’est, donc, aller loin, très loin. Evidemment, c’est important pour le travail artistique. Mais, quand on doit justifier une aide de financement, cela ressemble à un argument bidon. Personne n’oserait avancer cela aujourd’hui… Le CDR de Vire peut-être…

Bref, le financement du théâtre, sachez-le, va essentiellement aux structures administratives et infrastructures, mais pas à l’art. Et puis, nous avons, nous tous, peut-être un peu délaissé le sens du collectif. A la fois dans les propositions artistiques, mais aussi dès l’éducation à l’art que propose l’école. Quand elle en propose une…

Alors voilà, ça ne sert à rien, mais ça va mieux en le disant, en le rêvant : pourquoi ne pas introduire de façon obligatoire, et systématique, le théâtre à l’école ?

Education ?

 

Alors que l’école a un peu abandonné de savoir faire lire les enfants (quant à écrire, quelle folie !), il serait sans doute bienvenu, car ludique, d’associer le théâtre à cette démarche : écrire, lire et jouer du théâtre à l’école, n’est-ce pas un formidable tremplin pour la compréhension du monde dans lequel on vit ? N’est-ce pas aider l’enfant à s’impliquer dans un projet collectif qui a du sens ? Et, qui plus est, permet de s’approprier les outils indispensables à cette vie en société ? Plus encore, cela aiderait à la compréhension de soi, à écouter sa spontanéité naturelle propre et pouvoir l’exprimer dans des formes artistiques communes comme la langue française et donc partager ce que l’on est avec l’autre. Bref, produire de l’art. Mais, il était plus facile de faire une réforme de l’orthographe en la simplifiant, plutôt que de lutter pour enseigner notre belle langue. Réduire sa beauté c’était céder à cette médiocrité ambiante qui est en passe de devenir la norme : la culture de l’échec.

Je remercie, par exemple, tous les jours, ma maîtresse d’école de n’avoir pas cédé à cette médiocrité, en m’enseignant le français avec la méthode syllabique. Si des instituteurs, et institutrices sont de passage ici, je serais heureux de leur exposer les bienfaits de cette méthode, intellectuellement détestable j’en conviens, mais si efficace pour écrire, parler, et comprendre le français.

Vous l’aurez compris, j’en ai un peu marre d’entendre des discours du genre : « il faut laisser la liberté pédagogique aux enseignants ». Surtout quand ça vient de la gauche fraichement élue au pouvoir et qui abandonne ce qui devrait faire sa fierté, à savoir croire en l’homme mais ne pas en être dupe ! Donc, si je comprends bien, il vaut mieux sacrifier plusieurs générations d’enfants que contrarier les enseignants. Quel courage politique ! Aveu évident de l’échec des politiques qui sont impuissants devant le diktat économique, et devant celui des enseignants. Ces enseignants qui commencent eux aussi à œuvrer pour l’éducation en faisant des fautes sur le tableau. Normal, ils sont le résultat de notre abandon.

Alors, on arrête quand d’abandonner ? Car ce genre d’abandon peut coûter cher à une société. Mais, si l’histoire devrait nous aider en la matière, comme, là encore, l’abandon de la politique d’éducation est de mise, personne ne comprend le lien dangereux entre la bêtise généralisée et l’échec d’une démocratie. Pourtant, il n’y a pas si longtemps…

Or, actuellement, nous avons encore la possibilité de faire jouer le politique. Et le politique peut encore faire des choses, agir sur le monde. Il en a clairement les moyens. La seule chose qui lui manque, c’est le courage. En effet, quand on décide, il faut ensuite passer à l’action. Donc, trahir le désir de certains, plaire à d’autres. Nos politiques aujourd’hui veulent avoir raison (péché d’orgueil) et surtout veulent plaire au plus grand nombre (double péché de démagogie et mégalomanie).

Abandon politique, abandon de tous ?

