Esquisses


Lundi 4 novembre 2013

                                            Nos sorties

Esquisses ………une manière d’avoir accès au travail des comédiens, de vous donner l’envie de connaître une pièce et d’ouvrir votre curiosité………

                Ce lundi 4 novembre j’étais impatiente. J’allais découvrir une pièce que je ne connaissais pas d’Eugène Labiche par « la compagnie du Chafouin ». Je trouvais la proposition de la Chapelle Saint Louis plutôt excitante : découvrir une étape, un aperçu du travail en cours de la  troupe. Ces soirées esquisses jalonnent la programmation de la Chapelle Saint Louis depuis quelques années déjà. Les artistes ont le courage de s’exposer dans leur expérimentation, et de se confronter à un public alors qu’ils sont en pleine création, en plein doute, en fragilité puisqu’en pleine recherche ...

                Je suis  fan du travail de Yann Dacosta. J’ai vu « Eva Peron » de Copi « Le baiser de la femme araignée » de Manuel Puig, « Drink me, Dream me »d’après Alice de Lewis Caroll, et le « Tableau » de Victor Slavkine. Yann Dacosta possède une folie et a cette capacité à vous emmener au bout de celle-ci en vous bousculant hors d’un ordre établi. Son univers me touche, m’interpelle. Il a rencontré un musicien et chanteur Pablo Elcoq. Celui-ci créé en symbiose avec l’univers de la pièce et nous époustoufle. Il a une voix qui se ballade entre les aigus et le grave caverneux. Le spectateur ressent son chant et sa musique jusque dans les tripes.

                Donc ce lundi 4 novembre j’ai découvert « L’affaire de la rue de Lourcine »  
Labiche n’est pas un auteur que je prise particulièrement. Les goûts et les couleurs, dit-on !

                Première réussite de la Compagnie en ce qui me concerne : j’ai eu envie de relire la pièce et de redécouvrir Labiche . Cette pièce possède une mécanique et un propos qui sont assez forts, sous  couvert du schéma habituel d’écriture de l’auteur : Labiche dénonce ici la nature humaine. On y trouve la mesquinerie, la lâcheté, la petitesse de l’homme. L’écriture est caustique, sans indulgence pour ses personnages. Dans « L’affaire de la rue de Lourcine » il ne s’agit plus de décrire une situation perturbant la vie des personnages, on peut  voir  dans « Un Chapeau de paille d'Italie » un cheval qui va déclencher une suite d’évènements cocasses en ayant mangé le chapeau de paille d’une bourgeoise qui ne souhaite pas que l’on découvre qu’elle a eu une aventure. Ici la mécanique repose sur des quiproquos, une course en avant et la machine s’emballe. Dans l’Affaire de la rue de Lourcine il y a ce petit plus qui fait la différence sur la nature humaine. Nous grinçons des dents.  Effarés, éberlués par le machiavélisme, la mauvaise foi de ces deux potaches que sont  Langlumé et Mistingue. Nous assistons là, à une course échevelée de  deux idiots pathétiques vers un dénouement aussi cocasse qu’absurde !

                Un éclairage sur la pièce est nécessaire : Lenglumé et Mistingue se réveillent dans le même lit, ce matin là. Ils n’ont aucun souvenir de ce qui s’est passé la veille au soir. Lenglumé ne sait pas qu’il a un homme dans son lit. Il s’imagine même que c’est une femme.  Est-ce que sa femme, Norine va le coincer dans cette situation ? Le temps de se mettre les idées à l’endroit, de se retrouver autour d’un déjeuner, sa femme leur lit le journal. Ils apprennent, attérés, qu’ils seraient peut-être les assassins d’une charbonnière lors de leur équipée éthylique de la veille au soir ... Sur les lieux du crime le parapluie vert à tête de singe  emprunté au cousin Potard.

L’affaire de la rue de Lourcine  est lancée. La nature des deux hommes va les conduire aux pires extrémités dévoilant leurs bassesses ...


                Le cadre est mis, mais déroulons maintenant le tableau à savoir « une esquisse de la pièce »par  l’équipe du « Chat Foin » La première chose que j’ai envie de saluer c’est le courage qu’il leur a fallu de présenter à un public cette étape de travail. En fermant les yeux on avait déjà un univers. Yann nous a présentés son futur décor : une fontaine qui occuperait une partie du plateau.  Déjà je voyais Lenglumé et Mistingue en ahuris parfaits plonger dedans, s’éclabousser, glisser pour se laver leur mains couvertes de charbon. (Si vous voulez savoir pourquoi, vous pouvez vous la procurer à l’Armitière). Cette fontaine c’est le lieu de toutes les folies des personnages de la pièce. Grâce à elle j’entendais déjà les rires hystéro-hystériques de Norine éclaboussée,  Lenglumé et Mistingue pataugeant dans leur crasse,  du cousin Potard dont l’épouse mange des fraises et des melons (« envie ruineuse, pour son portefeuille »). Je les imaginais  tous au  final danser la farandole dedans-dehors  autour de cette fontaine dégoulinant d’une mousse verte fluo, ce vert fluo du mystérieux parapluie avec une tête de singe …J’avais la voix et la musique Pablo Elcoq qui me faisait voyager dans la rue Lourcine avec ses chiens galeux, ses charbonniers enfouis sous leurs sacs, les mioches sales, couverts de croutes, les femmes habillées de chiffons aspirant voluptueusement leur cigarette…. C’est mon film à moi tout ça. Yann Dacosta et ses comédiens ont eu le mérite de s’exposer, ce jour là. Moi je sais déjà que l’imaginaire, la folie, la générosité de chacun : acteurs, musiciens, chanteurs, metteur en scène vont nous offrir un spectacle, un vrai spectacle qui nous mettra le sourire et le  rire au bord des lèvres.

                
Petit aparté,  petit clic sur le lien du site (ci-contre) de la Compagnie du Chat Foin ?

Brigitte

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire