Jouer avec les écritures

Dimanche 17 juin


écrits.

Lundi 11 juin 2012

ou comment travailler un texte pour le jouer ?



Mercredi 14 décembre


Le texte écrit transcendé.

Le geste maladroit mais terriblement humain. Le baiser qui ignore la caméra. Imparfait mais parfaitement réel, plausible. On y croit. En vrai, dans la rue, on n’aurait pas vu mieux.

« Coupé ! »… On la garde…

Ils se comportent comme si nous n’étions pas là. Les mots de leurs textes respectifs sont devenus leurs mots. Viscéralement. Ils ne jouent plus. Ils jouent à la perfection.(cf Rien sans moi et...)

C’est dangereux, risqué. Mais, évidemment, le spectateur est scotché.

On pourrait même penser qu’on nous met dans une position de voyeur. Nous sommes dans leur intimité. C’est dérangeant, non ?

Les plus grands comédiens réussissent ce pari. Être. Tout simplement.
Cela est, semble-t-il, compliqué. Nous-mêmes, parvenons-nous à être ce que nous sommes ?

Les comédiens sont d’ailleurs souvent mieux leurs personnages qu’ils ne sont eux-mêmes. Quel défi.

Rien de moins que la liberté. Celle d’être soi-même.

Certains se sont perdus parait-il, en jouant ce « jeu » jusqu’à la limite. Être un autre, tellement mieux que soi, qu’on se déteste, peut-être, de ne pas être capable de vivre aussi bien, aussi fort, avec soi. De rater une évidence pareille.

Villeret, Dewaere, Brando,  …

Le problème n’est pas de devenir meilleur, on peut réussir une vie de salaud (au début, j’avais écrit "un rôle" de salaud…), mais de réussir à vivre pleinement, entièrement, avec gourmandise et satisfaction ce que l’on est. Jouir de son être. Être soi sans masque et sans mal-être.

Curieux paradoxe, donc, de vivre plus pleinement qui l’on n’est pas. Grâce à des mots qui ne sont pas les nôtres. Mais qui deviennent chair et réalité dans le corps du comédien.(cf. Les mots du sang)

Sont-ils donc fous, détraqués, schizophrènes ? Qui plus est, Ils y prennent du plaisir…
Entre nécessité pour vivre, et luxe de vie, où est la vérité de l’état du comédien ? En ont-ils vraiment besoin, ou se soignent-ils sur notre dos en nous utilisant ?
Si, de plus, le comédien nous rend « voyeur » de son intimité, n’est-ce pas une vie de tordu que l’engagement du comédien ? Un exhibitionniste ?

Alors, un malade mental ce comédien ? Ou un être d’autant plus libre qu’il n’est pas lui-même ?

Je crois que la seule tentative de réponse qui vaille est dans le texte. S’il porte un grand espoir, quelque secrète découverte sur l’état d’homme, alors, rien ne s’oppose à cette folie, ces excès. Jusqu’à la mort… Molière ne dirait sans doute pas le contraire, lui qui est mort sur scène, en jouant cette mort. Parait-il…

Servir l’humanité en lui renvoyant sa propre image.

"Il y a deux manières de passionner la foule au théâtre: par le grand et par le vrai. Le grand prend les masses, le vrai saisit l'individu."
Victor Hugo

Un beau texte justifie un tel engagement sans que cela soit malsain. Encore faut-il le mériter ensuite bien sûr, par le travail. Mais, le grand texte est une fondation profonde et puissante pour porter le comédien. Le guérir ? En tout cas, ne pas sombrer dans le pathétique.(cf. Lire et imaginer... facile à dire... mais comment faites-vous ?)

En effet, comment donner autant de soi, aller si loin dans son intimité si ça n’en vaut pas la peine ? C’est de la prostitution. Seuls les grands auteurs nous sauvent de cela. D’autres maquereaux peuvent encore nuire mais le point de départ est bon !

" J’essaie de voir d’où viennent les mots. Et de me livrer à leur pouvoir. Car, s’ils sont d’un véritable auteur, les mots ont le pouvoir de nous atteindre et de nous transformer, de modifier nos énergies. "

Si donc le texte est bon, que reste-t-il pour justifier un tel engagement ? Celui de Gérard Philipe dans Monsieur Ripois, par exemple. D’où vient cette motivation à s’exposer autant ? Je refuse d’admettre que le comédien est un malade. S’il l’est, nous le sommes tous alors…

Passons sur l’utilité sociale. Lorsque le comédien joue Racine, s’il est utile à la société, ce n’est pas ce qui le motive, ni de près ni de loin, à dire ce texte, à le vivre. Son utilité sociale est une conséquence de son état, de ses choix. Il s’en fout de son utilité sociale.

