A la fin, la nuit : Episode N°2



Samedi 20 avril 2013

Nos écrits
Artiste : Alphonse Mucha
 A la fin, la nuit.
Cet article est la suite d'une pièce dont le début est ici.

Marty : Chérie ? Mais où étais-tu ? Je me suis inquiété. J’appelle tes parents et ils me disent qu’ils ne t’ont pas vue. Ce sont les tests qui ont duré plus longtemps que prévu ?
Elsy : Oui, c’est ça. Plus de portable, plus de batterie, alors, j’ai laissé filer le temps. Mais, maintenant, c’est fini, le temps ne m’échappera plus !
Marty : Alors ? C’est quoi ces malaises ? Ça devient inquiétant tout de même, deux dans la même journée d’hier…
Elsy : Finalement, rien de très grave, une crise comitale, ou comitiale, un nom comme ça…
Marty : Alors ? Comment ça se soigne ?
Elsy : Meilleure hygiène de vie, quelques médicaments, une bonne nuit par-dessus et il n’y paraîtra plus….
Marty : C’est tout ? Sur la dernière crise, tu étais bien dans les pommes tout de même…
Elsy : Il m’a donné un arrêt pour que je puise me remettre à fond et guérir complètement. Ça évitera une crise au mauvais moment : au travail ou au volant par exemple.
Marty : Bon. Tu es arrêtée longtemps ?
Elsy : Quinze jours.
Marty : Ah tout de même, il y a donc bien un truc à guérir.
Elsy : On peut dire ça comme ça. On peut aussi voir ces quinze jours comme des vacances. Que dirais-tu de sortir ce soir ?
Marty : Si tu es malade, ce n’est peut-être pas très sérieux.
Elsy : Bon, je me repose maintenant, je prends mon traitement, et comme ça on peut sortir ce soir, ça te va ?
Marty : Ok, mais pas trop tard, hein ?

Noir.

De retour du spectacle.

Elsy regarde par la fenêtre pendant que Marty se prépare à aller se coucher.

Elsy : C’était merveilleux.
Marty : Oui, je n’ai pas vu de spectacle qui me botte à ce point depuis longtemps.
Elsy : Tu veux dire que nous n’avons pas vu de spectacle depuis longtemps.
Marty : Ça doit être ça… Les enfants sont contents et les grands-parents aussi d’ailleurs. Papa m’a proposé de garder les filles jusqu’à samedi.
Elsy : Je les récupère demain.
Marty : Tu sais, ils proposaient ça pour que tu te reposes et que je puisse m’occuper de toi après le boulot, c’est plutôt sympa, profitons-en, comme ce soir… et puis les filles sont heureuses tu sais…
Elsy : Je sais. Mais je me suis assez reposée. Elles me manquent déjà. Je pense à elles ... J’ai pensé à elles toute la soirée.
Marty : Tu regrettes ?
Elsy : Non, mais je crois qu’on aurait pu faire mieux, tous ensemble. Tous les quatre…
Marty : Tu sais les filles doivent encore se coucher tôt et…
Elsy : Oui, on aurait dû les coucher et fêter ça ensemble peut-être. Je vais les chercher demain.
Marty : Si tu te sens d’attaque pour t’occuper d’elles, pas de problème chérie.
Elsy : J’ai envie de les voir, tout de suite, maintenant…
Marty : Chérie, je crois qu’elles dorment de toute façon… tu t’inquiètes ? Ca se passe bien en général avec mes parents.
Elsy : Non, ce n’est pas cela… mais tu as raison, je les verrai demain, patience, patience…

