Belles Paroles


 Extraits


Il Teatro vous propose, pèle-mêle, au gré des idées, des envies...




Ces ondes, ce flux et ce reflux, ce va-et-vient terrible, ce bruit de tous les souffles, ces noirceurs et ces transparences, ces végétations propres au gouffre, cette démagogie des nuées en plein ouragan, ces aigles dans l'écume, ces merveilleux levers d'astres répercutés dans on ne sait quel mystérieux tumulte par des millions de cimes lumineuses, têtes confuses de l'innombrable, ces grandes foudres errantes qui semblent guetter, ces sanglots énormes, ces monstres entrevus, ces nuits de ténèbres coupées de rugissements, ces furies, ces frénésies, ces tourmentes, ces roches, ces naufrages, ces flottes qui se heurtent, ces tonnerres humains mêlés aux tonnerres divins, ce sang dans l'abîme ; puis ces grâces, ces douceurs, ces fêtes, ces gaies voiles blanches, ces bateaux de pêche, ces chants dans le fracas, ces ports splendides, ces fumées de la terre, ces villes à l'horizon, ce bleu profond de l'eau et du ciel, cette âcreté utile, cette amertume qui fait l'assainissement de l'univers, cet âpre sel sans lequel tout pourrirait ; ces colères et ces apaisements, ce Tout dans Un, cet inattendu dans l'immuable, ce vaste prodige de la monotonie inépuisablement variée, ce niveau après ce bouleversement, ces enfers et ces paradis de l'immensité éternellement émue, cet insondable, tout cela peut être dans un esprit, et alors cet esprit s'appelle génie, et vous avez Eschyle, vous avez Isaïe, vous avez Juvénal, vous avez Dante, vous avez Michel-Ange, vous avez Shakespeare, et c'est la même chose de regarder ces âmes ou de regarder l'océan.

Victor Hugo, William Shakespeare, II



Témoignage de Vincent Schmitt 
(comédien ; ancien élève du conservatoire de Paris) à propos de Michel Bouquet


Monsieur Bouquet attend.

Il est assis, il a accroché son manteau au perroquet, son chapeau est posé sur un coin de table, à gauche, je crois. Les élèves aujourd’hui, ne sont pas au rendez-vous. Pas d’humeur, de lassitude. Nous ne sommes que quelques-uns. Je l’observe discrètement en me répétant le texte d’une scène de « Richard III ».
Monsieur Bouquet s’énerve rarement. Personnellement je ne l’ai jamais vu faire. Il paraît que c’est terrible. On m’a raconté.
« Les conséquences : toujours penser aux conséquences.»
« Tout est construction.»
« Si tu dois jouer Macbeth, tu ne vas pas assassiner ton voisin pour construire ton personnage, tu dois trouver un autre moyen. »
Des petites phrases abruptes, définitives, concises, ancrées, renversent mes certitudes, me laissent souvent perplexe.
Les compromis du discours du metteur en scène à l’acteur pour obtenir ce qu’il veut de lui sur le plateau n’existent pas ici ; Monsieur Bouquet n’est pas un metteur en scène : nous ne sommes pas là pour servir son art, nous sommes là pour « aspirer » au sien. Les recommandations, conseils, directions, sont ceux d’un acteur à un autre acteur. Nous travaillons comme les musiciens ; nous sommes nos propres instruments.
Ici, nous éprouverons, avant toute chose, la partition : nous resterons plusieurs semaines à lire les scènes que nous souhaitons travailler et à comprendre les pièces dont elles sont issues : « Tu l’as très bien lu, tu le joueras très bien. »
Plusieurs années après ma sortie du conservatoire, j’écris à Monsieur Bouquet : « Tout se met en place, lentement, avec force.»

J’entre chez mon père, dans sa ferme, perdue au milieu des champs, loin de tout, avec un étang tout au fond du terrain, où il vit seul.
La première chose que les gens voient en entrant chez lui, c’est une photo de cours au conservatoire : je suis assis au bord de la scène, je m’appuie sur une épée, Monsieur Bouquet me parle, je le regarde : « Richard III ».
Il y a longtemps, de la fenêtre de son atelier rue Royale, à Paris, mon père voyait Monsieur Bouquet passer. Je crois qu’il m’a dit qu’il achetait des fleurs chez Lachaume.
Michel Bouquet est l’acteur préféré de mon père.
Cette année-là, ce fut mon maître.


Deux extraits de cours donnés par Monsieur Bouquet au conservatoire de Paris :









  



       



L’Infante
Je me plains à vous, je me plains à vous, Seigneur ! Je me plains à vous, je me plains à Dieu !
Je marche avec un glaive enfoncé dans mon cœur. Chaque fois que je bouge, cela me déchire.

Première Dame d’Honneur
La pauvre ! Regardez ! Comme elle a mal !

Seconde Dame d’Honneur
Elle est toute pétrie d’orgueil. Et c’est son orgueil que ce glaive transperce. Oh ! Comme elle a mal !

Troisième Dame
Ah ! Elle est de Navarre !

L’Infante
Vous êtes venu, Seigneur, dans ma Navarre (que Dieu protège !) pour vous y entretenir avec le roi mon père, des affaires de vos royaumes. Vous m’avez vue, vous m’avez parlée, vous avez cru qu’une alliance entre nos couronnes, par l’instrument du Prince votre fils, et de moi, pouvait être faite pour le grand bien de ces couronnes et pour celui de la chrétienté. Vous deux, les rois, vous décidez d’un voyage que je ferai au Portugal, accompagnée de l’Infant, mon frère, peu après son retour. Nous venons, nous sommes reçus grandement. La froideur du Prince, à mon égard, ne me surprend ni ne m’attriste. J’avais vu plus loin ; au-delà de lui, je voyais l’œuvre à faire. Trois jours se passent. Ce matin, don Pedro, seul avec moi, me fait un aveu. Il plaide n’avoir su vos intentions qu’à votre retour de Navarre, quand il était trop tard pour revenir sur notre voyage. Il me déclare que son cœur est lié à jamais à une Dame de votre pays, Doña Inès de Castro, et que notre union n’aura pas lieu. Je crois que si je ne l’avais retenu il m’eut conté ses amours de bout en bout et dans le détail : tant de gens affligés du dérangement amoureux ont la manie de se croire objet d’admiration et d’envie pour l’univers entier. Ainsi on me fait venir, comme une servante, pour me dire qu’on me dédaigne et me rejeter à la mer ! Ma bouche sèche quand j’y pense, Seigneur, savez-vous que chez nous, en Navarre, on meurt d’humiliation ? Don Guzmann Blanco, réprimandé par le roi Sanche, mon grand-père, prend la fièvre, se couche, et passe dans le mois. Le père Martorell, confesseur de mon père, lorsqu’il est interdit, a une irruption de boutons sur tout le corps, et expire après trois jours. Si je n’étais jeune et vigoureuse, Seigneur, de l’affront que j’ai reçu du Prince, je serais morte.


La Reine Morte Acte I scène V (extrait)

Ferrante (le Roi)
J’ai voulu vous faire sourire. Lorsqu’on doute si un inconnu est dangereux ou non, il n’y a qu'à le regarder sourire : son sourire est une indication, quand il n’est pas une certitude. Le vôtre achève à se révéler. Eh bien ! Doña Inès, je plaisantais : soyez toujours vraie avec moi ; vous n’aurez pas à vous en repentir. Et soyez vraie d’abord, en me parlant de mon fils.

Inès
Le jour où je l’ai connu est comme le  jour où je suis née. Ce jour là on a enlevé mon cœur et on a mis à sa place un visage humain. C’était pendant la fête du Trône, dans les jardins de Montemor. Je m’étais retirée un peu à l’écart, pour respirer l’odeur de la terre mouillée. Le prince me rejoignit. On n’entendait plus aucun bruit de la fête, plus rien que les petits cris des oiseaux qui changeaient de branche. Il me dit que, sitôt qu’il avait entendu ma voix, il s’était mis à m’aimer. Cela me rendit triste. Je le revis plusieurs fois, dans la campagne du Mondego. Il était toujours plein de réserve, et moi j’étais toujours triste. Enfin je lui dis : « Laissez-moi seulement mettre ma bouche sur votre visage, et je serai guérie éternellement. » Il me le laissa faire, et il mit sa bouche sur le mien. Ensuite, son visage ne me suffit plus, et je désirai de voir sa poitrine et ses bras.

Ferrante
Il y a longtemps de tout cela ?

Inès
Il y aura deux ans le 13 août. Depuis deux ans, nous avons vécu dans le même songe. Où qu’il soit, je me tourne vers lui, comme le serpent tourne toujours la tête dans la direction de son enchanteur. D’autres femmes rêvent de ce qu’elles n’ont pas ; moi je rêve de ce que j’ai. Et pas une seule fois je n’ai voulu quelque chose qui ne fût à son profit. Et pas un jour je n’ai manqué de lui dire en moi-même : « Que Dieu bénisse le bonheur que vous m’avez donné ! »

Henry de Montherlant

  L'extrait vidéo 




Poupon arrive comme une furie tenant un fusil à pompe


Poupon (hurlant)
Rou! Je vais te faire sauter le caisson !

Rou (surpris)
Qu'est-ce que c'est que ça ?

Poupon 
C'est pour toi !

Rou
Ho, hé tu déconnes ?

Poupon
J'ai l'air ? Je vais te faire filer droit au ciel mais avant, tu vas me faire une petite prière. A genoux ! A genoux, je t'ai dit !
Rou se met à genoux, doucement

Poupon
Fais ta prière !

