Un Chapeau de paille d'Italie



Jeudi 27 décembre 2012


NOS SORTIES

 

Encore des comédiens sur scène, plus nombreux que sur Volpone. Et c’est heureux. Quinze comédiens et deux musiciens. Ça l’est d’autant plus que c’est du Labiche. Il est drôle à jouer, il est très amusant mais pas toujours ni très fin, ni très léger. Les intrigues sont souvent affligeantes, lourdes. Ni vaudeville ni comique troupier, non c’est bête. Ceci dit, l’intrigue rebondit souvent absurdement pour retomber sur ses pieds et finir en fanfare. Et ça, c’est plutôt sa spécialité. Son point fort. Il parvient à nous étourdir et conclut élégamment. On ne peut lui retirer cela me semble-t-il. Sinon, je ne crois pas qu’il serait parvenu à traverser le siècle. Pas sûr d’ailleurs, qu’il franchisse le cap du prochain… Qui vivra verra. Donc, il faut que ça tourne, comme on dit, pour espérer ne pas s’endormir…



Mon avis

Une équipe solide s’imposait, une motivation d’enfer, un punch renversant et une inventivité redoutable pour en faire un succès. Et bien, c’est le cas ! Giorgio Barberio Corsetti a su s’y prendre avec les comédiens. L’Italie et sa Commedia, sans doute…


La troupe du français nous en met plein la vue et nous entraîne dans ce tourbillon désuet mais charmant, fou et superficiel mais emballant. Le pari est gagné. Mention spéciale au rôle principal, Pierre Niney (Fadinard) et à M Christian Hecq (Le beau-père pépiniériste qui ne quitte jamais son myrte, une plante improbable). Le premier saute partout, virevolte et enchaîne les situations sans chercher à les comprendre. Il fait bien, il ne faut surtout pas comprendre, c’est ce qui est drôle. Si le personnage comprend ce qui lui arrive, ça ne fonctionne plus. Quant à Christian Hecq, cet espèce d’élastique, de chewing-gum bien vert et surtout de bouffon premier degré, il est bourré de trouvailles, de positions plus bêtes et hilarantes les unes que les autres. Il en fait des tonnes et impose le ton : pas le choix, faut que ça marche, faut que ça tourne, que ça roule, que ça surprenne. Alors on marche et on s’incline devant tant d’invention, d’énergie, de plaisir communicatif de jouer. Il y a des façons de jouer les auteurs...

Ils ont trouvé la façon de jouer Labiche. Incontestablement.

CHAPEAU !

L’histoire

Un jeune homme, Fadinard, va se marier aujourd’hui avec la fille d’un pépiniériste. La belle-famille arrive pour la cérémonie et la fête. Seule petite ombre au tableau, en arrivant chez lui, le marié est rattrapé par un soldat, et une jeune femme. Sur la route, en effet, ledit soldat entretenait galamment, pour ne pas dire plus, une jeune femme mariée. Le cheval de Fadinard, au passage, mange le chapeau !

Délit de fuite du futur marié, qui croit s’en tirer à bon compte. C’était sans compter l’acharnement du soldat africain (car il est africain ce soldat…) et, surtout, de l’honneur de la jeune femme qui ne veut pas rentrer chez elle sans son chapeau car, elle en est sûre, le mari se doutera de quelque chose !

Donc, Fadinard doit, en ce jour de mariage, trouver le même chapeau de paille d’Italie que celui de la dame (avec des coquelicots), faute de quoi l’africain et sa maîtresse ne partiront pas. Mieux, le soldat lui promet de tout casser chez lui (surtout ses chaises). Il est hors de question pour Fadinard, en ce jour, d’avoir une jeune femme à la maison, alors que le beau-père arrive. Il est très soupçonneux celui-là. Nous voici alors embarqués pour une folle aventure dont le but est de trouver un chapeau de paille d’Italie équivalent à celui de la dame, tout en sauvant son mariage, mieux, en le concluant devant le maire et devant le curé et avec toute la belle-famille sur le dos en permanence…

Il y a du Kusturica dans la façon dont la famille est toujours là au mauvais moment, et, surtout, en permanence.

Elle adoube, puis renie, tour à tour, le futur gendre, puis le gendre. Je vous laisse imaginer ce que la situation contient de tendu, de quiproquos improbables, de bévues qui n’en sont pas, de belles initiatives qui n’en sont pas non plus et, surtout, de vaines courses après ce chapeau, de faux mariage devant un modiste pris pour le maire alors qu’il n’est que l’employé d’une ex-petite amie encore amoureuse du futur marié (vous suivez ?), de fausse nuit de noce chez le mari cocu, et cetera etc., j’en passe et des meilleures croyez-le ! Presque trois heures avec l’entracte. Heureusement qu’il y a cette folie sur scène (qui renvoie à l’absurdité des situations), sinon, les prétextes de Labiche pour rallonger la sauce ne fonctionneraient pas tous. Toutes les digressions passent la rampe et haut la main. C’est donc un très beau divertissement, à voir notamment en famille. Essayez d’être bien placés, car la salle est grande, et, au fond, c’est tout de même un peu gâché… On, n’est pas au cinéma. Le recul c’est bien, mais trop de distance nous fait perdre la présence physique des comédiens.

C’est à la comédie française, au théâtre éphémère jusqu’au 7 janvier. Amusez-vous !

L’auteur

Eugène Labiche (1815-1888) est l’auteur de cent quatre-vingts pièces. L’un des plus productifs de notre répertoire. Le plus sans doute. Quoique, à son époque, et pour le genre en question, la comédie, la farce, voire la pochade, les auteurs écrivaient beaucoup. De ce point de vue, Il tient en fait une petite moyenne. N’oublions pas qu’il n’y a pas de télévision, pas d’internet, pas de radio. Certains ont écrit jusqu’à quatre cents pièces ! Aucun n’a survécu à son époque, sauf Labiche. 

Il réussit le tour de force d’être inscrit au répertoire de la comédie française, mais pas de son vivant. Il leur en voudra jusqu’à sa mort…

Aujourd’hui, plusieurs de ses pièces sont au répertoire, notamment le Voyage de monsieur Perrichon, Un jeune homme pressé et Le Plus Heureux des trois, ainsi qu’Un Chapeau de paille d’Italie qui fut un de ses plus grands succès de son vivant. Il fut académicien sur la fin de sa vie, alors qu’il n’écrit plus.

Anecdote : Hugo refusera (alors que lui-même fut refusé trois fois) de voter pour qu’il entre à l’académie. Bizarre… ;-). Peut-être, peut-être, est-ce dû à un léger changement dans ses opinions : de candidat républicain battu pour l’assemblée constituante, il devient Bonapartiste, et, il semblerait que cela lui permit de proposer et de faire jouer ses œuvres… Peut-être, peut-être, est-ce le style. Il paraît que Hugo n’écrit pas les mêmes choses… Des mauvaises langues sans doute…Pas de bol pour lui, ils seront voisins : fauteuil 14 pour Hugo, 15 pour Labiche !

« Les chanceux sont ceux qui arrivent à tout ; les malchanceux, ceux à qui tout arrive. » Eugène Labiche


Richard

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