Un temps

J’ai envie d’inviter tes parents demain, qu’en penses-tu ?
Marty : Oui, c’est une bonne idée, mais…
Elsy : Mais ?
Marty : C’est-à-dire chérie, tu es malade, tu récupères les enfants, tu invites mes parents, tu ne veux pas inviter les tiens aussi, tant qu’à faire ainsi que tout le quartier ? Es-tu bien malade ? Ou inconsciente sans doute ?
Elsy : Bonne idée ! Invitons aussi mes parents, après tout, ils ne sont pas vus depuis longtemps. Et si on invitait les voisins avec ? Tu sais que tu n’as que des bonnes idées chéri aujourd’hui ?
Marty : Je ne sais pas si ce sont vraiment les miennes ou les tiennes que tu loues ainsi. Je m’inquiète un peu. Qu’est-ce que tu nous fais, qu’est-ce qui te prend ? C’est cette histoire d’arrêt maladie qui te trouble, tu te sens seule ?
Elsy : Non, non. Je crois qu’on n’a pas assez de temps à consacrer à ses proches, et, que le médecin a un peu exagéré, donc, après tout, profitons-en. Rattrapons un peu de temps perdu.
Marty : Pour les voisins, tu n’es pas sérieuse ?
Elsy : Bah, pourquoi pas ?
Marty : Tu sais que je ne suis pas d’un naturel contrariant, cependant, et si je peux me permettre, nous sommes en plein milieu de semaine, les filles ont école, moi j’ai travail et toi tu dois te soigner, il me semble donc que les voisins…

Elsy se jette sur lui, l’embrasse.

Elsy : Oublions-les voisins tu as raison. J’invite nos familles, nous dinons, puis je couche les filles et passe un moment avec elles pendant que tu assures ton rôle d’hôte avec nos invités. Ensuite, je reviens, nous terminons la soirée tranquillement, à bavarder de choses et d’autres, de ces petits riens de nos vies, des petits bobos et des petits bonheurs, de ton travail, de la retraite avec ses avantages, ses inconvénients, de ma petite maladie, du travail scolaire de nos enfants, bref, de la vie de tous et de chacun, celle dont je me fous d’habitude mais que je vais trouver délicieuse, que je trouve déjà délicieuse rien qu’à l’idée que je m’en fais, et puis, et puis, que restera-t-il à faire ensuite ? … L’amour avec toi, mon amour…

Elle l’embrasse langoureusement, puis ils s’embrassent passionnément.

Noir.

Elsy est de retour à la maison avec ses filles. Les filles se mettent à courir vers leur chambre.

Elsy : Dothy, Margot !

Les filles s’arrêtent, se retournent.

Elsy : Venez mes chéries s’il vous plaît.

Les filles s’approchent, regardent leur mère.

Elsy, s’accroupissant : Je dois vous dire quelque chose de très important : vous êtes les plus belles petites filles de la terre.

Elle les serre dans ses bras.

Noir.

Dans la chambre des filles pendant que la soirée suit son cours : on entend des conversations, des éclats de voix en fond. Les filles arrivent en pyjamas, sautent sur leur lit, font un peu les folles. Elsy arrive, ferme la porte. Elle les regarde un moment s’amuser, et s’amuse de la situation. Elsy se dirige vers le velux pour tirer le rideau. Elle observe finalement le ciel pendant que les enfants continuent leur jeu, s’excitant un peu plus. Puis, Elsy s’allonge pour observer confortablement le ciel étoilé au dessus de sa tête. Les filles continuent de sauter autour d’elle. Elsy ne bouge plus. Les filles se calment, se demandent un peu ce qui se passe, si c’est un jeu, ou si quelque chose de sérieux s’installe. Auraient-elles fait une bêtise ? Elles s’allongent finalement de part et d’autre d’Elsy, et regardent avec elle.

Elsy : Margot, tu veux bien éteindre la lumière s’il te plaît ?
Margot : Oui M’man !
Elsy : Et tu reviens à côté de moi.

Un temps, elles observent toutes les trois la lucarne.