Dans le fond, sa motivation est issue d’une envie hautement égoïste. Le texte résonne en lui, il veut l’exprimer. C’est tout ? C’est tout. Du moins je crois…

Peut-on faire cela pour manger ? Pour se faire valoir ? Pour se faire voir ? Pour faire quelque chose plutôt que rien ? Possible, mais alors, peut-il y avoir une grande et belle vie sur scène ? Plus grande question encore, peut-il y avoir, dans ces conditions, un acteur libre ?

" Les gens qui vous veulent du bien prétendent qu’il faut d’abord arriver à se faire connaître, ensuite on peut faire ce qu’on veut, on est maître de ses choix. Je n’en crois rien.

Ensuite, on est pris dans un système, victime d’un processus.

On ne devient pas libre en passant par le compromis.

Il faut décider d’être libre d’abord. "
Laurent Terzieff

Que notre motivation vitale soit l’état de comédien, ou tout autre état que nous ressentons comme juste, au fond de nous, ces mots, mes bien chers frères (et chères sœurs…), sont à méditer. En effet, que dire après cela ? Il s’agit de passer à l’acte plutôt.

Si donc, les mots semblent vains suite à ce genre de réflexions profondes, j’écrirai d’autres articles quand même, quitte à pâlir devant cette intelligence si lumineuse, cette clairvoyance de prophète et ces mots si définitifs. Car je crois les comprendre. Écrire est un acte en soi je crois.

Je me risque donc, et me risquerai, à essayer de m’approcher au plus près et au plus vrai de ce que je ressens, de ce que j’ai envie de communiquer… sans fard et sans compromis j’espère… libre d’abord… ?


Dimanche 30 octobre 2011




Minyu a dit…

« Je voudrais vous poser une question, parce que votre article "Rien sans moi et..." est certes très intéressant, mais pour moi il y manque quelque chose : selon vous, y a-t-il des rôles qui peuvent empêcher certains acteurs de "jouer comme un dieu" ? Autrement dit, un acteur qui n'arrive pas à jouer un rôle en particulier est-il forcément un mauvais acteur (au moins à ce moment-là), ou le problème peut-il résider dans le rôle lui-même ? Je ne sais pas si je suis très claire... Comment dire les choses "telles qu’on les dirait soi" si notre personnage est à l'exact opposé de ce que l'on est ? »



Bonjour Minyu !



   Merci pour votre message et ces questions, complémentaires en effet, et pertinentes surtout.




   Je vais donc essayer une réponse, mais je n'en n'ai pas d'absolue ni de définitive. Quant à la vérité en la matière, je me garderais bien d'en établir une.




   Je ne suis pas un spécialiste théoricien. J'essaie juste de faire part de mon ressenti par rapport à mes petites expériences.




   Ceci étant dit, je pense que, dans une certaine mesure, nous avons tous des profils plus ou moins proches des stéréotypes écrits du théâtre. Par exemple, le jeune premier, le vieux roi, la veuve éplorée, le fou du roi, l'idiot, l'amoureuse, etc… et, donc, il serait plus simple de s'approprier des textes, un rôle, déjà proches de soi. De là à rester dans ce registre, il n'y a parfois qu'un pas. Et ça peut se comprendre. Si on assure dans tel ou tel type de rôle, les gens ont envie de vous reprendre dans ce même type de rôle. Et c'est ainsi qu'on peut se cantonner dans un registre en particulier, une écriture ou un style, même y faire carrière. De fort belles carrières parfois. (Maillan par exemple,  de Funès aussi…)




   Cependant, nous contenons tous l'ensemble de l'expérience humaine en nous. A des degrés divers c'est vrai. Notre potentiel, dans le bien, dans le mal, dans les excès, dans la sagesse, dans la grandeur comme dans la petitesse est complet, et surtout sans borne je pense. L'imaginaire suppléant ce qu'on n'a pas vraiment vécu et ce que l'on n'est pas dans notre identité sociale et commune. Et donc, vu sous cet angle, je pense que l'on peut jouer n'importe quel rôle écrit. C'est une question de motivation profonde, d'intérêt et d'envie d'aller chercher, ou non, cela en soi.




