A la fin, la nuit.

Jeudi 11 avril 2013
Nos écrits
Artiste : Pierre Alechinsky
A la fin, la nuit.
Nouveau feuilleton, nouveaux personnages. Une pièce courte qui fera trois épisodes de publication, pas plus, ça change ... Le sujet pourra paraître banal, il l'est sans doute, voire facile. Est-ce que son traitement l'est aussi ? A vous de me le dire en suivant cette petite série théâtrale dont les héros sont :

Personnages
Marty
Elsy
Dorothée, 8ans
Margot, 11 ans
Le médecin


Marty : Salut Elsy, ça va ?
Elsy : Oui et toi ?
Marty : Ça va…
Elsy : On dirait pas…
Marty : Je peux jouer avec toi ?
Elsy : Oui.
Marty : Tu veux jouer à quoi ?
Elsy : Au papa et à la maman !

Marty l’embrasse sur la joue et part en courant.

Noir.

Dans un lit.

Marty, embrassant Elsy pour la réveiller en douceur : Bonjour mademoiselle…
Elsy : Mmmmhmm…
Marty : Quel réveil ! Ma demoiselle Elsy aimerait-elle un petit déjeuner au lit ?
Elsy, commençant à émerger : Pourquoi pas « Ma Dame » ?
Marty : C’est la classe, pour sûr, mais, c’est la case mariage aussi…
Elsy : Et alors ?
Marty : Ah oui ?
Elsy : Oui, pourquoi pas ?
Marty : En effet… alors demande-moi en mariage.
Elsy : Ici ? Maintenant ?
Marty : Pourquoi pas ?
Elsy, pouffant : Monsieur… jeune homme… jeune puceau, voulez-vous …
Marty : Tu vas voir ce qu’il te fait le jeune puceau.
Elsy : Non, non, non ! Je fais ma demande en bonne et due forme, solennellement, tu n’as pas le droit de m’interrompre, enfin c’est quoi ce comportement de macho de base ?
Marty : Ta demande n’est pas en bonne et due forme…
Elsy, pouffant de plus belle : Oho, j’ai blessé l’orgueil du mâle dominant !
Marty : Pfffff… je suis mort de rire vois-tu.
Elsy : Quand on rit, on rit ! C’est plus fort que soit, on est secoué, on est pris de soubresauts. Non, tu ne ris pas….
Marty : Admettons. Ta déclaration est nulle.
Elsy, éclatant de rire : Ha, ha, … Môssieur est touché …
Marty : Môssieur attend une vraie demande en mariage,  pas une parodie à deux francs
Elsy : Normalement, c’est toi qui demande, alors, je fais ce que je peux si tu veux, pas habituée moi…
Marty : Mais moi non plus, moi pas habitué.
Elsy : Bon, on se marie ?
Marty : Oui.
Elsy : Tu as dit oui ?
Marty : Oui.
Elsy : Tu as dit oui ?
Marty : Oui.
Elsy : Tu te fous de moi ?
Marty : Oui.
Elsy : Quoi ?
Marty : Non, je veux dire non, je ne…
Elsy : Attends là, c’est sérieux, tu te fous de moi, ou … ?
Marty : Mais non !
Elsy : Mais non quoi ?
Marty : Non, je ne me fous pas de toi !
Elsy : Alors … ?
Marty : Oui ?

Ils  s’embrassent.

Noir.

Marty : Chérie, tu as vu les filles ?
Elsy : Oui mon chéri, dehors, elles jouent dans la boue…
Marty, se levant : Dans la boue à cette heure et tu les laisses faire…
Elsy, souriant et le retenant : Non, je disais ça pour t’énerver un peu, elles viennent de monter dans leur chambre, il n’y a pas de boue en bas des pantalons. Embrasse-moi.
Marty : Pas de boue sur les pantalons, les enfants au lit. Le travail des parents est fini. La journée se termine dirait-on.
Elsy : Non. J’ai une mauvaise nouvelle pour toi. Si la journée est finie, la nuit ne fait que commencer. Ton troisième job commence. Le plus éreintant…

Elle l’embrasse.

Noir.



