J'écris mon Théâtre

Vendredi 12 avril 2013

  
A la fin, la nuit
J'ai hésité à publier cette courte pièce sur le blog. En fait, pour être tout à fait honnête, il n'en a jamais été question. Censure et jugement de valeurs en sont les raisons. Et, elles sont mauvaises me suis-je dit récemment. Après tout, je l'ai écrite pour mon bon plaisir, et j'ai envie de la partager, pour qu'elle soit lue, pour mon plaisir encore et, je l'espère bien sûr, le vôtre, qui, donc, conditionne aussi le mien. Et si, de plaisir il n'est pas question pour vous, alors, ce n'est pas si grave, cela m'apprendra à mieux écrire. J'ai même encore failli faire la critique à votre place. Ce qui aurait été une forme déguisée de refus d'obstacle, ou de peur du regard des autres, de la lecture de vous passant de passage.

Quelle importance ? En fait, si, c'est important, car vous êtes important. Je suis responsable du temps que vous acceptez de consacrer à cette proposition d'écriture, je vous demande de lire et prend le risque de vous ennuyer, de gâcher votre temps, voire de vous choquer inutilement, c'est donc une vraie, et belle responsabilité.

Si, finalement je vous ennuie et ne vous offre pas une lecture convenable, je ne l'aurais pas fait par intention. J'ai toujours eu à l'esprit en l'écrivant, et à cœur surtout, de vous plaire, mais sans chercher la séduction. en essayant de rester le plus honnête vis à vis de moi. Plaire pour ce que je suis et je dis, et non pas plaire pour plaire. Si cela n'est pas, je crois pouvoir l'entendre, le lire. Laissez donc vos impressions, vos ressentis, bref, vos avis suite à chaque épisode. Il y en aura trois.

Je ne vous dis rien de le valeur de cette histoire, ce sera à vous d'en juger sans influence. Par contre, je peux vous en donner l'enjeu : Il s'agit de l'histoire d'un couple, de leur famille, et de la rencontre d'Elsy, la maman, avec le cancer. Pourra-t-elle épargner cela à sa famille ?

Par rapport aux deux pièces précédentes, il ne s'agit ni d'une pièce policière, ni d'une tragédie, plutôt une histoire de vie. Une chronique sur la question du temps qui nous reste et des questions que cela pose : que faut-il attendre pour que nous soyons nous-mêmes ? La longueur, supposée d'ailleurs (qui nous dit que nous atteindrons l'espérance de vie moyenne ?) de notre vie nous autorise-t-elle à abandonner nos destins ? Comment vivre cela sans se trahir, et sans trahir les siens ?

Bonne lecture !

C'est à vous, et le premier épisode se passe ici.

Richard



Vendredi 5 octobre 2012


Le Fils du Boucher
 

      Pas le temps de refroidir ! Le feuilleton précédent à peine conclu, nous voici repartis à l'assaut d'une nouvelle proposition de pièce qui, je l'espère, vous donnera du plaisir à sa lecture. L'univers change : c'est une sorte de policier sous forme de huis clos.

N'hésitez pas à partager vos impressions de lecteur. Le style est, je crois, très différent de la première pièce. Je pense que c'est un peu troublant, voire gênant, peut-être, au début. Je sais qu'internet impose une séduction immédiate, mais, pour le coup, je demande un peu de patience, le temps que l'univers s'installe. Bref, une période d'essai ? Il y a, me semble-t-il, une forme de maladresse dans l'écriture. Peut-être est-elle réellement mauvaise, ou peut-être peut-elle servir la pièce. Ce sera à vous de me le dire. Mais, encore une fois, j'ose vous demander de prendre un peu de temps, de me donner une chance de vous séduire.

Pour lire le teaser de la pièce et le début dans la foulée, c'est par ici !

Richard


Jeudi 26 avril 2012





      Un matin, j’ai découvert avec surprise un début de pièce « Damien le Nouveau » J’ai commencé à lire. J’étais intriguée. Qui avait écrit ce texte dont l’histoire commençait dans le tourment, l’orage, le désir de vengeance ? Petit à petit je me laissais envahir par ces personnages aspirés par un destin sans espoir, irrévocablement tragique.