   Encore une fois, je ne parle que pour moi, et de ce que je ressens. Je ne prétends pas dire ce qu'est un bon ou mauvais comédien. J'essaie juste d’être le plus honnête vis à vis de moi et cultiver ce qui me semble fonctionner en public. Et cette démarche n'est pas seulement intellectuelle, elle est surtout de l'ordre du ressenti. De plus en plus d'ailleurs. Le temps passant, j'ai le sentiment que la tête ne fait pas beaucoup de bien en la matière. Nous sommes si paradoxaux (n'est-ce pas le propre de l'humanité ?) que, jouer l'exact opposé de ce que l'on est n'est, je pense, ni impossible, ni détestable. Bien au contraire ! Cela peut même devenir un vrai plaisir. Une gageure, un challenge. Je connais des gens qui n'ont jamais été de bons amants que sur scène. Qui n'ont jamais été sincèrement détestables, horribles, que sur scène. Alors qu'ils sont adorables... Et alors, comme spectateur, ou partenaire, c’est selon, j'adore aussi sincèrement les détester sur scène... Et eux aussi aiment cela. Nous sommes notre propre contraire. On peut le nier, mais c'est se voiler la face. Et ce n'est pas une pose, c'est une réalité profonde, bien plus terre à terre que d'affirmer qui nous sommes.



Qui sommes-nous ?



   Une construction. Surtout dans notre société. Nous ne sommes parfois que construction : c'est terrible. Lorsque l'ego s'en mêle, et il le fait souvent, nous sommes des êtres artificiels, en colère, sans pitié et sans folie. Ou plutôt, une folie absolue. Absolutiste. Nous revendiquons la cohérence, détestons les erreurs, alors qu'elles nous définissent. Nous sommes ce qui nous échappe. C'est-à-dire, rien, et, en même temps, l'infini de tous les possibles humains. Le comédien sait cela je crois. Inconsciemment. Confusément. Pioche comédien, creuse, et tu trouveras tout ce dont tu as besoin. Le veux-tu seulement ? Et profondément ? Il n'y a aucun effort non plus là-dedans. C'est une motivation très profonde. Une attente du cœur et des tripes. Je ne peux le décider avec la tête seulement. Ça ne marchera qu'un temps, voire pas du tout. Cette motivation vient de loin, assez naturellement. Une sorte de frémissement, d'impatience qui vous chatouille dans les organes. Comme quand on désire l'autre terriblement. Ce n'est pas la tête qui vous dit de le serrer dans vos bras (ça c'est pour plus tard...), c'est le corps drogué du désir de l'autre. Une sorte d'exultation.

Si, cependant, la tête s’y met aussi, c’est la totale ! L'écriture de la pièce devient limpide, évidente. Les mots parlent aux corps et aux esprits des spectateurs. Les intentions de l’auteur se révèlent dans ce qu’elles ont de géniale. D’où l’importance de choisir un auteur génial (Voir l’article Lire et imaginer… facile à dire… mais comment faites-vous ?)




   Pour moi, donc, ça vient du texte d'abord, évidemment. C'est lui qui me donne cette envie viscérale ou non. S'il y a contradiction, ce sera avec ma motivation. Que ça colle ou non avec moi, n'est pas mon problème. Si le texte me motive, c'est que je trouve déjà en moi, à sa lecture, des choses qui résonnent. D'ailleurs, elles résonnent souvent plus fort quand ce n'est pas vraiment ce que je suis. ENFIN je vais pouvoir être ça...




   Certains rôles de femme m’attirent par exemple. Je pense à la voix humaine de Cocteau. (Certains d’ailleurs, l’ont joué en homme à la place de la femme… et c’était pas bon… ) J’ai envie de ce genre de chose, mais, de là à passer à l’acte bien sûr, il y a un fossé. Plus on pousse la crédibilité loin, mieux c’est. Pour le public. Or, là, c’est juste mon bon plaisir qui parle. Si je pense sérieusement au public, je me calme. Donc, je ne jouerais probablement jamais la voix humaine, mais, ça ne m’empêche pas d’en avoir envie. C’est comme ça. Je ne me censure pas. Plus. Disons, moins. Je me soigne ? J’essaie d’assumer…




   Un monstre aussi, par exemple. Quel pied ! Genre Amorphe d'Ottenburg de Grumberg. Je crois ne pas être cela. En tout cas dans mon quotidien, c'est évident. Je suis poli, empathique et terriblement républicain démocrate. Demandez autour de moi. Pourtant, dans le fond, je suis aussi cette horreur. Caligula de Camus. J'en rêve et je le redoute tout à la fois.