Rou
....une petite prière....a,b, c, d, e f, g, h, i, j,...je....tu veux pas prier pour moi, je sais pas les mots qu'il faut dire, j'aimerais pas me tromper....J'ai toujours eu des mauvaises notes au catéchisme.

Poupon
Ta gueule!

Rou
Ho, hé, Poupon, on se calme ! Tu plaisantes, là !

Poupon
J'ai jamais été aussi calme de ma vie et ça me fait un bien fou.
Rou
Arrête tes conneries !

Poupon
D'abord, tu vas demander pardon pour ce que tu as dit sur Rose !
 
Rou
Tu veux que je mettes mes mains en l'air ?

Poupon
Fais gaffe, je plaisante plus du tout.

Rou
Vas-y tire ! Qu'est-ce que j'ai à foutre ! Toi, t'aurais dix ans et moi l'éternité, quel beau voyage !

Poupon
Ta gueule !

Rou
J'ai envie de parler avec toi, moi qui croyais que t'étais mon pote. Je m'aperçois que que je vais crever tout seul.Pas un ami, rien de cette vie que je vais garder. Drôle non ? Tu trouves pas ? Partir tout seul comme un chien sous une chape de plomb.

Poupon
Ta gueule !

Rou
Tu vas me plomber ! J'ai toujours eu de la chance de ce côté là d'habitude....

Poupon
Ta gueule !

Rou 
Pas la moindre chaude pisse en des années....faut que je touche du bois !

Poupon
En passoire tu feras moins le mariole !

Rou
Peut être que ta frangine pensera à moi de temps en temps, je vois d'ici son beau visage mouillé de larmes.

Poupon
Tais-toi !

Rou 
On se fera fait de belles parties ensemble, tous les deux...Enfin je veux dire avec toi, pas avec elle...

Poupon
La ferme !

Rou
Non, je veux parler.....tu m'empêcheras pas, ou alors faut que tu me mettes carrément le canon dans la bouche....faut faire la guerre,Poupon, à cette vie là.
Moi aussi je suis calme, tu vois calme. Comme après l'amour. Les femmes, Poupon ! Les femmes, ! Je les aime ! Je les adore ! Quand elles se donnent à toi toute entières et qu'elles pensent plus à rien qu'à toi, qu'à te donner et à prendre du plaisir. Quand tu les sens partir et que le monde se met à fondre tout autour de toi et que tu te mets à oublier, à tout oublier. Tu vas me faire vivre le repos éternel, c'est ça qu'on dit, Poupon, faut pas que tu me rates, faut pas que tu me rates....Je t'emmène avec moi ? Sinon, tu vas te retrouver tout seul. Tu sais ce qu'elle m'a dit ta soeur ? Que son rêve, c'est de s'en aller le plus vite possible, très loin avec un homme pour oublier cette vie de con qu'elle mène. Tu vas rester seul....ce n'est plus qu'une question de temps.  Et si on n'a pas l'amour, on a plus rien.

Poupon
C'est pas vrai ce que tu dis pour ma soeur ?

Rou
Si, c'est vrai.......

Poupon
Pourquoi tu me dis ça ?

Rou
On se ressemble au fond, tu le sais bien ça...qu'on se ressemble. On est un peu paumés, là.......

Poupon
Pourquoi t'as fait ça ?

Rou
Avec ta soeur ? Juste un petit instant de folie, de bonheur, je vais te dire, je regrette pas......allez, tire, Poupon, qu'on en finisse !

Poupon
T'es vraiment une ordure, Rou.....

Rou
Du cran, Poupon, du cran !

Poupon
Salaud !

Rou 
Faut pas craquer ! Allez, Poupon, un petit effort dans la dernière côte, mets toi en danseuse. Allez, Poupon ! Allez Poupon ! Allez....un petit effort !

Poupon
Rou!

Rou
Quoi !

Poupon
Rien.....

Rou
Si, dis moi ?

Poupon
Je vais te laisser une chance, casse-toi ! Casse-toi vite de là ! J'ai une envie de tuer sur le bout de la langue......barre-toi vite avant que ça me revienne !

Rou
Tu veux plus m'amener au paradis ?

Poupon
Va-t'en ! Plus jamais te revoir ici ou ailleurs !
Rou s'en va lentement fier, frimeur, la tête haute

Rou (au loin)
Poupon.....Poupon !.... à samedi prochain ou peut-être dans quinze jours, à bientôt, Poupon !
Temps
Poupon est accroupi le fusil à la verticale juste devant lui, le bout du canon sous son menton, de fait il a la tête qui prend appui dessus.

Poupon (à lui-même) 
Et comment on fait pour partir quand on est tout seul...

Fusil 
......clic.....clic......clic.......clic.... ( jusqu'au noir) Fin




Cyrano de Bergerac 

Eh bien oui, j'exagère !


Le Bret, triomphant. 
Ah !


Cyrano 
Mais pour le principe, et pour l'exemple aussi, 
Je trouve qu'il est bon d'exagérer ainsi.


Le Bret 
Si tu laissais un peu ton âme mousquetaire,
La fortune et la gloire...


Cyrano 
Et que faudrait-il faire ? 
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc 
Et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce, 
Grimper par ruse au lieu de s'élever par force ?
Non, merci. Dédier, comme tous ils le font, 
Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
Dans l'esprit vil de voir, aux lèvres d'un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d'un crapaud ? 
Avoir un ventre usé par la marche ? une peau 
Qui plus vite, à l'endroit des genoux, devient sale ? 
Exécuter des tours de souplesse dorsale ? 
Non, merci. D'une main flatter la chèvre au cou 
Cependant que, de l'autre, on arrose le chou 
Et, donneur de séné par désir de rhubarbe 
Avoir son encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci. Se pousser de giron en giron, 
Devenir un petit grand homme dans un rond, 
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames, 
Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ? 
Non, merci. Chez le bon éditeur de Sercy 
Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci. 
S'aller faire nommer pape par les conciles
Que dans des cabarets tiennent des imbéciles ? 
Non, merci. Travailler à se construire un nom 
Sur un sonnet, au lieu d'en faire d'autres ? 
Non Merci. 
Ne découvrir du talent qu'aux mazettes ? 
Être terrorisé par de vagues gazettes, 
Et se dire sans cesse: " Oh ! pourvu que je sois 
Dans les petits papiers du Mercure François ? " 
Non, merci. Calculer, avoir peur, être blême, 
Aimer mieux faire une visite qu'un poème, 
Rédiger des placets, se faire présenter ?
Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais... chanter, 
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre, 
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, - ou faire un vers ! 
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
A tel voyage, auquel on pense, dans la lune ! 
N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et, modeste d'ailleurs, se dire : mon petit, 
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles, 
Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles ! Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d'en rien rendre à César, 
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d'être le lierre parasite, 
Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul, Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, acte II, scène VIII 
 


(Extrait)

...
Sir Robert Chiltern
Bonsoir, mon cher Arthur ! Mrs Cheveley, permettez-moi de vous présenter Lord Goring, l'homme le plus oisif de Londres.
 
Mrs Cheveley  
J'ai déjà rencontré Lord Goring.
 
Lord Goring(34 ans), s'inclinant
  Je ne pensais pas que vous vous souviendriez de moi, Mrs Cheveley.
  
  Mrs Cheveley  
Je maîtrise admirablement ma mémoire. Êtes-vous toujours célibataire ?


Lord Goring
Je...je crois.

Mrs Cheveley
Que cela est romantique !

Lord Goring
   Oh, je ne suis pas le moins du monde romantique. Je ne suis pas assez âgé pour cela. Je laisse les amours romantiques à mes aînés.
...
  
Acte II
(Extrait)
...
Lord Goring
Oh, pourquoi faut-il que les parents arrivent toujours au mauvais moment ? Sans doute, j'imagine, une invraisemblable erreur de la nature.(Entre Lord Caversham) Ravi de vous voir, mon cher Père.

Lord Caversham
Enlevez-moi ma cape.
 
Lord Goring
Est-ce vraiment indispensable, père ?
 
Lord Caversham
Bien sûr, monsieur, que c'est indispensable. quel est le fauteuil le plus confortable ?
 
Lord Goring
Celui-ci, père. C'est celui que je prends quand j'ai de la visite.
 
Lord Caversham
Merci. J'espère au moins qu'il n'y a pas de courants d'air dans cette pièce ?
 
Lord Goring
Non, père.
 
Lord Caversham, s'asseyant
Ravi de vous l'entendre dire. Je ne peux pas supporter les courants d'air. Pas de courants d'air chez moi.      

Lord Goring
Plutôt de l'orage dans l'air.
 
Lord Caversham
 Quoi ? Comment ? Je ne comprends pas de quoi vous parlez. Monsieur, je veux avoir avec vous une conversation sérieuse.
 
Lord Goring
Mon cher père ! A une heure pareille ?
 
Lord Caversham
Ma foi, monsieur, il n'est guère que dix heures. Qu'avez-vous à redire à cette heure ? Moi, je trouve que c'est une heure admirable !
 
Lord Goring
Eh bien franchement, père, ce n'est pas mon jour pour avoir une conversation sérieuse. Je suis vraiment navré, mais ce n'est pas mon jour.
 
Lord Caversham
Que voulez-vous dire, monsieur ?  
 
Lord Goring
Pendant la saison, père, je ne parle sérieusement que le premier mardi du mois, de quatre à sept.
 
Lord Caversham
Eh bien, monsieur, disons que nous sommes mardi, oui, disons que nous sommes mardi.
 
Lord Goring
Mais il est plus tard que sept heurs, père, et mon médecin me recommande de ne pas avoir de conversation sérieuse après sept heures. Sinon, je parle en dormant.
 
Lord Caversham
Vous parlez en dormant, monsieur ?
Mais quelle importance ? Vous n'êtes pas marié.
 
Lord Goring
Non, père, je ne suis pas marié.
 
Lord Caversham
Hum ! C'est la raison pour laquelle je suis venu vous parler, monsieur. Il faut vous marier, et tout de suite. Voyons, quand j'avais votre âge, monsieur, cela faisait trois mois que j'étais un veuf inconsolable, et, déjà je faisais la cour à votre admirable mère. Bon sang, monsieur, il est de votre devoir de vous marier. Vous ne pouvez pas toujours vivre pour le plaisir. De nos jours, tous les hommes de condition élevée sont mariés. Les célibataires ne sont plus à la mode. Ce sont des denrées périmées. On en sait trop sur eux. Il faut vous trouver une femme, monsieur. Voyez plutôt jusqu'où est parvenu votre ami Robert Chiltern à force de probité et de travail acharné, et grâce à son mariage sensé avec une femme vertueuse. Pourquoi, monsieur, ne l'imitez-vous pas ? Pourquoi ne le prenez-vous pas comme modèle ?
 
Lord Goring
Père, je crois que c'est ce que je vais faire.
 
Lord Caversham
J'espère bien, monsieur. J'en serais alors très heureux. Pour l'instant, à cause de vous, je rends votre mère très malheureuse. Vous êtes sans coeur, monsieur, vraiment sans coeur.
 
Lord Goring
J'espère que non, père.
 
Lord Caversham
Et il est grand temps de vous marier. Vous avez trente-quatre ans, monsieur.
 
Lord Goring
Oui, père, mais je n'en avoue que trente-deux, et trente et demi quand j'ai vraiment une jolie fleur à la boutonnière. Celle-ci est trop...sérieuse.
 
Lord Caversham
Je vous dit que vous avez trente-quatre ans, monsieur. De plus, il y a un courant d'air dans la pièce, ce qui aggrave votre cas. Pourquoi, monsieur, m'avez-vous dit qu'il n'y avait pas de courant d'air ? Moi, je sens un courant d'air, je le sens distinctement.
 
Lord Goring
Moi aussi, père. C'est un courant d'air abominable. Je viendrai vous voir demain, père. Nous pourrons parler de tout ce que vous voulez. Permettez-moi, père, de vous aider à passer votre cape.
 
Lord Caversham
Non, monsieur. Je suis venu ce soir pour une raison précise, et je vais aller au bout des choses, quoiqu'il en coûte à ma santé ou à la vôtre. Reposez ma cape, monsieur. 
 
Lord Goring
Bien entendu, père. Mais allons plutôt dans une autre pièce.(Il sonne.) Il y a ici un courant d'air abominable.(Entre Phipps.) Phipps, Y a-t-il un bon feu dans le fumoir ?
 
Phipps
Oui, Milord.   
 
Lord Goring
Entrez donc, père. Vous éternuez à fendre l'âme.
 
Lord Caversham
Voyons, monsieur. Je pense avoir le droit d'éternuer quand je veux, non ?
 
Lord Goring, sur un ton d'excuse
Bien entendu, père. Je me bornais à exprimer ma compassion.
 
Lord Caversham
Oh, au diable la compassion ! Il y en a beaucoup trop de nos jours.
 
Lord Goring
Je suis tout à fait de votre avis, père. S'il y avait moins de compassion dans le monde, tout, dans le monde, serait bien plus simple.
 
Lord Caversham, se dirigeant vers le fumoir
C'est un paradoxe, monsieur. J'ai horreur des paradoxes.
 
Lord Goring
Moi aussi, père. De nos jours, la moindre personne que l'on croise est un paradoxe. c'est affreusement ennuyeux. Cela rend la société si transparente.
 
Lord Caversham, se tournant et regardant son fils par-dessous ses sourcils broussailleux
Comprenez-vous toujours vraiment ce que vous dites, monsieur ?     
 
Lord Goring, après une légère hésitation
Oui, père, si j'écoute attentivement.

Lord Caversham, indigné
Si vous écoutez attentivement ! Espèce de petit freluquet prétentieux !
 Il s'éloigne en grommelant et entre dans le fumoir.
...

Oscar Wilde, Un mari idéal, extraits de l'acte I et de l'acte II
 


Freud est seul ce soir dans son appartement Londonien. On est en 1938. La Gestapo, vient d’arrêter sa fille Anna. Apparaît nous ne savons pas comment un homme mystérieux. Qui est-il : un fou, un rêve, une projection de Freud. A moins qu’il soit Dieu tel qu’il le prétend ! Dieu lui-même ?
Scène 8
Freud : Il me fallait me faire plus bête, que je n’espère rien…..Voilà, Monsieur Oberseit, si Dieu existait, ce serait un Dieu menteur. Il annoncerait et il lâcherait ! Il ferait mal. Car le mal, c’est la promesse qu’on ne tient pas.
L’Inconnu : Laissez- moi vous expliquer.
Freud : Expliquer c’est absoudre, je ne veux pas d’explications. Si Dieu était content de ce qu’il a fait, de ce monde-ci, ce serait un drôle de Dieu, un Dieu cruel, un Dieu sournois, un criminel, l’auteur du mal des hommes ! Il vaudrait mieux pour lui-même qu’il n’existe pas. Au fond, s’il avait un Dieu, ce ne pourrait  être que le diable…..
L’Inconnu a un haut le corps.
L’Inconnu : Freud !
Freud : Walter Oberseit, vous êtes un imposteur, un imposteur brillant, mais vous devriez vous reconnaître un maître dans l’imposture : ce serait Dieu lui-même
L’Inconnu : Vous délirez !
Freud : Alors si Dieu était en face de moi, ce soir, un soir où le monde pleure et ma fille est prise dans les griffes de la Gestapo, je préférerais lui dire : «  tu n’existes pas ! Si tu es tout puissant, alors tu es mauvais : mais si tu n’es pas mauvais, tu n’es pas bien puissant. Scélérat ou limité, tu n’es pas un Dieu à la hauteur de Dieu. Il n’est pas nécessaire que tu sois. Les atomes, le hasard, les chocs, cela suffit bien pour expliquer un univers aussi injuste. Tu n’es, définitivement, qu’une hypothèse inutile !
L’Inconnu (doucement) : Et Dieu vous répondrait sans doute ceci : «  Si tu pouvais voir, comme moi, à l’avance, le ruban des années à venir, tu serais plus virulent encore, mais tu détournerais ton accusation vers le vrai responsable. Si tu voyais plus loin…Ce siècle sera l’un des plus étranges que la terre est portés. On l’appellera le siècle de l’homme, mais ce sera le siècle de toutes les pestes. Il y aura la peste rouge, du côté de l’Orient et puis ici, en Occident, la peste brune, celle qui commence à se répandre sur les murs de Vienne et dont vous voyez les premiers bubons : bientôt elle couvrira le monde entier et ne rencontrera presque plus de résistance. On vous chasse Docteur Freud ? Estimez-vous heureux ! Les autres, tes amis, tes disciples, tes sœurs, on va les tuer….Dizaines par dizaines, milliers par milliers, dans de fausses salles de douches qui libéreront des gaz en place d’eau ; et ce seront leurs frères morts, aux morts, qui déblaieront les corps et les jetteront dans les remblais. Et savez-vous, les nazis feront même du savon avec leurs graisses ? Etrange, n’est-ce pas, que l’on puisse se laver le cul avec ce que l’on hait ?
Et il y aura d’autres pestes, mais à l’origine de toutes ces pestes, le même virus, celui-là même qui t’empêche de croire en moi : l’orgueil !
Jamais l’orgueil humain n’aura été si loin. Il fut un temps où l’orgueil humain se contentait de défier Dieu ; aujourd’hui il le remplace. Il y a une part divine en l’homme : c’est celle, qui lui permet, désormais, de nier Dieu. Vous ne vous contentez pas à moins. Vous avez fait place nette : le monde n’est que le produit du hasard, un entêtement de molécules ! Et dans l’absence de tout maître, c’est vous désormais qui légiférez. Etre le maître… !
Jamais cette folie ne vous prendra le front comme en ce siècle. Le maître de la nature : et vous souillerez la terre, et noircirez les nuages ! Le maître de la matière : et vous ferez trembler le monde ! Le maître de la politique : et vous créerez le totalitarisme ! Le maître de la vie : et vous choisirez vos enfants sur catalogue ! Le maître de votre corps : et vous craindrez tellement la maladie et la mort que vous accepterez de subsister à n’importe quel prix, pas vivre mais survivre, anesthésiés, comme des légumes en serre !
Le maître de la morale : et vous penserez que ce sont les hommes qui inventent les lois, et qu’au fond tout se vaut, donc rien ne vaut ! Alors le Dieu sera l’argent, le seul qui subsiste, on lui construira des temples de partout dans les villes, et tout le monde pensera creux, désormais, dans l’absence de Dieu.
Au début, vous vous féliciterez d’avoir tué Dieu. Car si plus rien n’est dû à Dieu, tout revient à l’homme. Au début ; la vanité ne connaît pas l’angoisse. Vous  vous attribuerez toute l’intelligence. Jamais l’histoire n’aura vu des philosophes plus noirs et cependant plus heureux.
Mais Freud, et cela, tu ne le vois pas encore, le monde entier sera privé de la lumière.
Quand un jeune homme, un soir de doute comme cet âge en connaît tant, demandera aux hommes mûrs autour de lui : « S’il-vous plaît, quel est le sens de la vie ? », personne ne pourra lui répondre.
Ce sera votre œuvre.
A toi et à d’autres.
Voilà, ce que vous ferez les grands de ce siècle : vous expliquerez l’homme par l’homme, et la vie par la vie. Que sera l’homme : un fou dans sa cellule, jouant une partie d’échec entre son inconscient et sa conscience ! Après toi, définitivement, l’humanité sera seule dans sa prison. Oh, toi, tu as encore l’ivresse du conquérant, de ceux qui défrichent, de ceux qui fondent…mais pense aux autres, ceux qui naîtront : que leur auras-tu laissé comme monde ? L’athéisme révélé ! Une superstition encore plus sotte que toutes celles qui précèdent !
Freud : Je n’ai pas voulu cela !

