Le Fils du Boucher : Episode N°3



 Dimanche 11 novembre 2012

Nos écrits




Cet article est la suite d'une pièce dont le début est ici.


Scène 2

6h00 du matin. La scène est dégagée. Lise dort sur le canapé. François est affalé sur un fauteuil.
Lise se réveille doucement. Affligée.

François : Tu as dormi ?
Elizabeth : Non.
Un temps.
Elizabeth : Tu as fait quoi du…
François : Il est à côté, dans la pièce. Enroulé dans le plastique. Et dans un tapis.
Elizabeth : Tu as tout nettoyé ?
François : Comme tu vois…
Elizabeth : Merci.
François : De rien…

Un temps.
Elizabeth : Pourquoi on fait ça ?
François : Je l’ignore.
Elizabeth : Je t’ai fait promettre, c’est pour ça…

François : Non, non, ce n’est pas ça…
Elizabeth : Mais si, François. Tu n’es ni un tueur ni un complice de meurtrier.
François : La preuve que si…
Elizabeth : Mais non, François. J’espérais que tu aurais appelé la police, en fait.
François : Je ne suis pas une balance comme on dit…
Elizabeth : Arrête ! Arrête de dire ce genre de conneries ! Je te pose une question simple : pourquoi on fait ça ?
François : Tu peux encore appeler les flics tu sais, c’est pas perdu.
Elizabeth : Tu es dans la merde, dans ce cas.
François : Et toi, t’es pas dans la merde peut-être ?
Elizabeth : Moi, c’est normal putain ! Je l’ai juste buté, tu comprends ça, je l’ai buté ! Buté, putain…
François : Tu veux vraiment que j’appelle les flics ?
Elizabeth : Tu fais comme tu veux François, tu fais comme tu veux… Je dirai que tu n’y es pour rien, que tu n’as fait que m’aider, et, traumatisée, que je t’avais caché le corps et que je ne t’ai avoué la vérité que maintenant n’y pouvant plus tenir. C’est crédible, non ?
François : C’est crédible, mais c’est chaud… Quelqu’un comme toi, réussir à cacher si longtemps à un ami proche que tu as juste buté un mec, j’ai comme l’impression que les flics vont pas gober ça…
Elizabeth : Je ferai de mon mieux François… Je ne suis pas bien de toute façon, ça se voit, non ? Tu expliqueras que tu ne comprenais pas mes réactions, que je chialais tout le temps, que tu sentais qu’il y avait un problème mais que tu ne savais pas quoi. Et que j’ai finalement craqué au petit matin, épuisée de cacher une vérité trop lourde pour moi, moi qui ne suis pas quelqu’un de violent, ni menteur… Ca te va mieux comme ça ? Et puis, si tu appelles les flics, ils verront que c’est bien ça, c’est cohérent je crois…
François : Et les empreintes ?
Elizabeth : Quelles empreintes ? Il y a partout les miennes…
François : J’ai tourné le plastique dans tous les sens, j’ai nettoyé toute la pièce, tous tes habits. J’ai utilisé ta machine à laver, ton séchoir, tes produits d’entretien, ton paquet de lessive…
Elizabeth : Jette tout ça !
François : Enfin, Elizabeth, je…
Elizabeth : Oui, je sais, c’est absurde ce que je dis, mais j’en ai marre là, j’en ai assez de tout ça, je suis fatiguée… Si tu savais comme je suis fatiguée. Je suis épuisée François… Je sais que tu as raison…

Un temps.
Mais, enfin, si on fait comme ça, pourquoi fouilleraient-ils ? C’est moi, j’avoue, je reconnais, où est le problème François, qu’est-ce que je peux faire de plus ?
François : Tu sais, c’est un meurtre, ils vont fouiller, ne pas se contenter des évidences.
Elizabeth : C’est dans les experts qu’ils fouillent à mort, on n’est pas à la télévision…
François : Peut-être…
Elizabeth : Je ne comprends pas François ? Que veux-tu de moi ? Je ne sais pas quoi te proposer de mieux. Pourquoi tu cherches la petite bête… Dis-moi ce que tu veux que je fasse François, et qu’on en finisse. Je suis prête à tout François, je ne sais pas quoi te dire d’autre, je ne sais pas quoi te proposer de mieux, je ne sais pas comment faire bien ce qu’il faut comme il faut, aide-moi François, je ne comprends pas pourquoi ça continue, je veux que ça s’arrête François, je veux…