   Pour conclure, et tenter une réponse à votre juste question "Comment dire les choses telles qu'on les dirait soi, si notre personnage est l'exact opposé de ce que l'on est ?" :




   Premièrement, en admettant la réalité suivante : je suis, profondément, tout et son contraire. C'est un fait, pas un jugement. Il n’y a qu’en surface que je suis quelque chose de défini. De petit, de tout petit et qui lutte aux coudes à coudes pour exister très fort. Un peu vainement parfois. Mais c’est l’arbre qui masque la forêt. Ma forêt. Profonde, belle, mystérieuse mais aussi très dangereuse. Nous possédons tous une vaste forêt intérieure. Elle n’attend que d’être explorée. Mais, attention, elle contient tous les monstres des légendes ; ainsi que tous les princes et toutes les princesses de tous les temps, de tous les rêves.




   Deuxièmement, ai-je envie de cela ?
        
Si non, pas la peine de se forcer, ça s'arrête ici. Ce rôle sera pour plus tard peut-être, ou jamais, qui sait ?
Si oui, alors, il faut se faire confiance je crois… Si j'en ai vraiment envie, ça se fera tout seul pratiquement. Les obstacles existeront mais on trouvera comment les franchir.



Ai-je répondu à votre question ?

Richard

Mercredi 26 octobre 2011


Jouer comme un Dieu. Ou quelque chose dans ce goût là. Y’a un truc, une astuce, des choses à faire, pas faire, à dire ou éviter de dire ?


Michel Bouquet dit qu’on n’apprend pas à jouer. On sait jouer, naturellement, ou pas. L’école de théâtre, c’est juste une question d’amélioration, de perfectionnement, de conservation de ce talent.


Est-ce que des nuls sont devenus bons ? Dur à dire… Il parait que Depardieu ânonnait à ses débuts.


Pour Stanislavski, on peut compter sur les muses, mais c’est risqué. Par contre, on peut créer les conditions pour que l’inspiration s’invite le plus souvent. Donc, on peut apprendre. Question de motivation, d’intérêt.


Personnellement, je n’en sais rien. Je suis infoutu de dire ce qu’il faut faire ou pas, s’il y a des principes ou non. Définir, même, ce truc bizarre qu’est le fait de jouer ?…


Je me garderais donc de conseils techniques. Ceci étant dit, et pour approfondir l’idée de Stanislavski justement, le ressenti me susurre deux ou trois trucs. D’ailleurs, quelques grands comédiens n’ont jamais fait d’école, comme quoi… il faut faire attention aux dogmes. Et puis, parfois, on a ça sous la main, sans chercher à comprendre. Ça tourne, et c’est tout, pourquoi chercher de midi à quatorze heures ?


Les idioties qui nous bloquent et dont il faut se préserver, ou l’art des petites et grandes trahisons personnelles :

•   Faire quelque chose parce qu’il faut jouer. Faire sans objet. Je bouge parce que sinon, j’ai l’impression qu’il ne se passe rien. Ce n’est pas faux d’ailleurs, mais plutôt qu’essayer de faire croire qu’on fait quelque chose alors qu’on ne fait rien, autant l’assumer et se casser du plateau. Ou réellement ne rien faire ; ce sera toujours plus juste qu’essayer de faire dans le vide. Mais bon, quand on est gentil, on fait des efforts, on se dit qu’on doit bien ça aux partenaires, au metteur en scène. « Tout le monde est venu, je vais quand même faire un truc… ». C’est juste de la haute trahison envers soi-même, et l’on ne s‘en rend pas compte. Ou bien, c’est le résultat de sa fainéantise et/ou d’une bêtise crasse. Dans le premier cas, c’est terrible, un peu pathétique, mais ça se soigne je crois. Dans le second, soit on se bouge le cul et on creuse le texte (peut-être croyait-on que comédien c’est la fête), soit on se bouge le cul du plateau et on lui dit « au revoir »! Ce n’est pas si grave. Après tout rien n’empêche d’y revenir un jour ou… jamais ?

•   Dire son texte « mieux ». Si l’on croit que dire mieux son texte va changer les choses, c’est le début de la fin. Ça ne veut rien dire, d’une part. D’autre part, bien dire son texte n’est pas un problème de comédien. C’est un problème d’articulation tout au plus. Varier le ton est du même acabit. Effort inutile, vain, épuisant et loin de soi. On s’en fout littéralement. En tout cas au début du travail. A la fin, pas le choix, le spectateur doit nous entendre. Mais, quand il n’y a plus que ça…

•   Placer les choses, et se placer soi sur scène. C’est un remix des deux idioties précédentes. La cerise sur le gâteau, tout au plus, mais sûrement pas le gâteau en lui-même… TRÈS HAUTE TRAHISON.