Éric Emmanuel Schmitt

[extrait 1] : Comme c'est curieux!
Mme et M. Martin s'assoient l'un en face de l'autre, sans se parler. Ils se sourient, avec timidité.

M. Martin, d'une voix traînante, monotone, un peu chantante, nullement nuancée. - Mes excuses, Madame, mais il me semble, si je ne me trompe, que je vous ai déjà rencontrée quelque part. 
Mme Martin - A moi aussi, Monsieur, il me semble que je vous ai déjà rencontré quelque part.
M. Martin - Ne vous aurais-je pas déjà aperçue, Madame, à Manchester, par hasard ? 
Mme Martin - C'est très possible ! Moi, je suis originaire de la ville de Manchester ! Mais je ne me souviens pas très bien, Monsieur, je ne pourrais pas dire si je vous y ai aperçu ou non !
M. Martin - Mon Dieu, comme c'est curieux ! Moi aussi je suis originaire de la ville de Manchester, Madame !
Mme Martin - Comme c'est curieux !
M. Martin - Comme c'est curieux !... Seulement moi, Madame, j'ai quitté la ville de Manchester il y a cinq semaines environ.
Mme Martin - Comme c'est curieux ! Quelle bizarre coïncidence ! Moi aussi, Monsieur, j'ai quitté la ville de Manchester il y a cinq semaines environ.
M. Martin - J'ai pris le train d'une demie après huit le matin, qui arrive à Londres un quart avant cinq, Madame.
Mme Martin - Comme c'est curieux ! Comme c'est bizarre! et quelle coïncidence ! J'ai pris le même train, Monsieur, moi aussi !
M. Martin - Mon Dieu, comme c'est curieux! Peut-être bien alors, Madame, que je vous ai vue dans le train?
Mme Martin - C'est bien possible, ce n'est pas exclu, c'est plausible et, après tout, pourquoi pas ! Mais je n'en ai aucun souvenir, Monsieur.
M. Martin - Je voyageais en deuxième classe, Madame. Il n'y a pas de deuxième classe en Angleterre, mais je voyage quand même en deuxième classe.
Mme Martin - Comme c'est bizarre! Que c'est curieux! et quelle coïncidence! Moi aussi, Monsieur, je voyageais en deuxième classe.
M. Martin - Comme c'est curieux! Nous nous sommes peut-être bien rencontrés en deuxième classe, chère Madame.
Mme Martin - La chose est bien possible et ce n'est pas du tout exclu. Mais je ne m'en souviens pas très bien, cher Monsieur !
M. Martin - Ma place était dans le wagon numéro huit, sixième compartiment, Madame !
Mme Martin - Comme c'est curieux! ma place aussi était dans le wagon numéro huit, sixième compartiment, cher Monsieur !
M. Martin - Comme c'est curieux et quelle coïncidence bizarre ! Peut-être nous sommes-nous rencontrés dans le sixième compartiment, chère Madame ?
Mme Martin - C'est bien possible, mais je ne m'en souviens pas, cher Monsieur !
M. Martin - A vrai dire, chère Madame, moi non plus je ne m'en souviens pas, mais il est possible que nous nous soyons aperçus là, et si j'y pense bien, la chose me semble même très possible.
Mme Martin - Oh ! Vraiment, bien sûr, vraiment, Monsieur !
M. Martin - Comme c'est curieux !... J'avais la place numéro trois, près de la fenêtre, chère Madame.
Mme Martin - Oh, mon Dieu, comme c'est curieux et comme c'est bizarre, j'avais la place numéro six, près de la fenêtre en face de vous, cher Monsieur.
M. Martin - Oh, mon Dieu, comme c'est curieux et quelle coïncidence !... Nous étions donc vis-à-vis, chère Madame ! C'est là que nous avons dû nous voir !
Mme Martin - Comme c'est curieux ! C'est possible mais je ne m'en souviens pas, Monsieur !
M. Martin - A vrai dire, chère Madame, moi non plus je ne m'en souviens pas. Cependant, il est très possible que nous nous soyons vus à cette occasion.
Mme Martin - C'est vrai, mais je n'en suis pas sûre du tout, Monsieur.
M. Martin - Ce n'était pas vous, chère Madame, la dame qui m'avait prié de mettre sa valise dans le filet et qui ensuite m'a remercié et m'a permis de fumer ?
Mme Martin - Mais si, ça devait être moi, Monsieur! Comme c'est curieux, comme c'est curieux, et quelle coïncidence !
M. Martin - Comme c'est curieux, comme c'est bizarre, quelle coïncidence ! Eh bien alors, alors, nous nous sommes peut-être connus à ce moment-là, Madame ?
Mme Martin - Comme c'est curieux et quelle coïncidence ! C'est bien possible, cher Monsieur! Cependant, je ne crois pas m'en souvenir.
M. Martin - Moi non plus, Madame. Un moment de silence. La pendule sonne 2-1.
M. Martin - Depuis que je suis arrivé à Londres, j'habite rue Bromfield, chère Madame.
Mme Martin - Comme c'est curieux, comme c'est bizarre ! moi aussi, depuis mon arrivée à Londres j'habite rue Bromfield, cher Monsieur.
M. Martin - Comme c'est curieux, mais alors, mais alors, nous nous sommes peut-être rencontrés rue Bromfield, chère Madame.
Mme Martin - Comme c'est curieux, comme c'est bizarre ! C'est bien possible après tout ! Mais je ne m'en souviens pas, cher Monsieur.
M. Martin - Je demeure au numéro dix-neuf, chère Madame.
Mme Martin - Comme c'est curieux, moi aussi j'habite au numéro dix-neuf, cher Monsieur.
M. Martin - Mais alors, mais alors, mais alors, mais alors, mais alors, nous nous sommes peut-être vus dans cette maison, chère Madame ?
Mme Martin - C'est bien possible, mais je ne m'en souviens pas, cher Monsieur.
M. Martin - Mon appartement est au cinquième étage, c'est le numéro huit, chère Madame.
Mme Martin - Comme c'est curieux, mon Dieu, comme c'est bizarre ! et quelle coïncidence! moi aussi j'habite au cinquième étage, dans l'appartement numéro huit, cher Monsieur.
M. Martin - Comme c'est curieux, comme c'est curieux, comme c'est curieux et quelle coïncidence ! Vous savez, dans ma chambre à coucher j'ai un lit. Mon lit est couvert d'un édredon vert. Cette chambre, avec ce lit et son édredon vert, se trouve au fond du corridor, entre les water et la bibliothèque, chère Madame !
Mme Martin - Quelle coïncidence, ah mon Dieu, quelle coïncidence ! Ma chambre à coucher a elle aussi un lit avec un édredon vert et se trouve au fond du corridor, entre les water, cher Monsieur, et la bibliothèque !
M. Martin - Comme c'est bizarre, curieux, étrange! alors, Madame, nous habitons dans la même chambre et nous dormons dans le même lit, chère Madame. C'est peut-être là que nous nous sommes rencontrés !
Mme Martin - Comme c'est curieux et quelle coïncidence! C'est bien possible que nous nous y soyons rencontrés, et peut-être même la nuit dernière. Mais je ne m'en souviens pas, cher Monsieur.
M. Martin - J'ai une petite fille, ma petite fille, elle habite avec moi, chère Madame. Elle a deux ans, elle est blonde, elle a un oeil blanc et un oeil rouge, elle est très jolie, elle s'appelle Alice, chère Madame. Mme Martin - Quelle bizarre coïncidence! Moi aussi j'ai une petite fille, elle a deux ans, un oeil blanc et un oeil rouge, elle est très jolie et s'appelle aussi Alice, cher Monsieur!
M. Martin, même voix traînante, monotone. - Comme c'est curieux et quelle coïncidence! et bizarre! C'est peut-être la même, chère Madame!
Mme Martin - Comme c'est curieux! C'est bien possible, cher Monsieur. Un assez long moment de silence... La pendule sonne vingt-neuf fois.
M. Martin, après avoir longuement réfléchi, se lève lentement et, sans se presser, se dirige vers Mme Martin qui, surprise par l’air solennel de M. Martin, s'est levée, elle aussi, tout doucement; M. Martin a la même voix rare, monotone, vaguement chantante. - Alors, chère Madame, je crois qu'il n'y a pas de doute, nous nous sommes déjà vus et vous êtes ma propre épouse... Élisabeth, je t'ai retrouvée ! Mme Martin s'approche de M. Martin sans se presser. Ils s'embrassent sans expression. La pendule sonne une fois, très fort. Le coup de pendule doit être si fort qu'il doit faire sursauter les spectateurs. Les époux Martin ne l'entendent pas.
Mme Martin - Donald, c'est toi, darling ! Ils s'assoient dans le même fauteuil, se tiennent embrassés et s'endorment. La pendule sonne encore plusieurs fois.