Elle s’effondre en larmes.
François : Chuuut….
Elizabeth : Dis-moi François, dis-moi ce que tu veux à la fin ? Tu ne veux pas le dire aux flics, t’arrêtes pas de dire qu’ils vont chercher et trouver la vérité alors que je reconnais tout, qu’est-ce que tu veux ?
François : Calme-toi d’abord….
Elizabeth : Mais je suis calme putain ! Tu veux me faire chanter c’est ça ?
François : Non, mais non, bien sûr que non, tu es folle ou quoi ?
Elizabeth : Oui, je suis folle ! Tu ne vois pas que je suis en train de devenir complètement folle, et toi, tu me tortures, tu me fais mijoter dans me horreurs que je ressasse sans arrêt, je n’en peux plus ! S’il te plaît…
François : Allons, Elizabeth, écoute-moi. Je ne veux que ton bien, crois-moi, disons simplement que je cherche la meilleure solution…
Elizabeth : Mais je te la donne la meilleure, je te la donne ! Je te jure François, que je ne dirai rien sur toi, et ton implication, car il n’y en a pas. C’est moi, moi, et moi seule qui l’ai tué !
François : Chut, moins fort, les voisins vont s’inquiéter…
Elizabeth : Mais on s’en fout putain, je vais tout avouer, ils peuvent savoir et l’entendre, je m’en fous !
François : Ecoute, réfléchissons encore un peu, ce n’est peut-être pas la meilleure idée…
Elizabeth : Mais quoi, ce n’est pas la meilleure idée ? Tu veux dire quoi avec « Ce n’est peut-être pas la meilleure idée ? ». T’es cinglé ou quoi ? Je viens de buter un mec, et toi, tu me dis que prévenir les flics, ce n’est « peut-être pas la meilleure idée » ? On a déjà attendu toute la nuit, et commencé le ménage, on est largués, on est dans la connerie, alors maintenant ça s’arrête là tu vois… Tu viens de le dire toi-même, il y a déjà beaucoup trop de trucs pas nets à justifier et plus le temps passe, plus on est dans la merde. Surtout toi en fait, puisque, en ce qui me concerne, c’est cuit de toute façon. Toi, on dirait que tu veux plonger aussi, c’est ça ? T’es givré, c’est ça ? Non, mais, t’es complètement taré en fait, c’est ça ? T’es un gros psychopathe, c’est ça ? Ça t’aurais fait bander de le buter en fait ? T’es vert que ce soit moi, c’est ça ? Hein ? !
François : Mais non, c’est pas ça…, et arrête ton hystérie putain, tu fais chier aussi toi !
Elizabeth : Mon hystérie ? Moi, je fais chier môssieur alors que je me crève le cul à lui expliquer que je fais tout pour sauver sa peau de gros con. Tu veux que je te balance aussi c’est ça ? T’es en manque d’aventures à la con, explique, je sèche…
François : Calme-toi un peu s’il te plaît, je te propose une chose…

Elizabeth, hors d’elle mais se retenant et s’asseyant.
François : Bon, ça peut paraître un peu dingue, mais, si on réfléchit bien, depuis hier soir, on ne s’est pas posé beaucoup de questions. On a commencé le boulot….
Elizabeth : Le boulot, quel "boulot" ?
François : Tu comprends très bien ce que je veux dire…
Elizabeth : Admettons, et alors ? Je veux être arrêtée, point. L’histoire se termine maintenant. A cet instant. Je justifierai tout, mon hésitation, mon nettoyage, mes peurs. Et je veux te sortir de ce merdier avant qu’on ne puisse plus rien faire. Mais j’ai des doutes quant à ton envie d’en sortir…
François : Et ta vie Lise ? Elle s’arrête là, comme ça ?
Elizabeth : Je te parle de ton avenir, de la prison à perpèt', et toi, tu me gonfles avec ma vie ? Mais de quoi je me mêle putain François ? T’es qui pour me dire ce que je dois faire ou pas ?
François : Je ne te dis rien Lise. Je ne t’impose rien non plus. Je te demande juste de bien tout considérer…
Elizabeth : C’est bon, j’ai bien tout considéré. Je n’étais pas fraîche hier au soir. C’est vrai. Ce matin, je suis claire, terriblement claire. Les conneries s’arrêtent maintenant.

Elle se lève, va chercher le téléphone, revient avec. Pendant qu’elle compose le numéro :
Elizabeth : Merci François. Merci pour tout. Vraiment. Mais ça ne marche pas comme ça, François.
François : Raccroche…

Elizabeth : Attend un peu ça vient juste de commencer à sonner.
François : Raccroche.