•   Se regarder jouer : le pire c’est dans la glace, comme un danseur. Le moins pire, c’est l’envie d’être spectateur de soi-même. Quand ce qu’on fait fonctionne un peu, on voudrait parfois être acteur et spectateur de la situation. Raté : petite trahison. Surtout pour les spectateurs ; et surtout quand c’est drôle. Envolé le grand comique dans ce cas là !

•   Retenir, ne pas lâcher ce qui veut sortir. La peur d’être soi, ou de montrer ce qui pourrait être soi. Dommage. Souvent, c’est la confiance qui manque. En soi, dans les autres et leur regard. Ceci dit, ce point me semble ambigu. A la fois bon signe et mauvais signe. En effet, se lâcher devant des cons, c’est de la prostitution. (je ne parle pas des spectateurs, mais de l’équipe) A l’inverse, rester sur son quant à soi, me fait demander « pourquoi être venu » ? Pour jouer à se faire peur, à se traumatiser ?


Les trucs cools qui vous transportent :

•   « Et si »… Bah oui, comme un gosse, et si c’était vrai ? Certains appellent cela le si magique.

•   Lire jusqu’à ce que les mots rebondissent au fond… Tant que les mots ne me parlent pas, je relis, je m’imagine, je laisse venir aussi. Et ce, jusqu’à ce que ces mots me donnent envie de les dire. Après, il y a la solution de couper ceux qu’on n’assume pas. C’est moins pire que de blablater un texte sous prétexte de rester fidèle à l’auteur. Quant à couper partout pour un oui, pour un non, il faut peut-être se demander pourquoi on a choisi cet auteur, dans ce cas. Autant écrire soi-même le texte. Ce que certains font d’ailleurs…

•   Sa vérité à soi, surtout… sous prétexte de jouer un personnage, on se dit que ce n’est pas soi. Oui, mais bon, comment être juste, être crédible si on ne dit pas les choses telles qu’on les dirait soi ? En fait, c’est un peu plus compliqué que ça. Si les mots sont assumés, ils nous imposent des attitudes, des comportements qui permettent de les dire de façon cohérente vis-à-vis de soi, et de son ressenti profond. Ainsi qu’aux yeux des spectateurs, par conséquent. Donc, c’est un dérivé de soi. Pas un ersatz mais des morceaux, des bouts de soi, agglomérés, piqués puis collés. C’est un mélange entre l’amalgame et l’aggloméré, l’intégration et la digestion. Puis, un tri s’opère, un décantage se fait, et ne reste que ce qui permet de rendre le texte au mieux. C’est du boulot. Vous pensiez quoi ?


Conclusion

Ne pas se trahir, mais se donner. Partir de soi pour être un autre, finalement.

C’est un problème de motivation. Mais pas de celle qu’on décide. Au bout d’un certain temps de travail, on n’a plus le choix. Les choses doivent être dites ainsi. Le phénomène nous demande alors ce qu’il a besoin : de l’énergie, de la présence. Mais, il n’y a plus de calcul, c’est comme ça. Il n’y a plus d’effort non plus, paradoxalement. Dans le meilleur des cas, on ne se rend plus bien compte de ce qui se passe. Il y a comme une présence bienveillante et incontournable. On est soi-même bien présent dans l’instant mais cela s’évanouit et on n’a pas l’impression d’y être pour grand-chose. Les bravos sont surement mérités, mais on s’en excuserait presque : « Bah, vous savez, j’y suis pour rien… »

Bref, ça ressemble à du Stanislavski. L’accrochage intérieur. Il semblerait que c’est la clé de voûte du jeu « vrai », psychologique au sens de « cohérence psychologique ».

Pour un résultat extraordinaire, ce n’est pas suffisant, mais nous poursuivrons dans un prochain article… A suivre…

Richard



Vendredi 23 septembre 2011





Constantin Sergueïevitch Stanislavski (de son vrai nom Alexeïev) (en russe : Константин Сергеевич Станиславский), né le 5 janvier 1863 à Moscou et mort le 7 août 1938, est un comédien, metteur en scène et professeur d'art dramatique russe.
Il est l'un des créateurs, avec Vladimir Nemirovitch-Dantchenko, du Théâtre d'Art de Moscou et il est l'auteur de La Formation de l'acteur et de La Construction du personnage. Lorsqu'il meurt en 1938, son enseignement a bouleversé toute l'Europe, et depuis, son système a marqué à jamais l'art du comédien et du metteur en scène.
Wikipédia


   Stanislavski, c’est le père du jeu actuel : au cinéma, au théâtre, à la télé, dans les clubs de théâtre, sur les planches du village lors du patronage annuel…tout le monde joue, avec plus ou moins de bonheur, plus ou moins de réussite (et sur les planches de la place de la mairie, c’est parfois bien meilleur que sur certaines scènes nationales.. .), version Stanislavski. On ne le sait pas, ou on ne l’a jamais su ; on ne s’en rend pas compte, ou on l’a oublié. Et pourtant…c'est toute une façon de concevoir ce qu’est l’acteur, qui nous a imprégnés. Mais Stanislavski, c'est plus que ça : c’est la révolution de notre vision du monde, et donc, de notre monde.