Une chambre. Elsy en chemise blanche d’hôpital, assise à moitié sur le lit.

Un médecin entre.

Le médecin : … bien, nous avons refait trois tests pour vérifier, être bien sûrs, et contrôler le protocole d’examen une dernière fois…
Elsy : Oui, et ?
Le médecin : Je suis vraiment désolé, vos pertes de connaissances ne sont pas anodines.
Elsy : C’est-à-dire ?
Le médecin : Vous avez un cancer généralisé madame. En phase terminale, donc qui se développe très rapidement ... Pourquoi n’êtes-vous pas venue plus tôt ?
Elsy : Quoi ?
Le médecin : Pourquoi n’êtes-vous pas venue plus tôt ?
Elsy : Ça allait.
Le médecin : Je peux vous proposer…
Elsy : Je peux rentrer chez moi ?
Le médecin : C’est-à-dire, je voudrais vous proposer…
Elsy : Je peux rentrer chez moi ?
Le médecin : Je, … c’est-à-dire, comprenez-moi bien, je voudrais…
Elsy : Est-ce que je peux rentrer chez moi ?
Le médecin : Souhaitez-vous vous allonger quelques minutes avant de …
Elsy : A combien estimez-vous le temps qu’il me reste ?
Le médecin : Oui, c’est toujours difficile à préciser, on a vu…
Elsy : S’il vous plaît, combien ?
Le médecin : Parfois, on est surpris des résultats de certains traitements, évidemment, vous n’êtes pas obligée, disons que la science avance aussi grâce à des gens comme vous, et…
Elsy : S’il vous plaît…
Le médecin : Deux mois, trois peut-être, on a vu quatre aussi. Si ça va vite, et le vôtre va vite, difficile à dire, un mois peut-être.
Elsy : Monsieur, est-ce que je peux rentrer chez moi ?
Le médecin : Mais bien entendu Madame.
Elsy : Je voudrais vous dire merci et vous embrasser. Est-ce que je peux ?
Le médecin : C’est que, … oui, enfin, bien sûr, je, excusez-moi, encore, j’ai été brutal, je crois… 
Elsy : Non. Non, non, je vous en prie ne vous faites pas de mal.

Elle le serre dans ses bras. Le médecin retire ses lunettes. Il pleure ?

Le médecin, un peu gêné : Je suis vraiment désolé, je ne sais pas si, enfin, …
Elsy : Ne dites rien. Ne soyez pas désolé et ne regrettez rien de ce que vous avez fait. Je ne regrette rien. Je m’en vais chez moi.
Le médecin : Vous devez savoir ceci, je dois vous prévenir…
Elsy : Je sais…
Le médecin : Vous allez souffrir beaucoup, vous ne pourrez pas le cacher à votre entourage.
Elsy : Disparaître. Il y a des gens qui disparaissent vous savez.
Le médecin : Je crois que je le sais en effet. Avez-vous bien pensé à eux ?
Elsy : Je ne pense qu’à eux.
Le médecin : Alors, je dois vous le dire, vous ne tiendrez pas plus de trois semaines.
Elsy : Alors, je disparais dans deux semaines.
Le médecin : Que puis-je faire pour vous ?
Elsy : Qu’en pensez-vous mon vieux ?
Le médecin, pouffant : Je crois que j’ai envie d’envoyer chier le protocole. Je crois que je peux vous aider. Je crois que je fais n’importe quoi chère madame… pourquoi me faites-vous faire n’importe quoi ?
Elsy : Parce que vous aimez les belles fins, mon vieux. Parce que, vous aimez…
Le médecin : A l’accueil, en sortant, avant de signer votre départ, vous récupérerez trois cartons. Dedans, il y aura les instructions, quelques produits mais pas tous. Vous devrez acheter le reste, je ne peux pas sortir certains d’entre eux.
Elsy : Doit-on se revoir ?
Le médecin : C’est à vous d’en juger…
Elsy : Alors, adieu. Et n’en profitez pas pour en faire autant. Que je ne vous revois pas avant un long moment. J’y veillerai.

Noir

A SUIVRE ...

Deux autres pièces déjà publiées sur le blog :

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