Si nous attendons trop, nous abandonnons l’espace public et politique qui peut agir au nom de la société. Cet abandon est commencé depuis longtemps. Gare à nous. Si des professeurs d’histoire sont de passage ici, je me ferais un plaisir de publier un commentaire éducatif de leur part montrant, avec un ou deux exemples explicites et explicités, ce que je suggère ci-dessus…

Je ne souhaitais pas faire d’article de ce genre sur le blog, mais, finalement, je réalise que c’était céder, encore, à la culture de l’échec, à l’abandon de mes valeurs. Après tout, si cela peut faire débat, réveiller quelques citoyens fainéants, indigner quelques instituteurs, alors parlons-en, et ici même pourquoi pas !

Et, qu’on ne s’y trompe pas. Je n’aspire qu’à l’excellence, mais il n’y a aucun élitisme dans cet article ! Aucun ! Et, c’est bien là le drame : qui peut comprendre cela ? Justement, et malheureusement, pas ceux qui ont besoin que ce discours soit défendu…

On en revient encore au même point, la solution est seule et unique : l’éducation à la lecture, à l’écriture. Par le théâtre ? Elle permet de tenir un raisonnement, de commencer à comprendre ses semblables sans ambigüités et, par là, le monde, le vaste monde… au moins commencer… Au moins commencer à arrêter d’abandonner.

Plus d’abandon politique ?
Plus d’abandon de l’éducation ?
Plus d’abandon du théâtre ?

Vous croyez que c’est possible ?

Richard


« Comme toute image animée, le spectacle est chose éphémère. Je vois, je jouis, et puis c’est fini. Aucun moyen, pour la jouissance, de reprendre un spectacle : il est perdu à jamais, aura été vu pour rien (la jouissance n’entre dans aucun compte). Mais voilà que, inattendu et comme indiscret, le livre vient donner à ce rien un supplément (paradoxe : le supplément d’un rien) :

Celui du souvenir, de l’intelligence, du savoir, de la culture.

Ce qui est demandé ici : que la masse énorme et infiniment mobile des livres consacrés au spectacle ne fasse jamais oublier la jouissance dont ils scellent la mort ; que nous lisions dans la résurrection proposée par le savoir, ce jamais plus qui fait de tout spectacle (contrairement au livre) la plus déchirante des fêtes. »

Roland Barthes

2 commentaires:

  1. Je crois avoir lu quelque part qu'en Angleterre, le théâtre est un enseignement obligatoire. On peut espérer que la France prendra exemple là-dessus, même s'il me semble que c'est un art tout de même assez répandu dans les écoles primaires de notre pays.
    Il est certain que dans notre société, le théâtre (mais cela va plus loin : l'art en général) est peut-être délaissé au profit du profit, justement. Alors je n'ai peut-être pas de conscience/intérêt politique suffisant pour saisir la chose dans son entièreté, mais je trouve tout de même cela regrettable.
    La "médiocrité ambiante" dont vous parlez, je la ressens moi-même tous les jours. Je ne crois pas connaître qui que ce soit dans mon lycée qui ne soit dans l'immanent, dans le superficiel, au détriment du transcendant. Je ne connais par exemple personne qui écrive sans faute par amour de la langue : tous le font (quand c'est le cas) par habitude, ou travail subi pour ne pas perdre quelques points sur leur note finale.

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    1. J'y vais un peu fort peut-être. Je suis sans doute un peu pessimiste et moralisateur : dans le fond cependant, je suis sincèrement touché par l'échec scolaire car, je ne tiens pas plus que cela au principe de l'école, sauf que, jusqu'à aujourd'hui, et pour endiguer les dérives d'une société, il me semble qu'on n'a pas trouvé mieux. Alors, quand elle échoue cette école, cela m'attriste. Quel gâchis. Ce sont les enfants qui le paient. A côté de quelle richesse ils passent ! Quels adultes aurons-nous demain ?

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