Incendies

Mardi 26 mars 2013
Nos lectures

Court extrait de Incendies de deux minutes, pour vous mettre l'eau à la bouche ... Attention à ne pas mettre sur des oreilles sensibles !
Une chape de béton me tombe sur les épaules dès les premières paroles de Hermile Lebel, notaire de son état ...


Son attachement à cette femme mystérieuse, Nawal Marwan l’a désigné comme exécuteur testamentaire. Une voix d’entre les morts s’adresse à ses deux enfants jumeaux : Jeanne Marwan et Simon Marwan.

« Enterrement
Au notaire Hermile Lebel
Notaire et ami.
Emmenez les jumeaux
Enterrez- moi toute nue
Enterrez-moi sans cercueil
Sans habit, sans écorce,
Sans prière
Et le visage tourné vers le sol.
Déposez-moi au fond d’un trou,
Face première contre le monde.
En guise d’adieu,
Vous lancerez sur moi
Chacun,
Un seau d’eau fraîche.
Puis vous jetterez la terre et scellerez ma tombe.
Pierre et épitaphe.
Au notaire Hermile Lebel
Aucune pierre ne sera posée sur ma tombe
Et mon nom gravé nulle part
Pas d’épitaphe pour ceux qui ne tiennent pas leurs promesses
Pas d’épitaphe pour ceux qui gardent le silence…..
A Jeanne et Simon, Simon et Jeanne
L’enfance est un couteau planté dans la gorge.
On ne le retire pas facilement… »

Jeanne et Simon sont les enfants de Nawal. Nawal est leur mère, d’outre-tombe elle leur confie la mission de dévoiler son secret. Dès lors, il sera brisé ...

Ce secret sera lourd, lourd comme la pierre tombale qui recouvrira sa sépulture ? Ce secret une fois révélé permettra de graver enfin le nom de Nawal ainsi que  son épitaphe sur sa pierre tombale…… Sa volonté passe par une promesse qui doit être tenue. Dés lors sera  gravé au soleil le nom de Nawal.
Cette histoire raconte l’histoire de trois histoires qui cherchent leur début, de trois destins qui cherchent leur origine.

« Celui qui tente de trouver son origine est comme ce marcheur du désert qui espère trouver, derrière chaque dune, une ville. Mais chaque dune en cache une autre et la fuite est sans issue… »
Wajdi Mouawad

Cette histoire nous mène vers un pays dans lequel les êtres se déchirent, souffrent et meurent atrocement. Nous, nous sommes rivés à cette femme qui revient du monde des morts et nous crie son tourment. La guerre a chassé les hommes de leur maison, les hommes ont brûlé ces maisons. Les parents ne disent rien à leurs enfants. Ils disent «  Ici la guerre ne nous rattrapera pas » ; Sawda l’amie de Nawal répond : « Je me souviens, on a fui au milieu de la nuit. La guerre nous rattrapera. La terre est blessée par un loup rouge qui la dévore … Pas d’amour, pas d’amour et comme on me dit oublie, alors j’oublierai. J’oublierai le village, les montagnes et le camp et le visage de ma mère et les yeux ravagés de mon père. »

« Dans ce pays,  les miliciens pendent les adolescents. Pourquoi les ont-ils pendus ? Parce que dans le camp où ils étaient réfugiés, ils se sont aventurés à l’extérieur et ont violé des jeunes filles. Pourquoi ont-ils violé ? Parce que les miliciens avaient lapidé une famille de réfugiés du camp. Pourquoi les miliciens l’ont-ils lapidé ? Parce que les réfugiés avaient brûlé une maison près de la colline du thym … »

Nawal a vécu dans ce monde à feu et à sang. Ses enfants sont venus au monde dans des conditions que nul ne peut imaginer. Wajdi Mouawad, dans Incendies, parle de ce pays où des êtres expient les fautes du monde depuis des siècles et des siècles. Mais il souhaite  faire réfléchir surtout autour de la question de l’origine. Il s’est appuyé sur l’imaginaire de ses acteurs pour construire cette histoire tragique et terrible. Nous allons lentement, inexorablement avec Jeanne et Simon vers la révélation : leur naissance.

Tout le long du chemin qu’ils ont emprunté on sait que l’issue sera fatale. Mon cœur battait la chamade comme si je gravissais une montagne jonchée de grosses pierres sur lesquelles mes pieds s’écorchaient. L’arrivée au sommet se fait dans une nuit épaisse et glaçante. Tétanisée, recroquevillée suite à cette annonce de cette terrible vérité, je me blottis. L’aurore doucement se lève sur moi. Nawal de l’au-delà parle à ses enfants sonnés, fourbus : « Vous avez ouvert l’enveloppe, vous avez brisé le silence. Gravez mon nom sur la pierre de ma tombe. Votre mère »

Simon et Jeanne ont accompli leur devoir envers leur mère décédée, ils sont allés courageusement, douloureusement, à la recherche de ce secret qui devait permettre à leur mère de dormir enfin en paix.
Suite à ces paroles Simon va demander : « Jeanne, fais moi encore entendre son silence.
Sur des cassettes Nawal avait laissé ses silences pour que ses enfants sachent qui elle était vraiment »


Wadji Mouawad, écrit une histoire forte qui vous empoigne, il nous donne de l’espoir, il nous fait croire que derrière chaque homme se cache un autre homme qui peut choisir sa vie. Mon cœur bat tel le tambour quand je referme ce livre  puissant « Incendies ».

Brigitte

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