Bal-Trap

Lundi 18 mars 2013

Nos lectures


Xavier Durringer


Extrait de 5 minutes : Bulle parle d'elle...
 Une histoire comparable à d’autres, deux couples semblables à deux autres mais plus jeunes.

Gino et Lulu, ils se sont aimés follement, passionnément. Le temps a fait son ouvrage, leur histoire était si belle, mais les années ont effacé inexorablement leur amour. Ils sont revenus sur les lieux de leur première rencontre, un petit bal perdu au milieu de nulle part : un vieux parking, auprès de la piste  où les amoureux se retrouvaient pour danser,  s’aimer, s’embrasser fougueusement.

Bulle et Muso, 20 ans. Ils ne savent pas encore qu’ils vont s’aimer. Elle, écorchée vive, boule toute hérissée  telle le porc épic, lui, sorte de sauvageon avec un cœur gros comme ça. Déjà il est tout tourneboulé, il va la coller, elle est celle qu’il cherchait…..

Muso : Qu’est-ce que vous faites là, à c’t’heure toute seule ici, toute seule ici, vous attendez quelqu’un ?
Bulle : ….
Muso : Ah je comprends…italiano ? No, American ? English ?
Do You speak English ? Germanic, Spania….Russe ? Etrangère, vous êtes, étrangère ? Stranger ? Française ? Sourde ?
Bulle : J’entends.
Muso : Une française ! Y a que ça de vrai, une bonne française ! Génial ! Génial ! Je pouvais pas mieux tomber. Qu’est-ce que vous faites là ?
Bulle : ça se voit pas, je cueille des champignons. J’en ai un plein panier.
Muso : Ca tombe bien j’adore les champignons……….Nature, sauté ou en omelette….Pourvu que je les mange avec vous.
Bulle : Vous avez pas mieux à faire que de me casser les oreilles ?
Bulle, toutes griffes dehors, ne sait pas encore que l’amour se cache sous les traits de ce garçon moqueur, joyeux, impertinent. Elle a une étiquette collée dans le dos depuis son adolescence. Elle a été violée et maltraitée par des mauvais garçons. Elle a assumé la mauvaise vie et son destin de pauvre fille. Muso, lui, va la prendre comme elle est, il va la réchauffer avec ses rêves. Ils partiront peut-être vers un pays loin des souffrances, de la misère .
Bulle : Alors tu m’emmènes ?
Muso : Sûr ! Je sais pas où, mais sur je t’emmène.
Bulle : Ha, ha, c’est bien  ta force, là, de caractère.
Muso : Te fous pas de moi. C’est dur d’enlever quelqu’un.
Bulle : Moi, tu l’as dit, je suis toute légère, légère.

Muso est un jeune homme romantique, dans son vocabulaire il y a aussi les mots douceur, ne jamais partir, petit cœur, fidélité…Pour lui le prénom de Bulle est comme une bulle de savon qui s’envole toute légère et qui disparaît dès qu’on la touche…
Gino et Lulu sont ensemble depuis des années maintenant, on ne sait pas, en fait. Ce que l’on sait c’est que leur amour s’est effrité. Revenir sur le lieu de leur rencontre va-t-il raviver la flamme ?

Gino : La première image que j’ai eue de toi, t’étais là-bas contre le mur. T’avais l’air tout perdue dans tes nuages…
Lulu : Contre le mur de là-bas….
Gino : Contre le mur. Qu’est-ce que t’attends ? Va te mettre contre le mur.
Lulu : Oui
Gino : T’avais un genou replié.

Ils refont l’histoire à l’envers. Gino et Lulu espèrent en rejouant la scène retrouver leurs premiers émois. Mais ce n’est pas si simple. La scène du baiser par exemple….

Lulu : Et  puis t’as approché ta bouche tout lentement…
Gino : Comme au ralenti, je me rappelle.
Lulu : Tu m’as embrassée
Gino : Oui
Lulu : Alors ?
Gino : Alors quoi ?
Lulu : Qu’est-ce que t’attends ?
Gino : Rien
Lulu : Bien embrasse-moi alors ?
Ils s’embrassent
Gino : c’était comment ?
Lulu : Je sais pas….. pas pareil……ça a changé……
Lulu : Non je te dis….Y’avait, comment dire ? Quelque chose qu’était différent…tes bras pas pareils…tes mains… je ne sais pas…ta bouche…ta langue…oui c’est ça, ta langue était plus chaude la première fois, toute brûlante dans ta bouche.

A cet instant la magie est rompue. Nous savons que le couple se débat, l’amour ne se rattrape pas. Pendant ce temps Muso va séduire progressivement Bulle. Le coup de foudre, s’il n’a pas eu lieu, fait place à la douceur du sentiment, au cœur qui s’émerveille.
Muso a su trouver les mots, il a planté son regard ébloui dans celui de Bulle. Ils vont disparaître  vers une destination inconnue et ils auront uni leurs mains et leur espérance vers un avenir auquel ils croient ensemble. Ils iront se réfugier tous les deux dans la chambre dans laquelle Gino et Lulu s’étaient aimés, un jour, il y a longtemps.
Gino éteint une à une les bougies qui éclairaient la piste de danse sur laquelle, avec Lulu, ils s’étaient pour la première fois aimés, embrassés… passionnément !
L’amour est mort, vive l’amour !!

Durringer quand il parle des gens, il choisit « ceux qu’ont pas d’vocabulaire », pas de culture. Mais quand il les fait causer, nous on voit des gens qui ont un cœur gros comme ça, qui ont des rêves même si ils ont été tout cassés par leur vie. Quand ils se parlent, nous on se prend un poing dans l’estomac tellement ils sont écorchés, tellement leur vie ils l’arrachent à ce monde pourri dans lequel ils se battent et se cognent et dans lequel ils aimeraient tant être heureux eux aussi. Moi j’aime Durringer parce que ces gens dont il me raconte l’histoire, ils me touchent, me renversent et me mettent des larmes au coin des yeux.

Brigitte

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