Le Fils du Boucher : Episode N°7



Vendredi 8 février 2013
NOS ÉCRITS

Cet article est la suite d'une pièce dont le début est ici.

Scène 3

Le lendemain matin. On frappe à la porte. Patiemment et de façon répétée, on frappe de nouveau.

Elizabeth, en chemise, ensommeillée : Oui, j’arrive… Qui est-ce ?
Melikian : Melikian…
Elizabeth : Que voulez-vous ?
Melikian : M’assurer que tout va bien…
Elizabeth : Tout va bien, merci.

Un temps.

Melikian : Je ne peux pas entrer ?
Elizabeth : Je ne sais pas… pourquoi je vous ouvrirais ? Tout ça ne vous concerne plus si j’ai bien compris…
Melikian : J’ai balancé à la police c’est vrai, mais je suis l’affaire, je vous suis…
Elizabeth : Vous êtes un frustré, en fait. Ou un trouillard, la mafia, ça fait peur… ou un lâche… vous avez préféré que ce soit moi en première ligne… quel homme, bravo, laisser une femme s’exposer…
Melikian : J’ai sans doute mérité cette scène, mais, je vous assure que je veux vous aider.
Elizabeth : Une scène ? Mais vous croyez quoi ? Que les femmes s’entichent de vous comme ça, au premier regard, et qu’ensuite, elles vous font une scène ? Pour vous faire une scène, il aurait fallu qu’il se passe quelque chose, voyez-vous, donc je  ne vous fais pas une scène, je vous engueule, et vous souhaite une bonne journée. Au revoir.

Elle reste à la porte et attend.

Melikian : Vous savez que vous allez m’ouvrir car j’ai des choses à vous dire, alors cessons ce jeu puéril… vous avez besoin d’aide, je dois vous aider…
Elizabeth : Vous me faites chier Melikian…

Elle lui ouvre, et s’en va vers la salle de bain sans lui adresser un regard. Melikian entre, referme la porte et s’installe dans le canapé.

Melikian : Alors, que se passe-t-il maintenant ? Que devez-vous faire ?
Elizabeth, depuis la salle de bain : Ils m’ont dit de ne rien faire pour le moment. J’accepte de coopérer, et ils acceptent de me laisser libre, ainsi que François. Pour le moment en tout cas. Et, si ça réussi, ils passent l’éponge…
Melikian : C’est plutôt bien, non ?
Elizabeth : Bien ? Elle revient de la salle de bain en peignoir. Je ne sais pas ce qui va arriver, ni ce que je dois faire, on me dit que je dois faire tomber le parrain local, rien que ça, que je ne serai pas accusée de meurtre si tout se passe bien, et vous trouvez que c’est « plutôt bien » ? On efface un meurtre que j’ai commis, un détail en somme, si je coopère, si le coup réussi et vous trouvez ça « bien » ? On a failli me tuer, me torturer, ça risque de recommencer, je ne sais pas ce qui m’attend et monsieur trouve ça « bien » ? … Dans quel monde vivez-vous ? Vous savez ce que vous êtes ?
Melikian : Non, mais je sens que vous allez me le dire….
Elizabeth : Vous êtes un beau salaud, un arriviste et un frustré…
Melikian, indifférent : Ca, vous me l’avez déjà dit, changez de disque…
Elizabeth : Comment pouvez-vous vous permettre de, de… voyez ce que vous êtes…

Melikian, lassé, se lève, s’approche d’elle, la saisit par la taille, l’embrasse. Surprise, Elizabeth se laisse un peu faire, puis le repousse, et le gifle. Ils se regardent un court instant. Puis elle s’approche de lui, et l’embrasse. On frappe.

Scène 4

François : Lise, c’est moi… c’est François…
Elizabeth, chuchotant : Je fais quoi avec François ?
Melikian, parlant bas, lui caressant le visage : Ce qui est prévu. Que t’a dit la police ?
Elizabeth, s’adressant à Melikian : De ne rien lui dire… que la police poursuit son enquête, mais il ne doit pas savoir que nous avons conclu un marché… Oui François, j’arrive…
Melikian, toujours en parlant bas : Voilà, tu t’en tiens au plan…
Elizabeth, insistant et essayant de se contenir en parlant bas : Mais je vais lui mentir, ça me gêne !
François : Lise ? Tu es là ?
Melikian, souriant : Tu as tué un homme, tu peux bien mentir à un ami… pour son bien…

Elizabeth : Salaud, t’es vraiment un sale type !
François : Lise, tu es avec quelqu’un ?
Elizabeth : Oui, François, j’arrive, j’étais avec Monsieur Melikian, il voulait avoir de mes nouvelles.
François : Melikian ? Ouvre Elizabeth…, je t’en prie ouvre et ne fais pas confiance à ce type !

Melikian l’embrasse de nouveau, ce qui a le don de l’énerver.

Elizabeth : J’arrive, François, j’arrive, je cherche la clé !

Elle ouvre, François entre, voit Melikian, se fige et le fusille du regard. Melikian lui rend ce regard, sans bouger, sans un mot. Puis, Melikian sort.