La Cantatrice chauve, Scène IV
 Eugène Ionesco

  Ce qui frappe d’abord, c’est son silence, sa réserve, qui est tout sauf mystérieuse. Il ne joue pas à l’acteur qui travaille ou se concentre…Il écoute vraiment, sans chercher à comprendre ce que dit le metteur en scène avant que celui-ci ait terminé sa phrase. Il ne s’engueule pas lorsqu’il se trompe dans le texte, mais, sans se départir de l’état dans lequel il se trouve, demande à quelqu’un de lui souffler.
   Il émane de lui une grande politesse vis-à-vis de tout le monde. Cette politesse n’est pas feinte comme celle de son compère metteur en scène.
   Il ne s’économise pas, il joue vraiment. En face de lui, on peut compter sur un regard, une voix, une présence qui écoute et qui répond, selon ce qu’on dit et comment on le dit…De tels acteurs sont stimulants pour ceux qui ont besoin de l’être, reposants pour les autres…Il a une chemise de répétition bleue en toile de jean qu’il enfile discrètement, dans un coin, avant de travailler.
Il ne pose jamais de questions.
Il est toujours à l’heure.

Philippe Torreton (son interview)

 
Huis clos  

de Sartre. Interprété par Michel Vitold, Christiane Lenier, Gaby Sylvia, R.J.Chauffard. Un court extrait audio d'une minute.







 Jean-Paul Sartre


JOURNÉE 3 PARTIE 2 SCÈNE 2

Jane, la reine.

Jane se colle avec effroi contre l’autel, et attache sur la reine un regard de stupeur et d’épouvante.

La Reine. Elle se tient quelques instants en silence
sur le devant du théâtre, l’œil fixe, pâle, comme absorbée dans une sombre rêverie. Enfin elle pousse un profond soupir.
Oh ! Le peuple ! Elle promène autour d’ elle avec inquiétude son regard qui rencontre Jane.
-quelqu’un là ! -c’ est toi, jeune fille ! C’est vous, lady Jane ! Je vous fais peur. Allons, ne craignez rien. Le guichetier éneas nous a trahies, vous savez ? Ne craignez donc rien. Enfant, je te l’ai déjà dit, tu n’as rien à craindre de moi, toi. Ce qui faisait ta perte il y a un mois fait ton salut aujourd’hui. Tu aimes Fabiano. Il n’y a que toi et moi sous le ciel qui ayons le cœur fait ainsi, que toi et moi qui l’aimions. Nous sommes sœurs.
Jane
Madame...
La Reine
Oui, toi et moi, deux femmes, voilà tout ce qu’il a pour lui, cet homme. Contre lui tout le reste ! Toute une cité, tout un peuple, tout un monde ! Lutte inégale de l’amour contre la haine ! L’amour pour Fabiani, il est triste, épouvanté, éperdu ; il a ton front pâle, il a mes yeux en larmes ; il se cache près d’un autel funèbre ; il prie par ta bouche, il maudit par la mienne. La haine contre Fabiani, elle est fière, radieuse, triomphante, elle est armée et victorieuse, elle a la cour, elle a le peuple, elle a des masses d’hommes plein les rues, elle mâche à la fois des cris de mort et des cris de joie, elle est superbe, et hautaine, et toute puissante ; elle illumine toute une ville autour d’un échafaud ! L’amour, le voici, deux femmes vêtues de deuil dans un tombeau. La haine, la voilà !
Elle tire violemment le drap blanc du fond, qui, en s’écartant, laisse voir un balcon, et au-delà de ce balcon, à perte de vue, dans une nuit noire, toute la ville de Londres splendidement illuminée. Ce qu’on voit de la tour de Londres est illuminé également. Jane fixe des yeux étonnés sur tout ce spectacle éblouissant dont la réverbération éclaire le théâtre.
La Reine.
Oh ! Ville infâme ! Ville révoltée ! Ville maudite ! Ville monstrueuse qui trempe sa robe de fête dans le sang et qui tient la torche au bourreau ?
Tu en as peur, Jane, n’est-ce pas ? Est-ce qu’il ne te semble pas comme à moi qu’ elle nous nargue lâchement toutes deux, et qu’ elle nous regarde avec ses cent mille prunelles flamboyantes, faibles femmes abandonnées que nous sommes, perdues et seules dans ce sépulcre ! Jane ! L’entends-tu rire et hurler, l’horrible ville ! Oh ! L'Angleterre ! L’Angleterre à qui détruira Londres ! Oh ! Que je voudrais pouvoir changer ces flambeaux en brandons, ces lumières en flammes, et cette ville illuminée en une ville qui brûle !
Une immense rumeur éclate au dehors. Applaudissements.
Cris confus : -le voilà ! Le voilà ! Fabiani à mort ! -on entend tinter la grosse cloche de la tour de Londres...à ce bruit, la reine se met à rire d’un rire terrible.
Jane
Grand dieu ! Voilà le malheureux qui sort... - vous riez, madame !
La Reine
Oui, je ris !
Elle rit.
-oui, et tu vas rire aussi ! Mais d’ abord il faut que je ferme cette tenture, il me semble toujours que nous ne sommes pas seules et que cette affreuse ville nous voit et nous entend.
Elle ferme le rideau blanc et revient à Jane.
-maintenant qu’il est sorti, maintenant qu’il n’y a plus de danger, je puis te dire cela. Mais ris donc, rions toutes deux de cet exécrable peuple qui boit du sang. Oh ! C’est charmant ! Jane ! Tu trembles pour Fabiano ? Sois tranquille ! Et ris avec moi, te dis-je ! Jane ! L’homme qu’ils ont, l’homme qui va mourir, l’homme qu’ils prennent pour Fabiano, ce n’est pas Fabiano !
Elle rit.
Jane.
Ce n’est pas Fabiano ?
La Reine
Non !
Jane
Qui est-ce donc ?
La Reine
C’est l’autre.
Jane
Qui ? L’autre ?
La Reine
Tu sais bien, tu le connais, cet ouvrier, cet homme... -d’ ailleurs qu’importe ?
Jane, tremblant de tout son corps.
Gilbert ?
La Reine
Oui, Gilbert, c’est ce nom-là.
Jane
Madame ! Oh non, madame ! Oh ! Dites que cela n’est pas, madame ? Gilbert ! Ce serait trop horrible ! Il s’est évadé !
La Reine
Il s’évadait quand on l’a saisi, en effet. On l’a mis à la place de Fabiano sous le voile noir. C’est une exécution de nuit. Le peuple n’y verra rien. Sois tranquille.
Jane, avec un cri effrayant.
Ah ! Madame ! Celui que j’aime, c’est Gilbert !
La Reine
Quoi ? Que dis-tu ? Perds-tu la raison ? Est-ce que tu me trompais aussi, toi ? Ah ! C’est ce Gilbert que tu aimes ! Eh bien, que m’importe ?
Jane, brisée, aux pieds de la reine, sanglotant, se traînant sur les genoux, les mains jointes. La grosse cloche tinte pendant toute cette scène.
Madame, par pitié ! Madame, au nom du ciel ! Madame, par votre couronne, par votre mère, par les anges ! Gilbert ! Gilbert ! Cela me rend folle ! Madame, sauvez Gilbert ! Cet homme, c’est ma vie, cet homme, c’est mon mari, cet homme... je viens de vous dire qu’il a tout fait pour moi, qu’il m’a élevée, qu’il m’a adoptée, qu’il a remplacé près de mon berceau mon père qui est mort pour votre mère. Madame, vous voyez bien que je ne suis qu’une pauvre misérable et qu’il ne faut pas être sévère pour moi. Ce que vous venez de me dire m’a donné un coup si terrible que je ne sais vraiment pas comment j’ai la force de vous parler. Je dis ce que je peux, voyez-vous. Mais il faut que vous fassiez suspendre l’exécution. Tout de suite. Suspendre l’exécution. Remettre la chose à demain. Le temps de se reconnaître, voilà tout. Ce peuple peut bien attendre à demain. Nous verrons ce que nous ferons. Non, ne secouez pas la tête. Pas de danger pour votre Fabiano. C’est moi que vous mettrez à la place. Sous le voile noir. La nuit. Qui le saura ? Mais sauvez Gilbert ! Qu’est-ce que cela vous fait, lui ou moi ? Enfin ! Puisque je veux bien mourir, moi ! -oh ! Mon dieu ! Cette cloche, cette affreuse cloche ! Chacun des coups de cette cloche est un pas vers l’échafaud. Chacun des coups de cette cloche frappe sur mon cœur. -faites cela, madame, ayez pitié ! Pas de danger pour votre Fabiano. Laissez-moi baiser vos mains. Je vous aime, madame. Je ne vous l’ai pas encore dit, mais je vous aime bien. Vous êtes une grande reine. Voyez comme je baise vos belles mains. Oh ! Un ordre pour suspendre l’exécution ! Il est encore temps. Je vous assure que c’est très-possible. Ils vont lentement. Il y a loin de la tour au vieux-marché. L’homme du balcon a dit qu’on passerait par Charing-Cross. Il y a un chemin plus court.
Un homme à cheval arriverait encore à temps. Au nom du ciel, madame, ayez pitié ! Enfin, mettez-vous à ma place, supposez que je sois la reine et vous la pauvre fille, vous pleureriez comme moi, et je ferais grâce. Faites grâce, madame ! Oh ! Voilà ce que je craignais, que les larmes ne m’empêchassent de parler. Oh ! Tout de suite. Suspendre l’exécution. Cela n’a pas d’inconvénient, madame. Pas de danger pour Fabiano, je vous jure. Est-ce que vraiment vous ne trouvez pas qu’il faut faire ce que je dis, madame ?
La Reine, attendrie et la relevant.
Je le voudrais, malheureuse. Ah ! Tu pleures, oui, comme je pleurais ; ce que tu éprouves je viens de l’éprouver. Mes angoisses me font compatir aux tiennes. Tiens, tu vois que je pleure aussi. C’est bien malheureux, pauvre enfant ! Sans doute, il semble bien qu’on aurait pu en prendre un autre, Tyrconnel, par exemple ; mais il est trop connu, il fallait un homme obscur. On n’avait que celui-là sous la main. Je t’explique cela pour que tu comprennes, vois-tu. Oh ! Mon dieu ! Il y a de ces fatalités-là. On se trouve pris. On n’y peut rien.
Jane.
Oui, je vous écoute bien, madame. C’est comme moi, j’aurais encore plusieurs choses à vous dire. Mais je voudrais que l’ordre de suspendre l’exécution fût signé et l’homme parti. Ce sera une chose faite, voyez-vous. Nous parlerons mieux après. Oh ! Cette cloche ! Toujours cette cloche !
La Reine
Ce que tu veux est impossible, lady Jane.
Jane
Si, c’est possible. Un homme à cheval. Il y a un chemin très court. Par le quai. J’irais, moi. C’est possible. C’est facile. Vous voyez que je parle avec douceur.
La Reine
Mais le peuple ne voudrait pas. Mais il reviendrait tout massacrer dans la tour. Et Fabiano y est encore. Mais comprends donc. Tu trembles, pauvre enfant ! Moi, je suis comme toi, je tremble aussi. Mets-toi à ma place à ton tour. Enfin, je pourrais bien ne pas prendre la peine de t’expliquer tout cela. Tu vois que je fais ce que je peux. Ne songe plus à ce Gilbert, Jane ! C’est fini. Résigne-toi !
Jane
Fini ! Non, ce n’est pas fini ! Non, tant que cette horrible cloche sonnera, ce ne sera pas fini ! Me résigner à la mort de Gilbert ! Est-ce que vous croyez que je laisserai mourir Gilbert ainsi ?
Non, madame. Ah ! Je perds mes peines ! Ah ! Vous ne m’écoutez pas. Eh bien ! Si la reine ne m’entend pas, le peuple m’entendra ! Ah ! Ils sont bons, ceux-là, voyez-vous ! Le peuple est encore dans cette cour. Vous ferez de moi ensuite ce que vous voudrez. Je vais lui crier qu’on le trompe, et que c’est Gilbert, un ouvrier comme eux, et que ce n’est pas Fabiani.
La Reine
Arrête, misérable enfant !
Elle lui saisit le bras et la regarde fixement d’un air formidable.
 -ah ! Tu le prends ainsi ! Ah ! Je suis bonne et douce, et je pleure avec toi, et voilà que tu deviens folle et furieuse ! Ah ! Mon amour est aussi grand que le tien, et ma main est plus forte que la tienne. Tu ne bougeras pas. Ah ! Ton amant ! Que m’importe ton amant ? Est-ce que toutes les filles d’Angleterre vont venir me demander compte de leurs amants, maintenant ? Pardieu ! Je sauve le mien comme je peux et aux dépens de se qui se trouve là. Veillez sur les vôtres !
Jane
Laissez-moi ! -oh ! Je vous maudis, méchante femme !
La Reine
Silence !
Jane
Non, je ne me tairai pas ! Et voulez-vous que je vous dise une pensée que j’ai à présent ? Je ne crois pas que celui qui va mourir soit Gilbert.
La Reine
Que dis-tu ?
Jane
Je ne sais pas. Mais je l’ai vu passer sous ce voile noir. Il me semble que si ç’avait été Gilbert, quelque chose aurait remué en moi, quelque chose se serait révolté, quelque chose se serait soulevé dans mon cœur, et m’aurait crié : Gilbert ! C’est Gilbert ! Je n’ai rien senti, ce n’est pas Gilbert !
La Reine
Que dis-tu là ? Ah ! Mon dieu ! Tu es insensée, ce que tu dis là est fou, et cependant cela m’épouvante ! Ah ! Tu viens de remuer une des plus secrètes inquiétudes de mon cœur. Pourquoi cette émeute m’a-t-elle empêchée de surveiller tout moi-même ? Pourquoi m’en suis-je remise à d’autres qu’à moi du salut de Fabiano ? Énéas Dulverton est un traître. Simon Renard était peut-être là. Pourvu que je n’aie pas été trahie une deuxième fois par les ennemis de Fabiano ! Pourvu que ce ne soit pas Fabiano en effet !... -quelqu’un ! Vite quelqu’un ! Quelqu’un !
Deux geôliers paraissent. -Au premier.
-vous, courez. Voici mon anneau royal. Dites qu’on suspende l’exécution. Au vieux-marché ! Au vieux-marché ! Il y a un chemin plus court, disais-tu, Jane ?
Jane
Par le quai.
La Reine, au geôlier.
Par le quai. Un cheval ! Cours vite !
Le geôlier sort. -Au deuxième geôlier.
-vous, allez sur-le-champ à la tourelle d’Édouard-le-confesseur. Il y a là les deux cachots des condamnés à mort. Dans l’un de ces cachots, il y a un homme. Amenez-le-moi sur-le-champ.
Le geôlier sort.
-ah ! Je tremble ! Mes pieds se dérobent sous moi ; je n’aurais pas la force d’y aller moi-même. Ah ! Tu me rends folle comme toi ! Ah ! Misérable fille ! Tu me rends malheureuse comme toi ! Je te maudis, comme tu me maudis ! Mon dieu ! L’homme aura-t-il le temps d’arriver ? Quelle horrible anxiété ! Je ne vois plus rien. Tout est trouble dans mon esprit. Cette cloche, pour qui sonne-t-elle ? Est-ce pour Gilbert ? Est-ce pour Fabiano ?
Jane
La cloche s’arrête.
La Reine
C’est que le cortège est sur la place de l’exécution. L’homme n’aura pas eu le temps d’arriver.
On entend un coup de canon éloigné.
Jane
Ciel !
La Reine
Il monte sur l’échafaud.
Deuxième coup de canon.
 -il s’agenouille.
Jane
C’est horrible !
Troisième coup de canon.
Toutes Deux
Ah ! ...
La Reine
Il n’y en a plus qu’un de vivant. Dans un instant nous saurons lequel. Mon dieu, celui qui va entrer, faites que ce soit Fabiano !
Jane
Mon dieu, faites que ce soit Gilbert !
Le rideau du fond s’ouvre. Simon Renard paraît, tenant Gilbert par la main.
Jane.
Gilbert !
Ils se précipitent dans les bras l’un de l’autre
La Reine
Et Fabiano ?
Simon Renard
Mort.
La Reine
Mort ? ... mort ! Qui a osé... ?
Simon Renard
Moi. J’ai sauvé la reine et l’Angleterre.
Fin.  

