Le Fils du Boucher : Episode N°4



Dimanche 18 novembre 2012

Nos écrits

 

Cet article est la suite d'une pièce dont le début est ici.


Elizabeth : Dans ce cas, au revoir monsieur.
L’homme : c’est-à-dire, sa famille le cherche…
Elizabeth : Je m’en fous de sa famille. Dehors !
L’homme : Vous devriez considérer cette famille, et l’aider…
Elizabeth : Pourquoi elle n’appelle pas les flics dans ce cas, sa famille, si elle y tient tant à ce monsieur ?
L’homme : Disons, que cette famille n’y tient pas…


Elizabeth : Donc, elle ne tient pas beaucoup à lui non plus, un peu comme moi on dirait.
L’homme : C’est tout le contraire. Elle n’a pas confiance dans les capacités de la police à résoudre le problème.
Elizabeth : Tandis que vous, vous êtes le meilleur, meilleur que les flics. Sans doute les moyens dont vous disposez j’imagine ?
L’homme : Je vais vous quitter, mais je vais aussi devoir revenir. Vous le comprenez ?
Elizabeth : Non. Dégagez.
L’homme : La prochaine fois, essayez d’être moins pressée, dans de meilleures dispositions. Une dispute violente ne passe pas inaperçue, un geste malheureux, des coïncidences non expliquées, des timing curieux… Je ne sais pas si vous devez espérer que la police intervienne dans cette affaire… Je peux vous aider…
Elizabeth : Il n’y aura pas de prochaine fois. Cassez-vous.

L’homme sort. Elle reste le dos collé à sa porte un moment.

Noir.

Scène 4

Elizabeth est dans le canapé, allongée en chien de fusil. Pénombre.
On frappe à la porte.