Il s’approche d’elle doucement, on entend « Allô ? » à l’autre bout du fil, il lui prend le téléphone des mains et raccroche à sa place.
Elizabeth, blanche de colère contenue, les dents serrées : Là, tu vois, tu fais vraiment, vraiment, vraiment chier. Depuis hier soir j’arrête pas de te le dire, mais là, on y est, tu fais grave chier…
François : Ca va , j’ai bien compris. Je te demande de m’écouter jusqu’au bout, après, tu feras ce que tu veux.
 Elizabeth : Après tout, c’est ta vie… c’est juste ta vie que j’essaie de ne pas bousiller, mais monsieur est aussi libre que moi de la choisir, sa vie, n’est-ce pas ? Ne te fais pas d’illusion quand même, en prison, les hommes sont d’un côté, les femmes de l’autre, au cas où tu ne serais pas au courant…
François : Tu crois deviner ce que j’ai en tête, mais tu te trompes je pense. Voici ce que je te propose…

Noir

Scène 3

Elizabeth termine de se préparer. Elle sort visiblement. Elle semble assez joyeuse, sans euphorie excessive, mais simplement heureuse. On frappe.

Elizabeth : Oui, oui, j’arrive.
L’homme à la porte : Bonjour madame.
Elizabeth : Bonjour monsieur, que puis-je pour vous ?
L’homme : Puis-je entrer ?
Elizabeth : Non.
L’homme : Bien, je comprends…
Elizabeth : Vous comprenez quoi ? Que vous ne pourrez rien me vendre ?
L’homme : Je n’ai rien à vous vendre, juste quelques questions à vous poser…
Elizabeth : Ca ne m’intéresse pas, au revoir monsieur. Elle referme sa porte.
L’homme, de derrière la porte : Disons que mes questions portent sur un grand monsieur blond.
Elizabeth, un temps, puis : Je ne connais pas de grand monsieur blond.
L’homme : Vous ne connaissez plus, disons…
Elizabeth : Bon, que voulez-vous ?
L’homme : Vous poser des questions je vous l’ai dit.
Elizabeth : Lesquelles ?
L’homme : Puis-je entrer, ça me semble mal venu de les poser sur le palier, si vous voyez ce que…
Elizabeth : Oui, oui, je vois. Elle lui ouvre, mais avant de le laisser entrer
Qu’est-ce qui me prouve que vous n’allez pas abuser de la situation ? Je suis seule.
L’homme : Je comprends. Voici ma carte.

Elle lit, la retourne.
Elizabeth : « Enquêtes privées, dans tous les domaines ». Quel est votre spécialité ?
L’homme : Les disparitions.
Elizabeth : Entrez.
L’homme : Merci. Il enlève son chapeau. Il s’avance dans le salon.  Je me permets ?
Elizabeth, acquiesçant : Bien, faites vite, je sors.
L’homme : Je ne serai pas long en effet.
Elizabeth : Alors ?
L’homme : Eh bien voilà. La famille de monsieur Bernardski s’inquiète de ne pas avoir de ses nouvelles depuis bientôt dix jours. Vous le connaissiez n’est-ce pas ?
Elizabeth : C’était mon amant. En effet.
L’homme : Il semble que vous soyez une des dernières personnes à l’avoir vu.
Elizabeth : Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?
L’homme : Je crois qu’à part vous, il ne manque personne à mon enquête…
Elizabeth : Pourquoi ne pas avoir commencé par moi ? Je suis juste sa maîtresse, rien que ça.
L’homme : Disons que plus les chemins mènent vers vous, moins j’ai envie d’y aller. Comme si l’évidence devait me mettre dans l’erreur…
Elizabeth : Quelle évidence ? Arrêtons de tourner autour du pot, voulez-vous, je gagnerais mon temps, et vous le vôtre. Posez vos questions que je puisse partir ensuite.
L’homme : Où est-il ?
Elizabeth, un peu surprise : Qui ? Oui, bien sûr… Je… je ne sais pas…
L’homme : Vous semblez à la fois surprise par ma question et indifférente de son sort. Vous étiez juste son amante, et sa disparition ne vous intéresse pas ? Vous voulez vous débarrasser de mon enquête ?
Elizabeth : Ecoutez, nous n’étions ni fiancés, ni mariés. Nous nous voyions de temps à autre, c’est tout.
L’homme : Vous ne l’aimiez donc pas ?
Elizabeth : On peut dire ça comme ça…
L’homme : Où est-il ?
Elizabeth : Vous êtes flic ?
L’homme : Non.

à suivre ...

Pour lire le teaser de la pièce et le début dans la foulée, c'est par ici !
L'épisode 2

2 commentaires:

  1. Je suis bien mal placée pour dire ça, mais je me demande si ce n'est pas un peu trop long comme entrée en matière, je veux dire, c'est assez répétitif la scène 2 non ? Ou alors c'est juste moi qui suis trop impatiente de connaître le déroulement de l'histoire !

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  2. C'est possible, en effet. Je manque un peu de recul, donc, si, vous êtes bien placée pour dire cela. Votre lecture attentive et votre ressenti sont toujours intéressants. Je pense que cette scène était nécessaire malgré tout. J'espère que la suite le montrera. Je la publie aujourd'hui d'ailleurs. Merci de vos réactions, toujours sincères et constructives.

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