Voyons pourquoi.




   Les hommes politiques ne sont-ils pas devenus les champions de la sincérité ? De la vérité psychologique de l’instant ? Ne jouent-ils pas comme de grands acteurs qu’ils sont ? Ils ont mis le temps certes, mais c’est fait. On fait des films sur eux tant ils nous sidèrent de sincérité renouvelée, et pourtant jamais tenue. Se seraient-ils hissés plus haut que la performance du comédien moderne ? L’art de l’annonce sincère dans l’instant : tout le monde marche, car l’instant psychologique ne ment pas. Au moment où c’est prononcé, c’est le moment de vérité, on ne parvient pas à douter des promesses alors même qu’on sait que la plupart ne seront pas tenues. Mais ON MARCHE !!! Comme au cinéma, ou au théâtre : on sait que c’est faux, mais, rien à faire : non seulement on a envie d’y croire, mais cela paraît réellement plausible, « juste », c’est « vrai ». Le sens du vrai. Les grands hommes politiques de ce monde ont le sens du vrai…en plus du pouvoir…Grâce aux acteurs ? Peut-être...sûrement !
Et il n’y a pas qu’eux. Nos grands chefs d’entreprise, ne sont-ils pas aussi bons ? Les plus petits qui réussissent, n’y arrivent-ils pas eux-aussi ? Nous-mêmes, ne sommes-nous pas d’excellents acteurs ? Notamment lorsqu’on se ment à soi-même avec une sincérité qui nous arracherait des larmes ? Et, encore une fois, cette vision de la comédie humaine, n’est-elle pas basée sur cette sincérité, ce naturel qu’on reconnaît aux grands comédiens ?



   Pas une pub digne de ce nom, pas un cabaret, pas un court-métrage, pas une lecture théâtrale chez l’habitant, pas une téléréalité, pas un one man show moderne qui ne s’inspire de cette façon de jouer. Figurez-vous que cette vision est incroyablement nouvelle lorsqu’elle voit le jour. Les plus grands films lui doivent ce qu’ils sont. L’écriture moderne et réaliste des pièces de théâtre ou des scénarios de films est profondément marquée par ce monsieur et sa vision de l’acteur. 


 Afin de sentir le basculement, je vous propose un petit test.



   Écoutons pour commencer, Sarah Bernhard. Cette dame est connue de tous je pense. Grande comédienne de la fin du XIXème-début du XXième, elle incarne LA comédienne par essence. Elle est contemporaine de Stanislavski, son aînée de vingt ans. Le système Stanislavski, elle l'ignore, s'en passe, en-a-t-elle jamais entendu parler ? A l'apogée de la carrière de Bernhardt, Stanislavski émerge à peine...
Ecoutons-là, jusqu’au bout s’il vous plaît (1minute et 52 secondes, je sais vous trouverez cela trop court…), et nous nous retrouvons ensuite…


Sarah Bernhardt :    


Vous avez tout écouté ? Si l'on passe sur la qualité sonore, désolé, le mp3 n'existe pas à l'époque, c'est douloureux, non ? Pourtant, à peine deux minutes. Mais c'est bien la période d'avant Stanislavki, avant le réalisme. Pour bien sentir la différence, je vous propose de comparer avec un extrait de  Dominique Blanc dans Phèdre ; la mise en scène est de Patrice Chéreau.


A présent, rappelez-vous aussi nos hommes politiques. Même dans les années soixante, ils n’ont pas encore pris la mesure d’une expression moderne pour captiver les foules. Malraux était dans les meilleurs, mais aujourd’hui, cette façon de s’exprimer prête à sourire. Me direz-vous encore que le sens du vrai n’a pas changé le monde ? 


André Malraux :    


Sarah Bernhardt, Malraux : une génération d'écart, même combat pourtant. On captive les foules par la grandiloquence. On les saisit par une pensée élevée. Mais pas par le sens du vrai, du sincère, de la psychologie de l’instant. Aujourd’hui, le président des USA dans 24 heures chrono ressemble étrangement au vrai. Et pas seulement par la couleur…écoutez-les, regardez-les…copie conforme…ils jouent le même jeu, exactement…ou bien ils ne jouent pas, et sont aussi sincères l’un que l’autre…c’est du Stanislavski 100%. Saisissant, non ?

