Le Fils du Boucher : Episode N°5 / Acte II



Mardi 4 décembre 2012
Nos écrits


Cet article est la suite d'une pièce dont le début est ici.


ACTE II

Scène 1

Tôt le matin. Elizabeth est endormie dans une pièce à côté, on ne la voit pas. On frappe à la porte violemment.

Police ! Ouvrez 
 Des coups répétés très forts, de nouveaux.

Police ! Ouvrez madame Artaud !

Elizabeth : Oui, oui, voilà, j’arrive… calmez-vous…
Un lieutenant de police : Bonjour Madame. Madame Artaud Elizabeth ?
Elizabeth : Oui, c’est ça. Que se passe-t-il ?
Le lieutenant de police : Votre amant, monsieur Bernardski, est porté disparu et, effectivement, notre enquête préalable de voisinage autour de lui nous montre qu’il s’est volatilisé un peu mystérieusement. Vous êtes bien sa maîtresse ?
Elizabeth : Euh, oui, enfin, j’étais…
Le lieutenant : Puis-je entrer pour poursuivre cette conversation ?
Elizabeth : Oui, bien sûr…

Il entre, elle referme la porte.

Le lieutenant : D’après les quelques informations que j’ai pu recueillir, dans cet immeuble entre autres, vous seriez une des dernières à l’avoir vu. Est-ce vrai ?
Elizabeth : Je ne sais pas. Il ne m’a pas dit qu’il comptait disparaître, voyez-vous…
Le lieutenant : J’entends bien madame. Mais, vous étiez proche. Il ne vous aurait rien confié ? Pas de projet particulier, de voyage en vue ?
Elizabeth : Pas à ma connaissance, non. Mais, il ne me disait pas tout vous savez…
Le lieutenant : Comment le saviez-vous, alors, qu’il ne vous disait pas tout ?
Elizabeth : Il m’avait dit être un enquêteur dans les assurances. Je l’ai longtemps cru, sans me poser de question. Puis, un jour, alors qu’on devait se voir le soir même, j’ai voulu annuler, je voulais me reposer. Ne connaissant pas son téléphone professionnel, j’ai contacté l’assureur en question.
Le lieutenant : Il n’avait pas de téléphone personnel ?
Elizabeth : Si, mais il en changeait souvent.
Le lieutenant : Et ça ne vous étonnait pas ?
Elizabeth : Un peu, mais nous étions juste amants, je ne cherchais pas à m’immiscer dans sa vie vraiment, et je crois que ça lui allait ainsi…
Le lieutenant : Vous parlez de lui au passé ?
Elizabeth : Nous nous sommes séparés…
Le lieutenant : Mmhm, oui, et bruyamment d’après ce que j’ai découvert…
Elizabeth : Ca ne s’est pas très bien passé en effet.
Le lieutenant : L’auriez-vous tué par mégarde ?
Elizabeth, prise au dépourvu : … Quoi ?
Le lieutenant : … revenons à ce coup de téléphone à l’assureur…
Elizabeth : Eh bien, j’ai trouvé l’employeur, … enfin le soi-disant employeur…
Le lieutenant : Vous êtes sûre d’avoir bien compris le nom de l’assureur ?
Elizabeth : Oui. J’ai découvert qu’il me mentait.
Le lieutenant : Vous avez cherché à en savoir plus ?
Elizabeth : Non.
Le lieutenant : Ah tiens ?
Elizabeth : Je ne l’aimais pas vraiment, vous savez. C’était une aventure de passage. Je comprenais qu’il voulait garder ses distances. Moi-même, je ne lui ai jamais réellement tout dit sur moi. Je crois que ce n’était pas très important dans notre relation…
Le lieutenant : Pourquoi l’avoir quitté ?
Elizabeth : Il voulait aller plus loin, lui. Moi, cette distance me convenait, ou ne plus le voir me convenait aussi… Lui, il n’a pas supporté cette indifférence, cette froideur peut-être, il voulait aller plus loin, qu’on se marie peut-être, qu’il me possède aussi je crois…
Le lieutenant : Donc, ça s’est mal fini…
Elizabeth : C’est-à-dire ?
Le lieutenant : A vous de me le dire justement… Comment cette séparation s’est-elle-déroulée ? Car, depuis, aucune trace du jeune homme en question, voyez-vous ?
Elizabeth : Je ne sais pas quoi vous dire. Il est parti furieux. Et je ne l’ai jamais revu. Si vous voulez tout savoir, ça m’arrange bien. S’il est pendu quelque part, je m’en fous je dois dire…
Le lieutenant : J’avais cru comprendre en effet… Comprenez-vous aussi que cette indifférence à l’égard de ce jeune homme et de son sort vous rend suspecte de premier rang si l'on devait le découvrir mort ?
Elizabeth : Arrêtez-moi. Je n’ai rien de plus à vous dire…
Le lieutenant : Ce n’est pas si simple, mais si vous insistez, cela vous arrivera peut-être plus tôt que vous ne l’envisagiez. Une dernière question : vous saviez donc qu’il n’était pas assureur. Qu’est-il donc selon vous ? Vous êtes-vous finalement intéressée à sa profession ?
Elizabeth : Je vous l’ai dit, je m’en fiche. Je voulais juste l’avoir au téléphone, un soir, pour annuler notre rencontre. Après, qu’il soit fleuriste, boxeur ou pigiste, et qu’il souhaite me le cacher, que voulez-vous que ça me fasse ?
Le lieutenant : Je vous le demande justement. Et s’il était un criminel, un violeur ou un terroriste, cela changerait votre point de vue ?
Elizabeth : Là, c’est différent…
Le lieutenant : Alors, saviez-vous finalement, ce qu’il était ?
Elizabeth : Je vous ai déjà répondu, non,… mais, vous voulez dire que c’était un assassin ?
Le lieutenant : Plus que cela. C’est le bras droit du parrain local. Un certain Kassabian. Ca ne vous dit rien ? …
Elle fait non de la tête.
Et arrêtez de parler de lui au passé. Quand vous employez l’imparfait, j’ai l’intime conviction que vous l’avez tué… Si ça ne tenait qu'à moi d'ailleurs... enfin bon, la justice est pour tous, à ce qu'il paraît... Bonne journée. Restez à la disposition de la police. Ne quittez pas la ville. Nous vous convoquerons peut-être, ou repasserons vous interroger, au moins…
Elizabeth : Attendez !
Le lieutenant : Oui ?
Elizabeth : Un homme est déjà venu m’interroger. Un enquêteur privé…
Le lieutenant : Et ?
Elizabeth : Il m’a laissée entendre que la famille ne voulait pas mêler la police à cette disparition. Comment l’avez-vous su, alors ?
Le lieutenant : Ca, ça me regarde madame. Mais merci de l’information en tout cas.
Elizabeth : Vous ne voulez pas savoir qui c’est ? Son nom ?
Le lieutenant : Euh… oui, bien sûr, allez-y…
Elizabeth : Melikian, je crois, un nom comme ça. C’est arménien aussi, non ?
Le lieutenant : On dirait… je note… au revoir… et ne vous sentez pas obligée de lui répondre ou de lui ouvrir votre porte à celui-là…