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IBSEN  au travers d’un prisme  décrit les héroïnes de ses pièces réalistes dans leur statut de femme de la Norvège du 19ème siècle. Elles sont assujetties à leurs maris, n’ont aucun droit en matière de travail, d’études universitaires et de liberté d’agir.
La Maison de poupée nous raconte l’histoire d’une épouse, Nora, qui se met en difficulté pour sauver l’honneur de son mari. Celui-ci au lieu de lui en être reconnaissant,  la réprimande comme une enfant prise en faute. Nora se révolte. Elle ne veut plus être prise comme un petit être mineur sans cesse obligée de se faire pardonner, à jouer la comédie, ou à feindre d’être stupide  tout en se faisant reprocher de l’être.
Nora probablement la plus féministe  des personnages de Ibsen dans « Une Maison de poupée »
Nora : Voilà huit ans que nous sommes mariés. Réfléchis un peu : n’est-ce pas la première fois que nous deux, tels que nous sommes, mari et femme, nous discutons sérieusement ? [...] Helmer : Aurais-je dû t’initier sans cesse à mes soucis que tu n’aurais pu soulager ?
Nora : Je ne parle pas de soucis. Je veux dire que jamais, en quoique ce soit, nous n’avons cherché en commun à voir au fond des choses.
Helmer : Mais voyons, ma chère Nora : était-ce là une occupation pour toi ?
Nora : Nous y voilà ! Tu ne m’as jamais comprise…. On a été injuste envers moi, Torvald : papa d’abord, toi ensuite.
Helmer : Quoi ? Nous deux !...... Mais qui donc t’a aimée autant que nous ?
Nora : Vous ne m’avez jamais aimée. Il vous a semblé amusant d’être en adoration devant moi, voilà tout.
Helmer : Voyons, Nora que veut dire ce langage*
Nora : C’est ainsi, Torvald : quand j’étais chez papa, il m’exposait ses idées et je les partageais. Si j’en avais d’autres, je les cachais. Il n’aurait pas aimé cela. Il m’appelait sa petite poupée et jouait avec moi comme je jouais avec mes poupées. Puis je suis venue chez toi…
                                                          
