Festhéa 2015

Vendredi 6 novembre 2015




C'est quoi les Festhéa ? Un festival de théâtre amateur. Il est porté à bout de bras par des dizaines de bénévoles venus de toutes les régions de France. Ils réalisent un travail de fourmis laborieuses et ne rechignent pas pour que les troupes puissent manger, rencontrer et créer du lien, faire venir des artistes qui jouent du piano, chantent, dansent, exposent des tableaux. Mes photos  ne sont pas des photos d’artistes loin de là mais elles ont le mérite de rentrer dans mes albums de bons souvenirs. En effet je suis fière que notre troupe ait été choisie pour ce festival national !

Certains  jours, des talents faisaient leur show ou leur expo dans le hall comme Mélanie Lusseault peintre. Elle a proposé sa vision des Festhéas 2015, une  jolie fillette qui ouvre sa grande jupe sur des comédiens. Une peinture naïve, jolie nous racontant des histoires... comme des comptines d’enfants...


Nous avons assisté à un  one man show  d’un musicien guitariste dont le nom m’échappe malheureusement, à moins que je ne l’aie pas retenu ! Un homme avec un teeshirt jaune, des cheveux en vrac et une voix surtout. Il nous a chanté un répertoire varié : Joe Dassin, Jaques Dutronc, Léo Ferré, Jaques Brel et tant d’autres, c’était sans fin. Il y a eu cette chanson à moitié russe,  moitié tsigane , j’avais des bulles dans le ventre.  Mais surtout, le petit plus ou le plus grand, c’était son appropriation des morceaux choisis, il chantait à sa manière et je peux vous dire qu’elle était vraiment épatante. Merci à toi le chanteur à la guitare et à la voix si peu ordinaire !!
Pour clore le festival le public a eu droit à un spectacle cabaret, qui a eu le mérite du divertissement. On se croyait dans un de ses petits cabarets Parisiens genre Faubourg 36.

Le petit moment décrit ci-dessous a contribué aux recherches que nous menons, à savoir pourquoi choisir telle pièce, quelles sont nos motivations, qu’est-ce-que nous souhaitons défendre en ayant monté « Diktat » ?
Nous avons, donc  bénéficié d’une mini conférence privée. Celle-ci évoluait vers des souvenirs, des  théories sur l’art théâtral la création dans un certain absolu. Ce Monsieur (Dominique Durvin) est un puits de connaissances et d’enthousiasme. Son originalité : un refus d’utiliser les outils informatiques, iphones et tutti quanti ! Il porte un chapeau et un costume trois pièces velours côtelé. Il a un  vague air, presque ressemblant  à Philippe Noiret dans « Le vieux fusil » il nous évoque aussi Michel Galabru  jouant  cet étrange personnage que rencontre Kad Merad dans « Bienvenus chez les Chtis »...



J’ai eu beaucoup de plaisir à l’écouter parler, nous raconter des histoires…
Il nous a conseillé de faire des coupes dans la pièce de Cormann dans l’objectif de ménager la concentration du public. En ce qui le concerne, l’auteur se doit de s’effacer au profit de ceux qui sont dans l’acte et la création. Oui mais si c’était l’auteur, son propos, et son écriture qui nous portaient ?
Je me suis souvent demandée si le visuel devait l’emportait sur l’écrit, mais je n’ai toujours pas de réponse à cela. J’avoue que certains auteurs tels que Racine, Shakespeare, Tchekhov, Ibsen, Brecht et bien d’autres ont été joués dans leur intégralité. Je me souviens de Chéreau qui avait monté Peer Gynt (9 heures de spectacle)… J’ai adoré ! Je l’ai vu, pourtant dans une salle de classe de l’IUT de Talence, sur une chaise inconfortable en 3 fois 3 heures  sur une télévision en noir et blanc. Ce moment où Gérard Desarthe(jouant Peer Gynt) traverse cet immense plateau, sur un cheval blanc avec une écharpe rouge longue comme la scène flottant au vent. La scène était aussi grande que la hauteur de son  plafond. C’ était une sorte de miracle pour le spectateur. Moi l’ayant vu à la télé j’ai réussi à m’imaginer dans le théâtre de la Ville à Paris en 1981. Il y a eu aussi, il y des années maintenant « Le soulier de Satin » de Claudel en intégral, (9h lui aussi) à Avignon par Jean Vilar : somptueux dans le visuel et le jeu des comédiens. Mais ces longs tunnels écrits par Claudel (soupir !)…. Dur, dur pour une partie des spectateurs… Aujourd’hui des Peer Gynt sont montés sur une durée de 3 heures maximum. Et pourtant, pourtant  en Haute Normandie le « Henry VI »de la Piccola Familia, mise en scène par ce jeune metteur en scène Thomas Jolly est un marathon de 18 heures. Les spectateurs en garderont un souvenir impérissable, ils l’ont dit, ils ont été éblouis ! Tout le monde ne peut pas réécrire Henry VI comme Line Cottegnies…

Alors doit-on couper pour éviter au spectateur de s’ennuyer ? Oui mais quand les comédiens sont superbes, la mise en scène incroyable (rappelez vous ce cheval galopant sur la scène de Peer Gynt), le spectacle vivant dans toute sa splendeur ! Le fil des propos de l’auteur gardera-t-il son propos justement ? Comment couper dans du Racine, du Molière, du Corneille ? Alors on réécrit comme l’on fait Eric Lacascade pour Platonov, Thomas Jolly lui a demandé à une auteure et traductrice de réécrire Henry VI de Shakespeare…
Diktat nous l’avons porté à bout de bras pour que tout que ce qui était écrit par l’auteur soit entendu. Si des passages ont paru longs, n’avons-nous pas à nous remettre en cause et à revoir ces fameux passages ?? Ou, effectivement, remettre en cause « les tunnels » de Enzo Cormann. Je ne sais pas encore. Doit-on repartir sur un nouveau travail, une nouvelle création ? Ou tout simplement se dire qu’avec les Festhéa nous avons abouti et devons passer à autre chose ?

Il n’y a pas vraiment de reconnaissance des spectacles amateurs. J’ai évoqué notre travail auprès d’un copain comédien professionnel qui n’a pas eu l’air de vouloir s’intéresser !! Le public se compose de personnes qui sont dans le réseau. Sauf que la passion, l’imagination le plaisir de la création animent ces amateurs. Ce mot amateur est noble. Les acteurs, régisseurs, costumiers, compositeurs ne sont pas payés pour ce qu’ils font mais payés par la reconnaissance, le retour des spectateurs qui font « bravo, bravo, bravo » . Il y a aussi le soutien et l’encouragement de tous ceux qui montrent une fidélité à leur travail.


Je me suis consolée que notre travail n’aie pas eu de prix, car je sais et j’ai en mémoire que « Diktat » a reçu des bravos, énormément de bravos, alors peu importe !!! Merci à tous ceux qui sont venus nous dire que l’émotion était là !! Maintenant, vivement la prochaine création. J’aime tellement ça : créer, imaginer, tirer sur tous ces fils que proposent les comédiens et que je puisse tirer sur ces fils qui leur permettront de devenir personnages…


Brigitte

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