   Loin de moi l’idée de faire un hommage à Stanislavski. Il n’en a pas besoin. Je souhaite juste essayer de lever le rideau sur la puissance de sa vision. Elle a juste bouleversé notre communication, le jeu du pouvoir, nos croyances, notre façon de rêver, le travail des artistes. Et j’espère que cet article vous inspirera dans votre travail personnel de théâtre. 



Le monde a-t-il changé à cause, ou grâce à …Stanislavski ? Ou bien, ce monsieur ne faisait-il que refléter les évolutions nécessaires de son époque ?


   Je pencherais pour la première, vous l'aurez compris...Mais, chacun jugera de la pertinence de l'une ou l'autre réponse. Ce qui est sûr, c'est que Stanislavski impressionne par son système. Il ne cherche pourtant, simplement, qu'à s’approcher du « vrai », jouer la vie sur scène de la façon la plus réaliste possible. Aujourd’hui, un tel type de jeu semble une évidence. A l’époque, au début du XXième siècle, croyez bien qu’il n’y a rien d’évident à imposer ce réalisme, notamment au théâtre qui se nourrissait d’effets emphatiques. Vous fuiriez à toute jambe ! (Retournez écouter Sarah…)


   Cette « méthode » inspire néanmoins un sentiment paradoxal. Elle produirait de l'art à partir d'une démarche rationnelle. Une hérésie. On peut donc être un grand comédien, inspiré, en utilisant une méthode. Il y aurait un truc qui fonctionne à chaque fois. Propos douteux et suspects.
D'un autre côté, ses résultats sont bien réels : en effet, elle a engendré des références indiscutables comme Pacino, De Niro, Tom Hanks, Julia Roberts, Tom Cruise, Bruce Willis, Sean Penn, Dustin Hoffman, Elizabeth Taylor, Barbara Streisand, Nicole Kidman, Brando, Newman, James Dean, Steve Mc Queen, Harvey Keitel, Michelle Pfeiffer, Nicolas Cage, Brad Pitt, Johnny Depp, Nicholson, Travolta …et j'en oublie...bref, tous les grands comédiens américains pratiquement. Ils ont commencé à l’Actors Studio. C’est la version américaine du système Stanislavski, fondée en 1947 à New-York, par Elia Kazan, Cheryl Crawford, Robert Lewis, tous trois parfaitement alignés sur la méthode et s’en revendiquant…


   Par la suite, et en pleine guerre froide, les plus grands chefs-d’œuvre du cinéma américain seront produits et réalisés suivant cette méthode, en assumant pleinement la filiation russe, sans que cela choque quiconque…étonnant, non ? Il n’est plus un comédien moderne d’Amérique, qui ne se revendique de l’Actors Studio. Et c’est la réalité, ils y passent à peu près tous !


Bien plus encore : les acteurs du monde entier sont conquis. La puissance et la vérité des comédiens modernes, lorsqu’elle parle vraiment à l'humanité des spectateurs, est le résultat du seul jeu réaliste et psychologique de Stanislavski.


Alors, c’est quoi son truc, sa « méthode » ? 
(Ses adeptes, d’ailleurs, diront que le mot « méthode » est caricatural.)


   L’idée demeure simple, mais elle aura de nombreux corollaires et déclinaisons parfois complexes, et très riches : des exercices psychotechniques pour s’approprier la psychologie du personnage ; des exercices physiques pour s’imprégner du geste psychologique du personnage ; un travail de concentration sur l’objectif de l’auteur afin de saisir ses intentions profondes, le grand message qu’il souhaitait délivrer ; créer une ligne d’action claire, cohérente, et SUPER MOTIVANTE pour le comédien. C’est un engagement quasi religieux. C’est une démarche à la fois globale et précise. Bref, c’est une discipline de l’acteur. Un sacerdoce ? Ses adeptes les plus rigoureux sont souvent  appelés disciples. Le plus connu étant Michaël Tchekhov. Le premier à le suivre. Il poursuivra et défendra, après la mort de Stanislavski, l’œuvre. Michaël est le neveu d’Anton Tchekhov.


   La coïncidence n’en est pas une, car Stanislavski est contemporain d’Anton Tchekhov ;  son Pygmalion d’un certain point de vue. Stanislavski créa nombre des ses pièces. La plupart. Toutes ses mises en scène de Tchekhov seront donc réalistes.


Un grand auteur, jeune encore, rencontre le seul directeur d’acteur adapté à son écriture.