L’écriture m’évoquait l’univers de Victor Hugo dans Angelo, Marie Tudor ou Esmeralda. Vous ressentez dès la première ligne que vous n’échapperez pas à la noirceur de certains de ces personnages prêts à tout, à ceux victimes d’un destin sanglant et impitoyable.
Ce soir là quand il est rentré je lui ai demandé : c’est toi, cette pièce ? As-tu commencé à écrire ?
Oui.

Il ne m’avait rien dit, mais j’aime bien quand il me laisse cette chance de faire une découverte et qu’il me surprend !

Alors il a continué à écrire. Et moi je n’avais plus le droit de lire avant qu’elle ne soit terminée.
J’ai attendu, attendu. J’avais quitté la pièce en pleine épouvante et il me fallait patienter puisque c’était la règle.
Cette semaine vous découvrirez :
  • Damien jeune prince de 17 ans fougueux
  • Harold son père errant dans l’au-delà et s’apitoyant sur le sort de son fils
  • Un lieutenant fidèle à son prince et à son pays
  • Morgane fille du roi Ivan qui supplie son père…
  • Ivan Roi cruel avide de pouvoir et de suprématie
  • Uiscias conseiller de Damien, il est pour lui comme un second père
  • Scyllas conseiller et au service aveugle de son maître tyran et roi Ivan

Vous allez découvrir ce jour les six premières scènes de ce drame tourmenté. Laissez vous porter, vous allez frémir et vous réjouir de cette histoire romantique, épique. En espérant que votre lecture sera bonne…….

Brigitte



Damien le Nouveau
Personnages
Clotilde, mère de Damien
Damien, 17 ans
Harold, fantôme du père de Damien
Ivan, roi ennemi de Damien
Morgane 27 ans, fille d’Ivan
Scyllas, maître d’armes d’Ivan
Uiscias, druide de Damien
Un aide de camp
Un lieutenant
Un général
Des gens du peuple, des soldats, des soignants…

ACTE I

Scène 1
Damien et son père, mort mais présent.

Le fils prie, et le père, mort, l’entend, et lui répond en parallèle, sans être entendu bien sûr.

Mon père, je vous prie pour vous faire honneur.
-          Oh, mon fils…  Il caresse sa tête doucement
Je vengerai votre mort, je vengerai tous ces maux, je vengerai votre femme, ma mère qui me manque cruellement.
-          Elle me manque aussi, si tu savais les maux dans lesquelles elle passe ses jours… Car elle n’est pas morte mon fils, mais souffre en martyre…

A partir de maintenant, les mots se chevauchent ; le fils n’a pas fini, que le père parle déjà, ou encore.

 Je vengerai votre mort qui me déchire, qui nous déchire, tous.
-          Oh non, mon cher fils…
Votre peuple a soif de cela, j’étancherai cette soif, redonnerai du lustre, de la dignité à votre figure et à ce qu’il en reste.
-          Oh, s’il te plaît, non…
Ainsi qu’aux valeurs que vous défendiez.
-          Sont-ce les valeurs que je défendais ?...
Cette guerre perdue décuple ma force.
-          Non, elle t’épuise mon fils…
Ce crime odieux et injuste me tire de ma léthargie. Cette revanche nous grandira et renforcera notre cher pays, notre douce maison, notre aimable asile.
-          Le peuple n’en peut plus, arrête ma folie s’il te plaît… Entends ma prière vers toi comme j’entends la tienne, et laisse en paix ce peuple affaibli tant que son pays existe encore …
Enfin un but m’est donné.
-          Je regrette, si tu savais, le mal que je t’ai fait, je regrette, oh, si tu savais le mal que je vous ai fait…ta douce nature que je haïssais est une bénédiction que j’ignorais, fou que j’étais. Quel aimable fils tu étais, quel bel et joli enfant tu es encore, calme et contemplatif je t’ai fait… et je m’en voulais de cela…  Oh je t’implore. Que ma mort ne soit pas pour toi l’occasion de changer et de devenir le fils que je voulais que tu sois. Sois fort, pardonne-moi, pardonne-toi et vis dans ta candeur, la raison de ton être. Reste l’enfant discret et intelligent que Dieu, pour m’aider, a donné sur la terre…
Oh, mon père, je vous sens près de moi, si proche… Et je m’en veux, si  vous saviez, de n’avoir pas, plus tôt, été le fils que vous attendiez. Vous le souhaitiez pour mon bien je le sais, pour le bien de tous je m’en rends compte maintenant. Pourrez-vous me pardonner d’où vous êtes, tendre père ?
J’ai tardé et m’en veux assez, d’être un homme enfin, de prendre les décisions douloureuses et nécessaires que la charge de roi impose. Que je regrette mon aveuglement, qu’il ait fallu votre mort pour que j’ouvre les yeux sur la réalité et les soins à lui porter. Je ne faillirai pas, je ne vous trahirai plus et porterai plus haut que jamais dans notre histoire l’étendard de notre maison royale. Fier, désormais, …
-          mais oh combien criminel…
… je chevaucherai nos contrées libérées, et celles, prises avec force, de nos ennemis. Nous libérerons ces autres peuples…
-          pour les enchaîner autrement…
… et leur offrirons ce qu’ils n’ont jamais connu.
-          autre roi, autre joug, toujours la même déchéance et l’orgueil encore et encore blessé…
Oh mon père, donnez-moi, depuis votre retraite méritée, ce que toute votre vie vous n’avez cessé de me donner mais que j’ai refusé, idiot que j’étais :
-          Mon fils, mon doux fils, non, non, non
La force de l’homme qui n’a plus rien à perdre.
-          … ton âme, mon fils, juste ton âme dans la balance…tu es si jeune…
La main froide qui se porte à l’épée quand il s’agit de punir, de battre, de venger, de faire justice aux dieux dont le courroux engendré par votre perte est mien désormais.
-          J’ai donc engendré cela ? Est-ce ainsi que l’on tue l’innocence ? … Mon Dieu tolérez que je souffre encore, si vous le souhaitez, afin de prendre mes péchés, et libérer mon fils …

