Les Arrangements



 Dimanche 27 janvier 2013




NOS SORTIES



Nous sommes partis par ce dimanche morose en direction du Théâtre de l’Ouest Parisien à Boulogne Billancourt. J’ai habité dans cette ville durant mon adolescence, personne n’avait eu l’idée à cette époque de me faire découvrir ce théâtre. Je l’ai vu pour la première fois, ce dimanche, impatiente de me consacrer au plaisir de la découverte d’une pièce écrite par Pauline Sales. Elle est aussi comédienne et co-directrice du théâtre de Vire,  un CDR au milieu de nulle part dans le Calvados. Vire, une petite ville qui a sa notoriété grâce à sa fameuse andouille. Même si je n’aime pas sa "saucisse", j’adore son théâtre et surtout ses comédiens. Il y a Anthony Poupard, Aurélie Edeline, Pauline Sales, Vincent  Garanger…

Le Théâtre de l’Ouest Parisien est une belle bâtisse blanche avec une salle où vous êtes bien assis sans être gêné par le spectateur devant vous. Nous avons été accueillis comme si chaque spectateur est important. Il l’est plus que vous ne le pensez, c’est un théâtre privé sans subventions aucune dont le directeur met un point d’honneur à inviter des spectacles d’auteurs divers classiques et contemporains. Il prend des risques par conviction et par amour des auteurs et de l’art de la scène. On sait qu’Oscar Wilde, Dubillard, Mme de la Fayette feront davantage recette que Pauline Sales, Denis Guinoun ou Gilles Granouillet auteurs connus d’un milieu plutôt restreint des amateurs du théâtre contemporain.

Je tergiverse, je tergiverse et je n’en viens pas à l’essentiel. Alors c’était bien « Les arrangements » de Pauline Sales ? 

Cette pièce, figurez-vous, a été écrite par l’auteure sur commande de la Comédie de Valence il y a plusieurs années. Les aléas ont fait qu’elle est restée dans un tiroir.

Le décor ressemble à une charpente, celle-ci s’éclairant par le  fond d’une lumière couleur azur, ou  d’un rouge orangé et puis blanche telle une robe de mariée. Bravo aux  techniciens lumière ! Nous avons l’impression de nous immerger  dans ce lac dans lequel se baigne Claire à la fin de la pièce, nous sommes dans les flammes quand la maison brûle et nous oublions l’intérieur cosy de cette maison dans laquelle personne n’est heureux. Le père est en train de mourir et il semble que chaque année il joue sa mort comme au bridge, il rassemble la famille autour de cette mort qui ne vient toujours pas. Écoutez ce qu’il dit :

« Je fais semblant‚ c’est plus fort que moi‚ je me méfie. Mes enfants ? Des paysages que l’on aperçoit derrière une vitre en voiture. Que se passe-t-il dans cette maison‚ on devrait couper cet arbre. Je suis un vieillard qui mâchonne sa célébrité comme un bâton de réglisse‚ le premier journaliste venu‚ surtout si c’est une femme‚ me trouve délicieux dans les approches de la sénilité et écrit que je suis loin de la réputation d’ermite qui a été mon manteau‚ un chien m’amuse‚ je me divertis devant n’importe quelle émission sportive‚ mais mes propres enfants m’ennuient. Que leur dire ? Je vois les morts qu’ils seront‚ dès qu’ils sont nés‚ à l’instant où on les dépose dans mes bras. »

Michel a vingt ans lorsqu'il réchappe de la déportation. Il reviendra de Pologne avec Ewa, sa première femme. Ensemble, ils s'installeront dans une maison à la campagne. Lui écrit, deviendra un auteur célèbre, se remariera avec Diane aussi. La pièce s'ouvre dans cette même maison soixante ans plus tard. Dans une chambre à l'étage, Michel est à l'agonie. En bas, ses deux épouses successives, ses enfants et petits-enfants, toute la famille est réunie. Trois générations qui ont à se débattre dans leur propre parcours avec cette double figure du survivant et de la réussite. Un curieux personnage, biographe de l'auteur qui a gagné « l'intimité » du cercle familial, est également présent.
 
Les comédiens donnent tout. Leur étrangeté, des sentiments tourmentés, que l’on voit sans voir, leur tragédie. Même quand ils rient on sait qu’à l’intérieur tout est en vrac. La distribution était parfaite mais il m’a fallu arriver au deuxième acte pour comprendre qui était vraiment qui. Il y avait comme une certaine opacité qui m’empêchait de lire chacun de ces personnages, dans leur bataille contre les autres et contre eux même. Janek (Jean), paumé à cause de ce père qui n’en finissait pas de les tourmenter, n’avait pas la clef qui nous aurait permis d’entrer et d’être touché par sa souffrance. Les comédiens ont donné vie et mort à ces personnages se cognant contre les murs. Bravo, bravo à vous tous. Un petit aparté : Merci Anthony pour ta générosité !

Brigitte

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