Elizabeth : Qui est là ?
François : C’est moi, François.
Elle lui ouvre.
Elizabeth : Entre.
François : Je ne te dérange pas ?
Elizabeth : Non, je me reposais.
François : Je peux revenir plus tard si tu préfères.
Elizabeth : Non, je ne dormais pas de toute façon…
Un temps.
François : Ca va ?
Elizabeth : Non.
Un temps.
Un homme est venu. Il m’a questionnée sur … l’autre …
François : Et ?
Elizabeth : Je n’ai rien dit de particulier, je lui ai demandé de partir, que je n’avais pas à répondre à ses questions…
François : Ce n’était pas un flic ?
Elizabeth : Non, un enquêteur privé.
François : Il t’a demandé quoi précisément ?
Elizabeth : Oh rien, je sais plus, je m’en fous… ou plutôt, non, je ne m’en fous pas, ça fait chier, tout ça… J’ai l’impression que ce n’est que le début des problèmes. Je ne sais pas si je tiendrai ce petit jeu François. Je ne sais pas… il m’a dit qu’il reviendrait…
François : Il ne t’a pas manqué de respect ? Il n’a pas parlé d’alerter la presse, ou qu’il avait des soupçons ?
Elizabeth : Non. Il a parlé de la famille qui voulait cette enquête, mais sans passer par les flics. Bizarre. Il me dit qu’il pourrait m’aider…
François : Bien sûr que non, il ne peut pas t’aider. Il peut te dénoncer et faire suivre l’enquête chez les flics, ça oui il le peut…
Elizabeth : François, tu es venu pour me faire flipper ou pour vraiment me soutenir ? Car je te rappelle que c’est ton idée. Et qu’on la suit à deux. D’ailleurs, comment tu fais pour rester tranquille comme ça ?
François : Il faut qu’on soit normaux, comme d’habitude. Que rien ne change vraiment dans nos attitudes, dans nos habitudes. Sinon, c’est louche aux yeux des voisins, des flics, des enquêteurs. Il faut tenir ce rôle plusieurs semaines, plusieurs mois s’il le faut. Ils n’ont rien.
Elizabeth : Tu disais toi-même qu’ils pourraient trouver des empreintes, des traces, des preuves… Et maintenant, tu dis que non… Je suis fatiguée François, je ne sais pas si je pourrais tenir ce petit jeu de l’indifférence… J’ai tué un mec François, et ça me bouffe, tu comprends ça ?
François : Bien sûr je comprends.
Elizabeth : Parfois, j’ai l’impression que ça ne te fait rien.
François : Je te rappelle juste que je l’ai nettoyé.
Elizabeth : Justement, quand on fait ça, on se sent mal, non ?
François : Je prends sur moi, comme tu prends sur toi. Moi aussi, j’en chie.
Elizabeth : Excuse-moi, je ne sais plus ce que je dis…
François, la prenant dans ses bras : C’est normal. Ne t’en fais pas, ça va aller, il faut juste tenir, laisser passer le temps et rester sur notre version. Plus le temps passe, moins nous avons de chance d’être découverts. Chaque minute nous éloigne de sa mort. D’accord ?
Elizabeth : D’accord.
François : Tu veux que je reste avec toi cette nuit ?
Elizabeth : Non, ça ira merci.
François : Et puis, c’est mieux, on pourrait croire que ça nous arrange bien la disparition de ce mec. Que le soir même, je reste avec toi pour te consoler d’une rupture, passe encore, mais que d’autres nuits se produisent…
Elizabeth : D’ailleurs, tu ne m’as pas raconté. Comment tu t’es débarrassé de …
François : Chhhh… n’y pensons plus. C’est fini. Et puis, je préfère que tu ne saches rien.
Elizabeth : Il y a une drôle d’odeur dans la cuisine depuis. C’est quoi ?
François : Tu sais, le mélange des produits ménagers, ça ne donne pas toujours du parfum.
Elizabeth : Ca ne sent pas vraiment mauvais, c’est… étrange…
François : Tu te fais des idées peut-être aussi. Moi, je n’ai rien senti depuis…
Elizabeth : Peut-être… et puis… je me demandais…
François : Oui ?
Elizabeth : Je ne te reproche rien, tu sais, mais ce sont des choses qui m’inquiètent, ça va te paraître saugrenu ou idiot, mais…
François : Eh bien ?
Elizabeth : Des ustensiles de cuisine ont disparu, le couteau évidemment, mais pas seulement… tu as eu besoin de les utiliser ?
François : Oui. J’ai préféré les jeter.
Elizabeth : Bon. Je ne me pose plus de questions alors ?
François : C’est ça. Essaie d’oublier. Je sais, c’était un homme. Mais, il t’en a fait baver, non ?
Elizabeth : Il ne m’a jamais frappée…
François : Tu l’aimes encore ?
Elizabeth : Non. Je ne l’aimais plus.
François : Tu vois, tu ne seras pas obligée de le chercher, de faire semblant d’être touchée par sa disparition, ou de mentir. Tu ne l’aimais plus, vous vous êtes séparés. Ca arrive tous les jours, dans toutes les villes du monde, même les plus petites, c’est d’une banalité affligeante.
Elizabeth : Ca arrive tous les jours que des amants se tuent…
François : Il allait te frapper, non ?
Elizabeth : Je ne sais pas, je ne sais plus…
François : Il t’a humiliée, hurlé dessus ? Il t’a fait peur ?
Elizabeth : Oui, je crois, je ne suis pas sûre…
François : Alors, c’est sûr… oublie cette petite crapule…
Elizabeth : D’ailleurs, comment as-tu su qu’il était un voyou ? Je ne l’ai jamais soupçonné d’être un malfrat, et toi tu en sais plus que moi sur lui…
François : Tu sais, dans mon boulot, je croise pas mal de monde. Je me suis renseigné…
Elizabeth : Pourtant, la police ne te tient pas dans son cœur. Tes articles ne les ratent pas… Ils acceptent de te donner des informations ?
François : Allons, allons, essaie de ne pas trop réfléchir, de ne pas te faire trop de mal. Après tout, combien d’innocents sont en prison ? Combien de coupables en liberté ? Les flics le connaissaient mais ils ne l’arrêtaient pas, alors quant à un jugement… il ne risquait rien. Il paie un peu pour les autres…
Elizabeth : De là à le tuer… Il m’avait dit qu’il travaillait pour les assurances. Enquêteur… Je savais qu’il me mentait… et puis, après tout, si tu me dis de voir les choses ainsi…
François : Oui, c’est plus simple, c’est plus sain.
Elizabeth : Bonne nuit, François. Ne t’inquiète pas, ça va mieux maintenant. Tu as su me rassurer.
François : Merci du compliment. Bonne nuit. Repose-toi. Je suis là dès que tu as besoin…
Elizabeth : Je sais.
Il sort.
Elizabeth : Oh François, François, … qu’espères-tu ?
 Noir.

à suivre ...

Pour lire le teaser de la pièce et le début dans la foulée, c'est par ici !
L'épisode 2
Épisode 3 

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