Scène 2
(Jour 1)

Damien, un aide de camp, un lieutenant.
 
Dans une tente militaire. Damien, devant ses cartes d’état-major…

Damien (le fils), seul, absorbé et se parlant à lui-même :
C’est donc ainsi que tu veux me surprendre, vieil Ivan… M’épuiser et fatiguer mes troupes… Crois-tu que mes forces prennent source dans la terre ? Ne sais-tu pas quelle rage céleste m’habite et se languit de te ravager ? Tu refuses le combat, en sage, et je fais semblant, en fou, de croire que tes manœuvres m’effraient, donc j’attends. Un peu seulement… Je n’ai plus cette patience de mon enfance béate et niaise. Heureuse stratégie qui tient lieu de compagne rassurante, calmante. Sans elle, je fonçais droit dans ton piège, vieux bougre. Merci mon père, de m’avoir éclairé dans ces heures sombres… Voyons cela… En faisant route ainsi par le sud, en bougeant deux unités par le nord…

Un sacrifice… oui, … un sacrifice, c’est cela oui,…  j’ai besoin…

L’aide de camp : Mon Seigneur…
Damien : Quoi !
L’aide de camp : Des nouvelles urgentes.
Damien : Fais venir…
Un lieutenant, saluant : Seigneur.
Damien : Parlez lieutenant.
Le lieutenant : C’est que…
Damien : Eh bien quoi ?
Le lieutenant, regardant l’aide de camp : Je suis le seul à connaître ce que j’ai à dire, et je crois qu’à part vous, personne…
Damien, s’adressant à l’aide de camp : Sors.
L’aide de camp sort.