Elizabeth referme la porte et se tient un moment le dos calé contre elle.

Noir.

Scène 2

Le soir du même jour. On frappe à la porte. Elizabeth n’est pas dans la pièce principale.

Elizabeth, s’approchant de la porte : Qui est-ce ?
Melikian : L’enquêteur de l’autre jour, le privé. Vous vous souvenez ?
Elizabeth : Ah oui, très bien. Les flics sont au courant à présent, et ils m’ont dit de vous envoyer balader. Ce que je fais. Partez, sinon je les appelle.
Melikian : Ecoutez, j’ai des choses très importantes à vous dire. Les flics ne peuvent pas grand-chose pour vous, je dois vous voir, laissez-moi entrer.
Elizabeth : Partez. C’est la dernière fois que je vous le dis.
Melikian : Enfin, vous ne risquez rien à m’ouvrir. Je vous en prie, c’est très important.
Elizabeth : Vous ne me connaissez pas, je ne vous connais pas. Je ne vois pas ce que vous pouvez pour moi, et, surtout, je ne vois pas pourquoi je vous suis si intéressante, sauf pour finir votre enquête bien sûr…
Melikian : Vous avez donné mon nom à la police ?
Elizabeth : Oui.
Melikian : Alors que craignez-vous encore de moi ? C’est une garantie…
Elizabeth : Ma patience a ses limites, j’appelle les flics. Vous ne passerez pas la nuit à me harceler.
Melikian : C’est moi qui ai appelé les flics ! C’est moi qui les ai mis sur cette disparition ! Ils le savent bien. Donc, ils veulent que j’arrête mon enquête maintenant, mais les choses sont trop graves, et j’en ai appris d’autres aujourd’hui. Laissez-moi entrer s’il vous plaît.
Elizabeth : Trop tard, ça sonne chez les flics.

En fait, elle n’appelle pas, elle fait seulement croire qu’elle le fait.

Melikian : Bon, vous gagnez. Raccrochez, je m’en vais. Bonsoir…

Elizabeth se dirige vers la porte et regarde dans le judas pour vérifier. Satisfaite elle se dirige vers le canapé et s’assied. Elle attend un moment, écoute. Elle retourne au judas. Elle revient, et se décide à ouvrir un roman.

Noir.

Scène 3

Elizabeth s’est endormie sur le canapé, inconfortablement. Le livre est tombé, une lampe de chevet est restée allumée. On entend un bruit dans la serrure, un grattement. Un homme entre, masqué, sans bruit. Il referme la porte derrière lui silencieusement. Il s’approche d’Elizabeth. Il sort une arme et la braque sur son front en lui posant une main fermement sur la bouche. Elle ouvre les yeux.

Elizabeth : Mhmmmmmm…
L’homme masqué, très calme : Chhhhhh. Tu vas te lever tout doucement, sans bruit, sans essayer de t’échapper ou de tenter quelque chose. Compris ?

Elizabeth acquiesce. Et s’exécute.



L’homme masqué : Bien. Ouvre la bouche maintenant.



à suivre ...

Pour lire le teaser de la pièce et le début dans la foulée, c'est par ici !
L'épisode 2
Épisode 3
Épisode 4

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