                                                                                                                                                            
Helmer : Tu as de singulières expressions pour parler de notre mariage.
Nora : Je veux dire que, des mains de papa, je suis passée dans les tiennes. Tu as tout arrangé à ton goût, et ce goût je le partageais, ou bien je faisais semblant, je ne sais pas au juste ; l’un et l’autre peut-être, tantôt ci, tantôt ça. En jetant maintenant un regard en arrière, il me semble que j’ai vécu ici comme vivent les pauvres gens……au jour le jour. J’ai vécu des pirouettes que je faisais pour toi, Torvald. Mais cela te convenait. Toi et papa, vous avez été bien coupables envers moi. A vous la faute, si je ne suis bonne à rien.
                                                                                                  
Helmer : Tu es absurde, Nora, absurde et ingrate. N’as-tu jamais été heureuse ici ?
Nora : Jamais. J’ai cru l’être, mais je ne l’ai jamais été.                  
Helmer : Tu n’as pas…tu n’as pas été heureuse !
Nora : Non : j’ai été gaie, voilà tout. Tu étais si gentil envers moi : mais notre maison n’a pas été autre chose qu’une salle de récréation. J’ai été poupée-femme chez toi, comme j’avais été poupée enfant chez papa. Et nos enfants, à leur tour, ont été mes poupées à moi, comme ils trouvaient drôles quand je jouais avec eux. Voilà ce qu’a été notre union, Torvald.
 
Helmer : Il y a quelque chose de vrai dans ce que tu dis…… bien que tu exagères et amplifies beaucoup. Mais à l’avenir cela changera. Le temps de la récréation est passé, maintenant celui de l’éducation.**
Nora : L’éducation de qui, la mienne ou celle des enfants ?
Helmer : L’une et l’autre, chère Nora.***
Nora : Hélas ! Torvald, tu n’es pas homme à m’élever pour faire de moi la véritable épouse qu’il te faut.
Henrik Ibsen
NB : * Par cette phrase Torvald prouve a quel point il infantilise sa femme
        **Ici encore Torvald prouve qu’il n’entend guère les aspirations de Nora : à savoir être une femme libre, responsable et émancipée.           ***La réponse de Torvald à la question de l’éducation (réplique précédente) ici est pathétique !

       

Hedda Gabler n’est pas comme Nora (Une maison de poupée) une femme soumise,  elle ne l’a jamais été et ne le sera jamais. Sa révolte vient du passé, d’un amour contrarié, d’une blessure qui n’a jamais guéri. Elle est une manipulatrice, elle va par orgueil, frustration commettre un crime ignoble et finir par se donner la mort.
        Hedda Gabler a aimé Eilaert Lovborg par le passé. Il l’a abandonné. Par dépit elle a épousé un vieil ami de Lovborg, homme certes attentionné mais sans envergure. Au début de la pièce ils reviennent de leur voyage de noce Mais revient Lovborg et avec un passé douloureux pour Hedda Gabler. Lovborg vit avec Théa Elvsted l’ancienne camarade de lycée et souffre douleur de Hedda. Celle-ci s’épanouit en prenant part au travail de rédaction du manuscrit de Lovborg. Celui-ci a réussi, est brillant. Hedda prend conscience de ce à quoi elle a renoncé par le passé. Par sa conception idéalisée,  trop romantique des rapports humains elle avait provoqué leur rupture. Sa jalousie et sa souffrance va l’amener à brûler le manuscrit que l’on peut comparer au « bébé » de Lovborg.  Anéanti il se suicidera poussé par  Hedda. Mise à jour par le juge Brack, refusant d’être en son pouvoir, Hedda  se suicide à son tour.
Brack : C’est inutile. J’ai vu le pistolet que Lovborg avait sur lui. Et j’ai tout de suite reconnu celui que j’avais vu hier et d’autres fois dans le temps.
Hedda : Vous l’avez peut-être sur vous.
Brack : Non c’est la police qui l’a.
Hedda : Et quel usage veut-elle  faire de ce pistolet ?
Brack : Elle veut en rechercher le propriétaire.
Hedda : Et vous croyez qu’elle le trouvera ?
Brack : Non, Hedda Gabler, aussi longtemps que je me tairai.
Hedda : Et vous ne vous tairez pas ?
Brack : On pourra toujours prétendre qu’il l’a volé.
Hedda : Plutôt mourir !
Brack : Ces choses-là se disent, mais ne se font pas.
Hedda : Et si le pistolet n’a pas été volé ? Si on retrouve le propriétaire ? Qu’arrivera-t-il ?
Brack : Mon Dieu, Hedda, un scandale !
Hedda : Un scandale !
Brack : Oui, un scandale, ce dont vous avez si mortellement peur. Naturellement vous devrez comparaître en justice, vous et Mlle Diana. Il faut bien qu’elle fournisse des explications. Y-a-t-il eu accident ou meurtre ? A-t-il voulu tirer le pistolet de sa poche pour l’en menacer ? Et, là-dessus, le coup est parti ? Ou lui a-t-elle arraché le pistolet des mains, et l’a-t-elle tué elle-même, après quoi elle aurait remis le pistolet dans la poche de Lovborg ? Cela lui ressemblerait assez. Elle a toutes les audaces, cette Mademoiselle Diana.
Hedda : Mais toutes ces horreurs ne me concernent pas.
Brack : Non Mais il faudra  répondre à une question : pourquoi avez-vous donné ce pistolet à Eilert Lovborg ? Et quelles conclusions voulez-vous qu’on tire de ce fait, quand il sera prouvé ?
Hedda : (baissant la tête)  C’est vrai. Je n’y ai pas pensé.
Brack : Allons ! Heureusement qu’il n’y a pas de danger aussi longtemps que je me tais.
Hedda : Ainsi, je suis en votre pouvoir, juge. A partir d’aujourd’hui, vous me tenez, pieds et poings liés.
Brack : Chère Hedda, croyez que je n’abuserais pas de la situation.
Hedda : N’importe ! Je suis en votre pouvoir. Je dépends de votre bon plaisir. Esclave ! Je suis votre esclave ! (se levant d’un bond) Non ! Jamais je ne supporterai cette pensée ! Jamais !
  Henrik Ibsen
          Hedda, par ces mots  fait sa déclaration de vie. Par de demi-mesure : être libre ou mourir.
         Elle aurait pu être une de ces femmes : Maria Callas, Marie Curie, Colette, Coco Chanel, Camille Claudel, Marie Antoinette, Gisèle Halimi, Frida Kahlo, Sarah Bernard, Catherine de Médicis, La reine Margot, Diane de Poitier, Lou Andréa Salomé, Colette, Marylin Monroe, Isabelle Eberhardt, Mère Térésa…… et toutes celles que je ne cite pas mais qui par leur liberté ancrée au plus profond d’elle-même ont contribué à la Liberté des femmes, par leur créativité, leur pensée et leur implication dans le changement de l’humanité. Sauf que Hedda excelle dans la méchanceté, le narcissisme en revendiquant son oisiveté………

 
La voix humaine  
 
Simone Signoret, dans ce trop court extrait (4 minutes et 30 secondes), est très émouvante. Bien qu'il s'agisse d'un monologue, on ne peut pas s'empêcher de continuer de l'écouter jusqu'au bout. Achetez l'enregistrement si vous le pouvez !
 


Caligula
…………Cherea, crois-tu que deux hommes dont l’âme et la fierté sont égales peuvent, au moins une fois dans leur vie, se parler de tout leur cœur – comme s’ils étaient nus l’un devant l’autre, dépouillés des préjugés, des intérêts particuliers et des mensonges dont ils vivent ?
Cherea
Je pense que cela est possible, Caïus. Mais je crois que tu en es incapable.
Caligula
Tu as raison. Je voulais seulement savoir si tu pensais comme moi. Couvrons-nous donc de masques. Utilisons nos mensonges. Parlons comme on se bat, couverts jusqu’à la garde. Cherea, pourquoi ne m’aimes-tu pas ?
Cherea
Parce qu’il n’y a rien d’aimable en toi, Caïus. Parce que les choses ne se commandent pas. Et aussi, parce que je te comprend trop bien et qu’on ne peut aimer celui de ses visages qu’on essaie de masquer en soi.
Caligula
Pourquoi me haïr ?
Cherea
Ici, tu te trompes, Caïus. Je ne te hais pas. Je te juge nuisible et cruel, égoïste et vaniteux. Mais je ne puis te haïr puisque je ne te crois pas heureux. Et je ne puis pas te mépriser puisque je sais que tu n’es pas lâche.
Caligula
Alors, pourquoi veux-tu me tuer ?
Cherea
Je te l’ai dit : je te juge nuisible. J’ai le goût et le besoin de sécurité. La plupart des hommes sont comme moi. Ils sont incapables de vivre dans un univers où la pensée la plus bizarre peut en une seconde entrer dans la réalité – où, la plupart du temps, elle y entre, comme un couteau dans un cœur. Moi non plus, je ne veux pas vivre, dans un tel univers. Je préfère me tenir bien en main.
Caligula
La sécurité et la logique ne vont pas ensemble.
Cherea
Il est vrai. Ce n’est pas logique, mais cela est sain.
Caligula
Continue.
Cherea
Je n’ai plus rien à dire. Je ne veux pas entrer dans ta logique. J’ai une autre idée de mes devoirs d’homme. Je sais que la plupart pensent comme moi. Tu es gênant pour tous. Il est naturel que tu disparaisses.
Caligula
Tout cela est très clair et très légitime. Pour la plupart des hommes, ce serait même évident. Pour la plupart des hommes, ce serait même évident. Pas pour toi cependant. Tu es intelligent et l’intelligence se paie cher ou se nie. Moi, je paie. Mais toi, pourqoi ne pas la nier et ne pas vouloir payer ?
Cherea
Parce que j’ai envie de vivre et d’être heureux. Je crois qu’on peut être ni l’un ni l’autre en poussant l’absurde dans toutes ses conséquences. Je suis comme tout le monde. Pour m’en sentir libéré, je souhaite parfois la mort de ceux que j’aime, je convoite des femmes que les lois de la famille ou de l’amitié m’interdisent de convoiter. Pour être logique, je devrais alors tuer ou posséder. Mais je juge que ces idées vagues n’ont pas d’importance. Si tout le monde se mêlait de les réaliser, nous ne pourrions ni vivre, ni être heureux. Encore une fois, c’est cela qui m’importe.
 