Alors ?
Le lieutenant : Seigneur, cette nouvelle est difficile à croire. Je me suis assuré de l’information par moi-même, d’où mon retard pour ce rapport. Je l’ai vue de mes propres yeux je vous l’assure. Elle m’a reconnu.
Damien : De qui parles-tu ?
Le lieutenant : De votre mère Seigneur.
Damien : …
Le lieutenant : Je suis désolé.
Damien : Tu as vu son corps, c’est cela ? Ils ne l’ont pas encore brûlée, et se délectent à la vue de son corps martyrisée ? Crois-tu que j’ignore ce dont ils sont capables ? Va-t’en.
Le lieutenant : Elle est vivante mon Seigneur.
Damien : …
Le lieutenant : Je suis désolé…
Damien : Tu l’as vue ?
Le lieutenant : Oui, mon Seigneur.
Damien : … Pourquoi font-ils cela ?
Le lieutenant : Je ne sais pas mon Seigneur. Sans doute pour l’utiliser contre vous, à un moment ou un autre.
Damien : Elle est en vie ?
Le lieutenant : Oui mon Seigneur.
Damien : Elle t’a reconnu, tu dis ?
Le lieutenant : Oui mon seigneur.
Damien : Comment le sais-tu ?
Le lieutenant : J’étais à son service mon Seigneur. Je l’ai servie de longues années. Nul besoin d’exprimer son étonnement, l’expression de ses yeux m’a suffi.
Damien : L’expression de ses yeux…
Le lieutenant : Je ne pense pas que vos ennemis sachent que vous savez cela présentement.
Damien : Qu’est-ce qui te permet de croire qu’ils ne savaient pas pour ta présence parmi eux ? Ne pourrait-ce être une manœuvre de leur part ? Me faire savoir qu’elle est en vie pour me déstabiliser, retenir ma main le temps qu’ils fuient, ou se réorganisent ?… et l’éliminer bientôt maintenant que la voilà inutile ?...
Le lieutenant : Je ne sais pas mon Seigneur.
Damien : Je ne te posais pas la question. Souffre-t-elle ?
Le lieutenant : Malheureusement oui mon Seigneur.
Damien : C’est-à-dire ?
Un temps, le lieutenant baisse la tête.

…Ne m’épargne rien.
Le lieutenant : Elle est crucifiée mon Seigneur.
Damien : …
Le lieutenant : Nue.
Damien : …
Le lieutenant : Seules les mains sont clouées. Cela limite les pertes de sang. Ils la nourrissent pour essayer de la faire vivre assez longtemps.
Damien, après un long temps : Combien de temps selon toi ?
Le lieutenant : Une semaine peut-être, dix jours tout au plus.
Damien : A peu près le temps qui leur manque pour épuiser mes troupes assez, et éviter de m’affronter dans de bonnes conditions…

Damien, fou, renverse la table de rage, puis tombe à genoux.

Oh, mon père ! Ne m’abandonnez pas encore, j’ai besoin de vous… Contre ces hyènes… Si je les attaque maintenant, ils tueront ma mère, sous mes yeux s’ils le peuvent ; sous les yeux de son peuple tout surpris de la trouver vivante en montant au front ennemi, et abasourdi, l’instant d’après, de sa crucifixion et de son trépas juste sous ses yeux. Comme une malédiction, et le présage de la défaite. Si j’attends, elle meurt dans quelques jours sans victoire pour nous, sans défaite pour eux. Ces chiens me dépècent sans pitié. Pourquoi n’ai-je pas suivi votre exemple rigoureux dès ma naissance ? Pourquoi ma faiblesse me poursuit-elle encore ? Sans ces atermoiements, je n’aurais peut-être rien perdu de ma noble famille. Ni vous mon cher père, ni votre malheureuse compagne dont je suis le fils indigne qui la condamne de toute façon. Et qui le sait… Je la croyais morte, j’apprends son existence soudainement, et la perds définitivement l’instant d’après, alors qu’elle vit, otage de votre assassin…
Pourquoi ne m’avez-vous pas battu, à mort s’il le fallait, pour faire de moi un homme selon vos vœux et votre morale ?

Il regarde le lieutenant, resté là sans oser bouger.

Sors, veux-tu ? Sors !
Le lieutenant sort.

Scène 3
Damien, seul.

