Le Roi se Meurt



Mardi 30 octobre 2012

Nos sorties 

Ionesco par Bouquet et Georges Werler. Pas de grands risques ?

En effet, nous n’avons pas été, a priori, très téméraires. L’affiche parait solide et rassurante. Avignon c’est du passé, en tout cas pour cette année, donc, les envies d’aventures théâtrales se réduisent. Alors, ça le fait quand même ? La promesse est-elle tenue ?


L’histoire tout d’abord

Comme le titre l’indique, il s’agit d’un roi. Son royaume part à veau l’eau, car, lui-même perd sa force, son pouvoir, sa vie tout simplement. Sa fin est annoncée dès le début, elle ne sera donc pas tout à fait une surprise, quoique, avec le théâtre de l’absurde, on peut s’attendre à tout. Sa fin est prévue, elle n’est pas l’enjeu et je ne vous dévoile donc rien en vous l’annonçant. Ce qui nous intéresse, c’est la façon dont cela se passe, et ce que cela nous renvoie. Comment aborderons-nous la mort ? Serons-nous tous comme ce roi, angoissé de perdre sa toute puissance, peureux face à l’inéluctable ? Et, finalement, saurons-nous nous affronter nous-mêmes ? En face ? L’ultime face à face avant le vide, ou quelque chose d’autre ? Dans ce qui pourrait sembler une folie, une mégalomanie, il n’y a pourtant rien que des choses humaines presque normales. 

Les mêmes éternelles questions face à la vie et les mêmes éternelles stratégies de chacun face à elle.

Ceux qui vivent autour (cinq autres personnages : ses deux femmes, son garde, sa bonne et son médecin) sont si prévisibles, parfois mesquins, puérils, crédules, égoïstes, manipulateurs. Celui qui se meurt est finalement le plus simple, le plus joyeux et le plus surprenant. Un enfant, jamais puéril pourtant. Il rit quand c’est grave. Il se plaint comme au berceau, de ce que la vie ne lui donne pas ce qu’il lui réclame à corps et à cris. Ce n’est pas la plainte des adultes, hypocrites et composés. Mais bien celle, naïve, du bébé.

Finalement, il accepte sa mort, il s’accepte lui-même et fait son chemin… Il abandonne les vanités de l’existence. Son entourage l’y aide, plus ou moins volontairement. Tous y assistent. Nous surtout. Comme on regarderait notre chemin de vie.


Mon avis

Bien sûr, évidemment, ça marche. Donc, nous n’avons pas été déçus. Cependant, les choses ne sont pas si simples.

Si tout roule et nous absorbe dans la première partie, nous fait rire, nous interroge, bref, nous passionne, cela est moins vrai sur la fin, c’est-à-dire les trente à quarante dernières minutes. En effet, le sentiment qui domine est qu’il est temps de conclure. Pour ma part, je pencherais pour une explication liée à l’écriture. Je pense que l’on pouvait accéder à la scène finale de façon soit plus captivante, soit plus rapide. Les jeux sont faits, que reste-t-il à proposer ? Plus grand chose je trouve. Alors, on suit, en roue libre, sur l’élan du début excellent, et heureusement.

Concernant les comédiens, rien à redire. Que dire de Michel Bouquet ? Sa présence est assez impressionnante, la folie de ce roi est omniprésente et, surtout, clairvoyante. Paradoxe. Le théâtre de l’absurde doit les cultiver sans quoi il ne serait rien. Et Bouquet nous sert cela comme une évidence. Ionesco devient évident. Contrat rempli, et de quelle manière à 87 ans. Bravo, merci, Monsieur Bouquet.

Richard

Les dates  : Tous les jours jusqu'au lundi 31 décembre 2012, au Théâtre des nouveautés.

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