Interview de Pauline Sales

Samedi 24 novembre 2012

Nos interviews


   Pauline Sales nous gratifie d'une "interview" écrite, par correspondance. Merci à elle pour sa disponibilité, ses réponses sincères et profondes. Directrice du CDR de Vire, Le Préau, elle est auteure associée à ce collectif ainsi que comédienne, et encore metteuse en scène. Voici donc quelqu'un dont l'expérience, les points de vue et l'éclectisme dans le rapport aux planches est déjà riche et multiple. 

La troupe du CDR a triomphé cette année en Avignon avec une pièce écrite et mise en scène par Pauline justement : En Travaux. Ce succès, mérité, et le travail qu'ils fournissent tout au long de l'année, est le résultat d'une exigence sur la qualité. Sans élitisme, ce collectif cherche à cultiver l'esprit de troupe, la collégialité dans le travail. Le partage et l'ouverture vers l'extérieur, vers d'autres troupes, d'autres théâtres et d'autres formes artistiques, sont aussi des priorités pour eux, mais, sans concession sur leur valeurs. Comme la confiance dans la capacité du spectateur à construire, en tout cas participer à la construction du spectacle... Bref, ne pas le prendre pour un idiot.

Pauline sales nous parle ici de son rapport à l'écriture mais aussi à la scène et à la mise en scène, à la lecture enfin. Tous les aspects du théâtre l'habitent...



Comment devient-on auteure de théâtre ? Le hasard ou une profonde envie depuis toujours, ou … ?

J’ai commencé à écrire enfant des débuts de journaux intimes, des débuts d’histoires, nouvelles, romans… j’ai découvert le théâtre à l’adolescence, j’ai commencé à prendre des cours et  j’ai eu alors le désir de devenir comédienne. D’intégrer l’intérieur des histoires, d’incarner un personnage. Il me semblait que ce serait plus vivant que d’écrire. Ca impliquait le corps.  Et puis on était vu. Je suis entrée à l’école du TNS. J’y ai passé trois ans et je me suis rendue compte qu’on était très dépendant du regard du metteur en scène, que j’avais du mal à trouver une liberté. A parler en mon nom.
Je suis revenue à l’écriture et c’est l’écriture dramatique qui s’est imposée. Ma formation de comédienne a été une vraie formation pour l’auteur. Savoir faire confiance aux espaces entre les répliques et aux corps des acteurs. Ne pas tout remplir. Laisser des blancs.


Ecrivez-vous d’autres « choses » ? Roman, nouvelles, poèmes ?

J’ai écrit un roman qui n’est pas publié, des poèmes que je garde pour moi.


Au travers de l’écriture, que cherchez-vous ? Un message particulier à communiquer ? Quelque chose à délivrer de soi ? Une nécessité, un besoin ? Un défi ?
Pour votre dernier texte par exemple, vous parliez dans une interview, de « confronter le monde de ceux qui construisent sans être concernés par l’art et les autres… »

Je ne cherche plus à délivrer quelque chose de moi. C’est sans doute ce que l’on fait quand on commence à écrire. C’est une préoccupation de jeunesse qui n’a pas beaucoup de sens ni d’intérêt à la longue. L’écriture est un moyen (d’étudier) pour interroger l’humain, pour forer en lui, et le théâtre un instant de réunion pour en parler ensemble.


Pour ce texte En Travaux, d’où vous est venue l’idée première ? Les envies d’écrire naissent-elles toutes de la même façon ?

Les envies d’écrire naissent souvent des acteurs pour lesquels j’écris.  Et d’une préoccupation qui, pour en travaux était double : à qui je m’adresse quand j’écris du théâtre ? A quelle partie de la population ? Est-ce qu’on écrit pour ceux qui n’y vont pas ? Si on écrit vraiment pour ceux qui n’y vont pas, finiront-ils par y venir ?
Et : quel rapport les personnes qui travaillent dans le bâtiment entretiennent avec la construction de leur vie ?


Pourquoi cette première mise en scène ? Pourquoi maintenant, pas avant ou après ?

Je commençais à connaître différentes places, comédienne, écrivain, directrice de centre dramatique donc porteuse de projet. De bouger de place ça aide à comprendre comment ça fonctionne. Mettre en scène c’était se coltiner une nouvelle place. Être le chef d’orchestre d’une histoire qu’on partage à plusieurs et aider chacun à se l’approprier. Je l’ai fait avec des gens de confiance en sachant qu’on allait travailler ensemble. Je voulais aussi vérifier des choses sur le théâtre et sur l’écriture. A quel point  dans la narration explosée, on peut faire confiance aux spectateurs et aux acteurs.


Avez-vous actuellement des projets d’écriture, de mise en scène, de jeu ?

Oui, les projets d’écriture ça ne manque pas. Ce sont de beaux projets mais ils sont encore trop  embryonnaires pour en parler.
Cette année nous allons créer un texte que j’ai écrit pour un chorégraphe Frédéric Cellé que je vais interpréter avec six danseuses. C’est une toute nouvelle expérience.


En tant que comédienne, aspirez-vous à jouer vos propres textes ? Avez-vous des envies particulières d’auteurs, de textes à jouer ?

J’ai déjà joué mes textes. C’est une possibilité, mais pas une obligation. Les textes que j’ai joués, notamment, le Groenland, je ne les ai pas écrits pour moi au départ. Ce sont un peu des hasards et ils ont été interprétés par d’autres.


Concernant la lecture du théâtre, et en dehors des classiques, y-a-t-il des auteurs qui vous semblent incontournables ? Que lisez-vous en ce moment ?

Il faut lire, il faut tout lire, il y a beaucoup d’écrivains passionnants. Français comme étrangers. Je viens de finir un très beau roman Les revenants de Laura Kasischke.


Pour conclure, vous revenez d’Avignon où vous avez accompagné votre mise en scène de En Travaux, quel bilan faites-vous de ce festival pour la troupe du Préau, pour vous ?

Le bilan pour en travaux est très positif. Nous en sommes sans doute les premiers étonnés. Nous étions très investis dans ce spectacle mais on ne peut jamais savoir comment il va être reçu. L’accueil a été chaleureux aussi bien de la part du public que des professionnels. Nous devrions avoir une belle tournée en 2013, 2014.



Merci pour vos réponses.

Il Teatro

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