Mon père, pourquoi m’abandonnes-tu ? Plus de conseils ?
Lâche !
Je suis ton serviteur, et tu me laisses à terre ? Quand, enfin, je reconnais mon erreur et œuvre à la réparer, quand enfin, je suis à tes pieds soumis à tes lois, tu ne me guides plus ? Tu ne m’ordonnes plus rien ? …
Je perds ma mère et tu en es le seul coupable. Et tu ne dis rien. Un roi bien faible tu fais, incapable de transcender sa mort pour sauver son innocente femme qu’il a perdue lui-même ; pour donner une solution à son fils afin qu’il répare l’irréparable…
C’est ta dernière leçon, sans doute. L’ultime épreuve. Réussir en ton absence ce que toi-même tu n’aurais pas été capable d’accomplir : que je suis digne enfin d’être, et pour toujours, ton fils légitime. Je vais te montrer ce je suis. Le roi nouveau des rois impitoyables.
Bien plus redoutable que tu ne l’as jamais été. Je n’aurai plus besoin de toi. Je t’éclipserai. Ton œuvre sera accomplie sans que tu en reçoives la reconnaissance. Je plierai l’Histoire à mes vœux et t’effacerai des tablettes des scribes. J’interdirais l’écriture s’il le faut, et assassinerais tous les scribes si besoin.
Es-tu content de ton fils ? Non ! Ne réponds pas, ce n’est plus la peine…
Tu m’as si bien converti à tes principes, que même toi, tu en deviens la victime désormais…
Ta mort me devient tout à coup si douce, si réjouissante…
Ta tombe sera la seule trace de ton existence. Non pas pour que l’on se souvienne de toi, ils t’oublieront tous je te le jure, mais pour que je puisse cracher dessus à chacune de mes victoires sanglantes et y abandonner les têtes pourries de mes ennemis. Elle sera celle d’un soldat anonyme pour les autres, mais, pour moi, elle me rappellera le puits infâme d’où je viens. Elle me rappellera ma promesse d’en finir avec la vie, mais pas sans avoir ravagé le monde et purgé ma souffrance. Je vomis ma haine sur toi cher père. Je te hais, je te maudis. Cette tombe est la porte vers l’enfer où tu séjournes je pense, et où je te rejoindrais si Dieu le veut. Je t’y persécuterai encore, crois le bien... Commence à me fuir, j’arrive... Convoque tous les complots des enfers contre moi pour me ralentir…
Ô ma mère, que je suis désolé de tout cela… Comme je suis coupable finalement… J’aurais dû tuer ce père qui n’en n’était pas un, mais j’étais faible, innocent, incapable de cela, de même seulement imaginer cela. Je vous supplie de me pardonner de ne pouvoir vous sauver, car je ne puis le faire pour moi, et je vous aime tant, ô ma douce mère… Priez pour moi dans votre martyr, car je ne suis plus de ce monde… mon corps tremble, mon âme est perdue…


Scène 4
Morgane et son père le roi Ivan.

Morgane : Mon père, je vous demande une faveur.
Ivan : Parlez ma fille.
Morgane : Vous savez Père, cette femme que vous torturez…
Ivan : C’est de la politique, cela ne  vous intéresse pas. Pas encore…
Morgane : Père, c’est insupportable.
Ivan : N’y pensez plus, c’est une affaire qui ne vous regarde pas.
Morgane : Ne peut-on gagner une guerre autrement ?
Ivan : C’en est presque fini, justement.
Morgane : Y-a-t-il donc besoin de cela pour assurer une victoire déjà acquise ?
Ivan : Presque acquise…
Morgane : Il est vaincu, son père est mort.
Ivan : Le pays résiste et pourrait se révolter encore. Je dois couper la dernière résistance, sa tête. Afin qu’elle ne repousse pas.
Morgane : Il y a parfois d’autres voies politiques qui évitent d’entretenir les rancœurs et les violences des peuples vaincus.
Ivan : A quoi pensez-vous ?
Morgane : Au mariage…
Ivan : C’est une plaisanterie qui n’est pas amusante.
Morgane : C’est bien normal, ce n’en n’est pas une. Je n’en faisais pas. Je n’essayais pas.
Ivan : Quelle est cette idée absurde qui vous vient alors ?
Morgane : Est-ce si absurde ? En d’autres temps…
Ivan : En d’autres temps de victoires difficiles, de peuples à soulager, d’épuisement, bref de faiblesse, c’est assez normal. C’est une négociation de perdant pour une famille royale que de laisser sa fille marier un prince vaincu. On ne marie pas sa fille à un perdant. Elle le deviendrait. Vous êtes folle décidemment, l’inaction vous gâte ; vous si jeune pourtant… Avez-vous perdu la tête ?
Morgane : Mes prières pourtant…
Ivan : Vos prières, vos prières, … laissez cela à d’autres qui s’en chargeront mieux que vous. Vous n’avez pas été capable de rester un an au couvent, et, surtout, d’adopter les rites sacrés et anciens de notre religion. La prière vous sert donc soudain alors qu’elle vous rebutait jusqu’alors.
Morgane : La prière n’a rien à voir avec la religion. Les peuples, mon père, doivent-ils toujours supporter les caprices de leurs seigneurs ? Alors que des arrangements, parfois inconfortables j’en conviens, semblent possibles ? Notre rôle est-il de régner dans le confort ou de servir notre peuple ?
Ivan : Ces belles pensées vous honorent ma fille. Nous en reparlerons quand vous serez au pouvoir. D’ici là, apprenez, et déjà à garder votre place. Il faudra que je comprenne d’où vous viennent ces soudaines affirmations qui ne vous font pas rougir face à moi, quand d’autres filles s’étoufferaient de tant d’orgueil mal placé.
Morgane : Père, cette femme…
Ivan : Assez avec cette femme ! Vous ne la verrez plus, voila qui est réglé ! Vous pouvez vous retirer.