Dothy : Maman, pourquoi tu regardes les étoiles sans rien dire ?
Elsy : Et toi, ma chérie, pourquoi tu regardes les étoiles aussi ?
Dothy : Parce que j’aime bien faire comme toi.
Elsy : Et toi Margot ?
Margot : Moi aussi.
Dothy : Mais, il se passe rien, ça ne bouge pas…
Elsy : C’est parce que c’est très loin, mais en fait, elles bougent…
Dothy : Bah moi je vois rien bouger.
Margot : Moi non plus !
Elsy : C’est quoi une étoile ?
Margot : C’est une autre planète…
Dothy : Avec des gens dessus ?
Margot : Mais non, il n’y a que sur la Terre qu’il y a des  gens.
Dothy : C’est vrai Maman, il n’y a des gens que sur la Terre ?
Elsy : Peut-être, je ne sais pas…
Margot : Moi je sais, on est les seuls. Et en fait, c’est pas des planètes, sinon, on les verrait pas, c’est comme des petits soleils mais on peut les voir quand même parce qu’elles sont très très loin. Sans se brûler les yeux…
Dothy : On peut y aller si on veut ?
Elsy : Non, ma chérie.
Margot : C’est trop loin.
Dothy : Pourquoi c’est trop loin ? Même avec une fusée c’est trop loin ?
Margot : Oui.
Dothy : Pourquoi on les voit quand même si c’est si loin alors qu’on ne peut pas y aller ?
Elsy : Elles brillent très très fort.
Dothy : Pourquoi elles brillent très très fort ?
Elsy : Pour qu’on les voit.
Margot : Non, c’est parce que elles sont très grosses.
Dothy : A quoi ça sert les étoiles ?
Margot : A rien. Ca fait un peu de lumière dans la nuit pour pouvoir marcher quand il y a pas de lampadaires. C’est tout.
Elsy : Elles nous guident aussi. Elles montrent le chemin.
Dothy : Comme toi Maman ?
Elsy : Un peu comme moi, oui. Quand vous avez des questions, des problèmes, que vous ne savez pas quoi faire, ou que vous êtes tristes, regardez les étoiles, elles vont vous guider, elles vont vous aider.
Dothy : Moi je préfère te demander avant.
Margot : Moi aussi.
Elsy : Les étoiles seront toujours là, elles, toutes les nuits ; elles vous écoutent, elles vous conseillent si vous savez les écouter…
Dothy : Moi, j’entends rien.
Margot : Et puis, quand il y a des nuages, on les voit pas.
Elsy : C’est vrai, mais elles sont là quand même.
Dothy : Ma seule étoile c’est toi maman. Tu es toujours là, même de jour, c’est mieux !
Elsy : Oui ma chérie.
Margot : Je t’aime maman.
Dothy : Je t’aime maman.
Elsy : Oui mes chéries, je vous aime.

Noir.

Fin de soirée, les invités sont partis. Marty commence à ranger un peu.

Marty : Chérie, tu as assuré ! Le repas était super, tes parents les miens, étaient très contents de se retrouver. Super idée ! Mais, tu n’es pas trop fatiguée ? Ton traitement, comment tu te sens ? Ca va mieux ?
Elsy, sans rien montrer : Oui, ça va. Un petit coup de barre là tout de suite, je crois que je vais m’allonger, mais ne t’inquiète pas, je t’attends, Don Juan.
Marty : Je sors la poubelle, range un peu la table, et je suis tout à toi !

Il sort. Elsy, n’y tenant plus, se précipite vers les toilettes, se retient pour ne pas tomber, mais se plie en deux et tombe à genoux. Elle a présumé de ses forces. Elle essaie de sortir de la pièce ne voulant pas être prise en flagrant délit de crise par son mari. Elle parvient finalement à rejoindre les toilettes et à s’y enfermer. Marty revient. Il finit de ranger deux ou trois choses.

Marty : Chérie ? … C’est bon, je vais au lit… ne traine pas trop tant qu’il me reste un peu d’énergie !

On entend un « boum », comme le bruit d’un corps qui tombe.

Marty : Chérie ? Ça va ? Un problème ?

Un temps.

Marty : Chérie ? Tu m’entends ? Réponds ! Chérie ?... Ouvre la porte s’il te plait… Chérie ? Tu peux ouvrir la porte ? Qu’est-ce qui se passe ? Ouvre la porte s’il te plait ! Ouvre Elsy !  Elsy ! Elsy ? Ouvre !

Il essaie d’ouvrir la porte, de forcer la poignée, puis, il enfonce la porte après plusieurs essais infructueux.

Marty : Elsy ! 


A suivre...

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