[...] Cherea
Je ne comprends pas et je n’ai pas le goût pour ces complications.
Caligula
Bien sûr, Cherea. Tu es un homme sain, toi. Tu ne désires rien d’extraordinaire ! (éclatant de rire) Tu veux vivre et être heureux. Seulement cela !
Cherea
Je crois qu’il vaut mieux que nous en restions là.
Caligula  Encore un peu de patience, veux-tu ? J’ai là cette preuve, regarde. Je veux considérer que je ne peux vous faire mourir sans elle. C’est mon idée et c’est mon repos. Et bien ! Vois ce que devient les preuves dans la main d’un empereur.
Il approche la tablette d’un flambeau, la tablette fond.
Tu vois, conspirateur ! Elle fond, et à mesure que cette preuve disparaît, c’est un matin d’innocence qui se lève sur ton visage. L’admirable front que tu as, Cherea. Que c’est beau, un innocent, que c’est beau ! Admire ma puissance. Les dieux eux-mêmes ne peuvent pas rendre l’innocence sans auparavant punir. Et ton empereur n’a besoin que d’une flamme pour t’absoudre, t’encourager. Continue, Cherea, poursuis jusqu’au bout le magnifique raisonnement que tu m’as tenu. Ton empereur attend son repos. C’est sa manière à lui de vivre et d’être heureux.
Cherea regarde Caligula, esquisse un geste, ouvre la bouche et part brusquement.
Caligula continue de tenir la tablette sur la flamme et sourit……

Albert Camus Caligula Acte III, scène 6

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Acte IV scène 6
Achille, Agamemnon

Achille
Un bruit assez étrange est venu jusqu’à moi,
Seigneur, je l’ai jugé trop peu digne de foi.
On dit, et sans horreur je ne puis le redire,
Qu’aujourd’hui par votre ordre Iphigénie expire,
Que vous-même, étouffant tout sentiment humain,
Vous l’allez à Calchas livrer de votre main.
On dit que sous mon nom à l’autel appelée,
Je ne l’y conduisais que pour être immolée,
Et que d’un faux hymen nous abusant tous deux,
Vous voulez me charger d’un emploi si honteux.
Qu’en dites-vous Seigneur ? Que faut-il que j’en pense ?
Ne ferez-vous pas taire un bruit qui vous offense ?
Agamemnon
Seigneur, je ne rends point compte de mes desseins :
Ma fille ignore encor mes ordres souverains ;
Et quand il sera temps qu’elle en soit informée,
Vous apprendrez son sort, j’en instruirai l’armée.
Achille
Ah ! Je sais trop le sort que vous lui réservez.
Agamemnon
Pourquoi le demander, puisque vous le savez ?
Achille
Pourquoi je le demande ? O ciel, le puis-je croire,
Qu’on ose des fureurs avouer la plus noire ?
Vous pensez qu’approuvant vos desseins odieux
Je vous laisse immoler votre fille à mes yeux ?
Que ma foi, mon amour, mon honneur y consente ?
Agamemnon
Mais vous, qui me parlez d’une voix menaçante,
Oubliez-vous ici qui vous interrogez ?
Achille
Oubliez-vous qui j’aime et qui vous outragez ?
Agamemnon
Et qui vous a chargé du soin de ma famille ?
Ne pourrai-je sans vous, disposer de ma fille ?
Ne suis-je plus son père ? Etes-vous son époux ?
Et ne peut-elle…
Achille
Non, elle n’est plus à vous.
On ne m’abuse point par des promesses vaines.
Tant qu’un reste de sang coulera dans mes veines,
Vous deviez à mon sort unir tous ses moments,
Je défendrai mes droits fondés sur vos serments.
Et, n’est-ce pas pour moi que vous l’avez mandée ?
Agamemnon
Plaignez-vous donc aux dieux qui me l’ont demandée,
Accusez et Calchas et le camp tout entier,
Ulysse, Ménélas, et vous tout le premier.
Achille
Moi !
Agamemnon
Vous, qui de l’Asie embrassant la conquête,
Querellez tous les jours le ciel qui vous arrête ;
Vous, qui vous offensant de mes justes terreurs,
Aves dans tout le camp répandu vos fureurs.
Mon cœur pour la sauver vous ouvrait une voie.
Mais vous ne demandez, vous ne cherchez que Troie.
Je vous fermais le champ, où vous voulez courir.
Vous le voulez, partez, sa mort va vous l’ouvrir.
Achille
Juste ciel ! puis-je entendre et souffrir ce langage .
Est-ce ainsi qu’au parjure on ajoute l’outrage ?
Moi, je voulais partir aux dépens de ses jours ?
Et que m’a fait à moi cette Troie où je cours ?
Au pied de ses remparts, quel intérêt m’appelle ?
Pour qui, sourd à la voix d’une mère immortelle,
Et d’un père éperdu négligeant les avis,
Vais-je y chercher la mort tant prédite à leur fils ?
Jamais vaisseaux paris des rives du Scamandre
Aux champs thessaliens osèrent-ils descendre ?
Et jamais dans Larisse un lâche ravisseur
Me vint-il enlever ou ma femme, ou ma sœur ?
Qu’ai-je à me plaindre ? Où sont les pertes que j’ai faites ?
Je n’y vais que pour vous, barbare que vous êtes,
Vous, que j’ai fait nommer et leur chef, et le mien,
Vous que mon bras vengeait dans Lesbos enflammée,
Avant que vous eussiez assemblé votre armée.
Et quel fut le dessein qui nous assembla tous ?
Ne courons-nous pas rendre Hélène à son époux ?
Depuis quand pense-t-on qu’inutile à moi-même
Je me laisse ravir une épouse que j’aime ?
Seul d’un honteux affront votre frère blessé
A-t-il droit de venger son amour offensé ?
Votre fille me plut, je prétendis lui plaire,
Elle est de mes serments seule dépositaire.
Content de son hymen, vaisseaux, armes, soldats,
Ma foi lui promit tout, et rien à Ménélas.
Qu’il poursuive, s’il veut, son épouse enlevée,
Qu’il cherche une victoire à mon sang réservée.
Je ne connais Priam, Hélène, ni Pâris ;
Je voulais votre fille et ne pars qu’à ce prix.
Agamemnon
Fuyez donc. Retournez dans votre Thessalie.
Moi-même je vous rends le serment qui vous lie.
Assez d’autres viendront, à mes ordres soumis,
Se couvrir des lauriers qui vous furent promis,
Et par d’heureux exploits forçant la destinée,
Trouveront d’Illion la fatale journée.
J’entrevois vos mépris, et juge à vos discours
Combien j’achèterais vos superbes secours.
De la Grèce déjà vous vous rendez l’arbitre,
Ses rois, à vous ouïr, m’ont paré d’un vain titre.
Fier de votre valeur, tout, si je vous en crois,
Doit marcher, doit fléchir, doit trembler sous vos lois.
Un bienfait reproché tint toujours lieu d’offense.
Je veux moins de valeur et plus d’obéissance.
Fuyez, je ne crains point votre impuissant courroux.
Et je romps tous les nœuds qui m’attachent à vous.
Achille
Rendez grâce au seul nœud qui retient ma colère.
D’Iphigénie encor je respecte le père.
Peut-être sans ce nom, le chef de tant de rois
M’aurait osé braver pour la dernière fois.
Je ne dis plus qu’un mot, c’est à vous de m’entendre :
J’ai votre fille ensemble et ma gloire à défendre.
Pour aller jusqu’au cœur que vous voulez percer
Voilà par quels chemins vos coups doivent passer.


Extrait audio
 

3 commentaires:

  1. Merci pour ce bel ensemble d'extraits, particulièrement ce passage du Visiteur qui est superbe... Selon moi, avec Frédérick et La nuit de Valognes, cette pièce est l'un des chefs-d'oeuvres d'Eric-Emmanuel Schmitt !

    Minyu.

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  2. Tout à fait d'accord Minyu...pour le Visiteur...concernant, les autres pièces de Schmitt, j'ai du mal à les mettre au même niveau. Pour les avoir lues, et vues, et relues, désolé, rien à faire, le Visiteur les surpasse me semble-t-il.
    Merci de votre avis sincère et de partager vos goûts.

    Richard

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  3. Je viens de relire tout le théâtre de Schmitt... Et effectivement Le Visiteur est sa meilleure pièce, son chef-d’œuvre ! D'ailleurs je regrette qu'il n'écrive que des romans à présent, parce que je ne les aime pas du tout...

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