Morgane sort.

Scène 5
(Jour 2)

Damien, Uiscias

Damien entre discrètement. Uiscias est occupé ; il s’adresse à Damien sans se retourner…

Uiscias : Vous ici, Seigneur ?… Tout ce temps sans mes conseils… Je vous croyais au combat.
Damien : Tu ne sais donc pas beaucoup de choses puisque tu n’as pas deviné ma venue. Sois plus convaincant ou je vais regretter d’avoir quitté mes plans et mes champs de bataille pour un vieux magicien dont les tours sont éventés. J’imaginais trouver un sage.
Uiscias : Je suis un vieux fou, l’ignores-tu ? Tu veux un oracle, une prophétie, une révélation. Tu es fou aussi.
Damien, à lui-même : Pourquoi suis-je venu ?
Uiscias : Toi seul le sais. Moi, je ne peux rien pour toi.
Damien : Donne-moi alors une raison d’être venu vers toi et de quitter des obligations urgentes, vitales peut-être. Je devrais peut-être te faire disparaître si tu ne sers à rien. A quoi sers-tu ?
Uiscias : Tu as bien changé. Tu venais autrefois, sans raison, il n’y a pas bien longtemps encore, naïf et enchanté…
Damien : Cesse ! Cesse de me prendre pour un attardé, un enfant que je ne suis plus ! Je ne joue pas. Toi par contre, tu t’amuses bien légèrement avec ta vie. Tu crois que je ne suis pas ton roi ? Tu crois que je ne peux me passer de toi ? Mesure donc tes propos…
Uiscias : Je ne suis là que pour tenir des propos sans mesure. Si besoin, c’est mon rôle. Si je deviens prudent, je meurs. Je ne suis plus rien. Veux-tu les entendre, ou préfères-tu mes cris sur un appareil de torture de ton choix ? Et alors je te dirai tout ce qu’il te plaira d’entendre… Mais, tu n’es pas venu pour entendre ce que tu sais déjà ? Tu n’es pas venu pour entendre ce qu’il te plairait d’entendre…
Damien, après un temps : il faut donc que je fasse le contraire de ce que je fais et le contraire de ce que je crois juste ? C’est bien cela que tu vas me dire ?
Uiscias : Tu es devenu, si impatient. Dur, nerveux. Puis-je encore te parler et t’être utile, je n’en sais rien…
Damien : Décidemment, tu sembles perdu et incapable de conseils. Même me contredire ne semble pas te réjouir. Un vieux fou je ne sais pas, un vieux tout simplement. Effectivement inutile. Je me suis trompé, j’ai cru que…
Uiscias : Non ! Tu ne crois plus à rien justement ! Tu n’entends pas ton père. Tu n’entends plus ton cœur, et tu n’écoutes personne ! Tu fais semblant de t’accrocher aux bienveillantes traditions et coutumes de ton pays. Et tu penses te sauver ainsi ? Ta tête idiote a pris le pouvoir et tu es devenu aveugle.
Damien : Comment, oses-tu ! Tu ne sais rien…
Uiscias : Tais-toi ! Voici mon seul conseil : quand tu pourras poser ton épée et arrêter de réfléchir et  stopper ton propre élan, viens me voir. Je pourrais alors peut-être t’aider. Sinon, tue-moi dès maintenant car je suis bien incompétent dans tes plans déjà trop avancés et trop vengeurs pour réussir…
Damien, se dominant de toutes ses forces : Je reviens demain, fou !

Damien sort.

Uiscias : Que Dieu te vienne en aide cette nuit, ô mon roi.