François : Qu’est-ce que tu fais avec ce type ?
Elizabeth : Je t’emmerde François…
François : Attends Lise, ça veut dire quoi ça ? Il a plus rien à voir avec cette enquête, qu’est-ce qu’il fout encore dans tes pattes ?
Elizabeth : Il s’en voulait de ne pas avoir pu faire autrement que d’en passer par la police, il se souciait de savoir un peu la suite….
François : Mais ça ne le regarde pas !
Elizabeth : C’est vrai, c’est ce que je lui ai dit … 
François : Tu l’as laissé entrer tout de même ?
Elizabeth : Bah oui, c’est quoi le problème ?
François : Le problème Lise, c’est que tu as buté un mec, que je suis ton complice, et que moins le monde s’intéresse à nous, mieux on se porte, tu comprends ça ? Surtout un type comme lui, tu n’es pas de taille Lise, il peut t’embobiner, te faire dire des trucs que tu ne voulais pas…
Elizabeth : Je suis désolé François, tu as raison, je n’aurais pas du lui ouvrir…
François : Ne le laisse plus jamais entrer ! Tu m’as compris ?
Elizabeth, baissant les yeux : Je suis désolée François…
François, s’approchant et la prenant dans ses bras : Excuse-moi, c’est moi qui suis sur les nerfs, je te demande pardon, … on est un peu perdus en ce moment… tu as fait de ton mieux, Lise, je sais bien, tu es courageuse…

Elle le repousse, et se retourne, va s’asseoir sur le canapé.

Elizabeth : Excuse-moi François, je réalise que j’ai fait une bêtise, … je ne sais plus très bien ce que je fais…
François : Ecoute, on doit juste se faire ignorer, s’en tenir à notre version et être patients et persévérants. Tu verras, bientôt, tout ceci sera terminé…
Elizabeth : C’est ce que je me dis, c’est ce que je me dis…
François : Et la police, alors, que t’ont-ils demandée ?
Elizabeth : Les mêmes questions que la fois d’avant. J’ai dit la même chose. Ils poursuivent leur enquête pour le moment. Comme à toi, ils m’ont demandée de rester à leur disposition.
François : Ah, tu vois, c’est un bon signe… depuis leur fouille, ils n’ont rien trouvé ?
Elizabeth : Non, tu avais raison, tu as bien travaillé…

François : Bon, les choses pourraient aller plus mal… Et, à part ce Melikian, tu n’as vu personne d’autre ? Pas de personne suspecte dans le coin ? De coup de fil curieux ? De menace ? Personne n’a cherché à t’agresser ou t’interpeler verbalement ?
Elizabeth : Non, non, pourquoi, ça aurait du arriver ?
François : Tu sais, dans ce genre d’affaire, c’est courant. Même quand on reste très discret, il y parfois des choses curieuses, des coïncidences bizarres… et puis ce type est un truand, il avait des connaissances dans le milieu, des gens pourraient le rechercher, essayer de comprendre sa disparition… Il ne t’est rien arrivé de ce genre ?
Elizabeth : Non, je t’assure…
François : Tu ne me mentirais pas pour me protéger ou éviter de m’inquiéter ?
Elizabeth : Non,  François, non…
François : Tu es sûre ?
Elizabeth : Mais oui, pourquoi ? Tu aurais aimé que je me fasse agresser ?
François : Evidemment, non… mais je te connais, tu gardes les choses pour toi souvent…

Un temps.

Elizabeth : Et toi, au boulot ? Pas de fuite, pas d’informations compromettantes, pas de soupçon à ton égard ?
François : Non, de ce côté, aucun souci. Les flics sont restés discrets et n’ont pas cherché à me déranger au journal…
Elizabeth, le coupant : Tes parents sont arméniens, alors ?
François : Euh, oui… mon père en fait. Mais pourquoi tu me demandes ça ?
Elizabeth : Pour rien, je repensais à ce que le flic t’avait demandé justement… et puis Melikian aussi est arménien… ces noms arméniens, ça veut dire quelque chose, tu sais ça ? Je crois que le « ian » à la fin, ça signifie fils de… c’est ça ?
François : Ce type, il faut que tu l’oublies. Tu me promets ?
Elizabeth : Si tu veux… écoute François, il faut que j’aille bosser là, je suis déjà super en retard et hier, je n’y suis pas allée, je n’ai même pas prévenu… ils m’attendent au tournant …
François : Oui, bien entendu… tu sais, si tu as des problèmes pour le travail, je pourrais sans doute te trouver une place au journal.
Elizabeth : Merci François, c’est vraiment gentil de ta part, mais ce ne sera pas nécessaire… tu t’occupes décidemment bien de moi…
François, souriant : C’est normal. Bon, je te laisse alors ?
Elizabeth : Oui, merci François. François ?
François : Oui ?
Elizabeth : Kassab, ça veut dire quoi ?
François : Quoi ?
Elizabeth : Kassab, en arménien, ça veut dire quoi ?
François : Le boucher, je crois… pourquoi ?
Elizabeth : Pour rien…

Il sort. Lise s’effondre sur son canapé et pleure.

Noir.

Scène 5

Le soir, Elizabeth est de retour de son travail. Elle s’affaire un peu, range des documents, puis des vêtements. Elle se rafraîchit le visage. On tambourine violemment à la porte…

François, essoufflé : Lise, ouvre-moi Lise !
Elizabeth, se précipitant vers la porte : François ?


à suivre ...

Pour lire le teaser de la pièce et le début dans la foulée, c'est par ici !
L'épisode 2
Épisode 3
Épisode 4
Épisode 5
Épisode 6

 

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