Scène 6
Morgane, Ivan

Morgane : Mon père, si vous refusez d’épargner cette femme, au moins, prolongez sa vie de quelques jours.
Ivan : Ma fille, décidemment, la guerre vous travaille.
Morgane : Est-ce un mal ?
Ivan : Pour l’héritière que vous serez un jour, non, mais pour la jeune femme que vous êtes encore, oui. N’en pas dormir est inquiétant.
Morgane : Ne sommes-nous pas sur le point d’entrer en guerre de nouveau ?
Ivan : Nous n’avons pas cessé de l’être. Nous venons de gagner une bataille importante certes, mais Damien veut résister et cherche une contre-attaque. Il est gravement affaibli cependant car il y a perdu son père. Ce coup a failli lui être fatal. Sa nature douce et réfléchie changera-t-elle ? Ou bien sa colère lui fera-t-elle faire un faux pas ? Quoi qu’il en soit, Il doit faire quelque chose, s’emparer du pouvoir et décider, et convaincre sans se laisser dominer. Jusqu’alors, sa vie n’avait rien de celle du guerrier, plutôt une vie de poète. Son expérience tactique se résume aux jeux d’échecs.
Morgane : Les peuples vont donc souffrir encore, bientôt. Est-ce anormal qu’une jeune femme issue d’un de ces peuples s’inquiète de l’avenir du sien ?
Ivan : Vous n’êtes pas du peuple. Votre héritage vous vient des Dieux.
Pourquoi vouloir faire vivre encore cette femme ?
Morgane : De même qu’un espion l’a averti que sa mère vivait toujours, Damien pourrait bien connaître le sort prochain de celle-ci par d’autres espions parmi nous. Et, sachant sa mort, attaquer  promptement puisqu’il ne la redoute plus et n’a cette fois plus rien à perdre.
Ivan : Vous n’ignorez pas que j’ai décidé moi-même qu’il la saurait vivante ? J’ai payé une protection à son espion, si discrète, que cet espion lui-même ignore qu’il a été épargné.
Morgane : Qui vous dit qu’il n’y en a pas d’autres ? Les rois dont les fidèles sont les plus nombreux, ont été trahis par des proches insoupçonnés… Après tout, que vous coûte ce report d’une mort programmée ? Au mieux c’est une garantie plus longue qui vous attend, au pire quelques soins pour l’obliger à survivre…
Ivan : Décidemment ma fille, vos pensées actuelles n’ont de cesse de m’étonner. Où est donc passée  l’humanité un peu déplacée dont vous avez fait preuve lors de notre dernier entretien à propos de  cette femme ? D’où vous vient ce goût pour élaborer une tactique aussi calculée ?
Morgane : Je m’essaie à suivre votre exemple père.
Ivan : Pourquoi pas. Nous ne risquons pas grand-chose en effet à suivre vos conseils. Je soignerai cette femme, au moins le temps qui m’intéresse, le temps d’épuiser un peu Damien. Mais vous ne la verrez toujours pas.
Morgane : Bien Père. Merci d’honorer mon conseil.
Ivan : C’est mérité, du moins je veux le croire. Adieu ma fille.
Morgane : Adieu, mon père.

A peine Morgane sortie, Scyllas entre sans bruit...

A SUIVRE ...

4 commentaires:

  1. J'ai hâte de lire le début !

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  2. Je viens juste de lire, c'est magnifique ! La rage de Damien m'évoque celle de Hamlet...
    Par contre je dois avouer que j'ai un peu de mal avec les prénoms (c'est très superficiel, je sais) : pourquoi ne pas avoir mis que des noms dans le genre d'Uiscias et Scyllas ? Personnellement, j'aime beaucoup... Cela dit, cela brouille les pistes d'une éventuelle situation géographique et temporelle, ce n'est peut-être pas plus mal, après tout, cela laisse libre court à l'imagination du lecteur...
    En tout cas, j'attends la suite !
    (Quel commentaire incroyablement constructif...)

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    1. Merci pour vos chaleureux encouragements Minyu. Le problème n'est peut-être pas tant d'être "constructif", que de réagir, à chaud à votre lecture. Et, c'est, je crois, ce que vous avez fait.
      Merci de votre sincérité et de l'exprimer simplement comme vous le faites !

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