   Les mots de Tchekhov peignent la réalité des rapports humains et leur cruauté. Ils sont une profonde description des abysses de l’âme humaine, et donnent à voir le ridicule jusqu’à l’absurde de tout ce cinéma…Que nous jouons, que nous nous épuisons à jouer, comme des enfants cruels et méchants. Sauf que cela a souvent pour conséquences des drames. Ces mots, donc, n’ont surtout pas besoin d’effets de cabots. Ils n’ont pas besoin d’être soulignés, renforcés ou alourdis. Au contraire, ils ont besoin d’être dépouillés, car ils se suffisent à eux-mêmes. Il est vrai qu’à l’époque, beaucoup d’auteurs insignifiants connaitront quelques succès grâce à des acteurs qui auront su valoriser des pièces médiocres. Leur jeu lourd et appuyé parvenait parfois à valoriser des petits traits d’esprit issus de petits auteurs  « trois fois sots… »  Mais d’autres, de la trempe de Tchekhov, commencent à apparaître, et séduisent Stanislavski…Le réalisme se répand et a grand besoin d’une nouvelle forme théâtrale, elle aussi réaliste, naturelle, et psychologique. Gorki, Gogol, Ostrovski, Tourgueniev, Maeterlinck, seront de ceux-là…


   L’idée de Stanislavski, la voici : « l’état créateur » de l’artiste qu’est l’acteur, ne se décide pas. Il est indispensable, pourtant, pour produire un effet puissant sur le public ; pour que l’interprétation soit inoubliable, voire grandiose. Le souffle, celui de l’auteur, traversera la salle par l’intermédiaire du corps de l’acteur, mais seulement si ce dernier est hautement inspiré par son âme. S’il entre en contact avec elle. Cependant, si l’acteur attend l’inspiration des muses, il n’est jamais certain de leur venue. Dans l’attente, plutôt que rester en mode « espoir », Stanislavski propose de créer les conditions les plus favorables à cette venue. A cette descente. (cf. Les mots du sang)


   Dans la formation de l’acteur, ses mots renvoient plutôt à la puissance de la nature qui vous prend, et vous recrache quand c’est fini. S’y mêle déjà l’inconscient de Freud…Stanislavski nous parle plutôt du subconscient, et de l’âme. Il penche plus souvent pour le subconscient…


Ce livre, ce grand livre, est une reconsidération totale de l'acteur. Il dépouille l'interprète de ses vanités. Il le dévêt de ses clinquants. Il analyse sans pitié ses faux prestiges. Il détruit le cabotinage.” 
Jean Vilar

 (Stanislavski dans Le malade imaginaire)
On sent chez lui, au travers de son écriture dans la formation de l’acteur, comme une volonté, non pas de nier sa propre intuition, mais de l’accepter de façon raisonnable, en la justifiant pour la rendre pleinement acceptable. Le mystère de la création semble avoir besoin, à ses yeux, d’un fondement scientifique pour exister. Parallèlement, on sent une vraie envie mystique, chamanique presque, de montrer aux yeux du monde, que le théâtre procède d’un forme divine d’annonce. Dont l’acteur est le témoin. Il y a comme un refoulement de cet aspect. C’est assez fascinant de voir la pensée d’un homme en action, se référant à des thèses dont il est le jouet lui-même ! Il se met en scène lui-même dans ce livre à vocation pédagogique : il est le professeur Tortsov, et il est aussi l’élève Kostia. Freud se régalerait ! Stanislavski n’assume pas, je pense, le caractère sacré du rôle de messager des Dieux qu’est celui de l’acteur. Je pense qu’il crève de s’autoriser à le penser et à l’exprimer, mais son esprit lui refuse ce luxe : il est trop pédagogue, il est trop réaliste.

"Cela me fait penser à une plage, sur laquelle se précipitent des vagues de toutes tailles. Certaines nous viennent aux chevilles, d'autres, jusqu'aux genoux, d'autres nous font perdre pied, tandis que les plus fortes nous entraînent vers le large et nous rejettent ensuite sur le rivage.” 
 
"La vague du subconscient ne fait parfois qu'effleurer l'acteur, puis se retire. Parfois, elle l'entourera complètement et l'entraînera dans les profondeurs, pour le rejeter à nouveau sur le rivage de la conscience.” 
Stanislavski

 (Stanislavski dans Othello)
    D’après lui, autant l’effet de la présence de l’âme sur le jeu de l’acteur  est une sorte de mystère inexplicable, (faut-il chercher à l’expliquer ? C’est sûrement le plus sûr moyen de la faire fuir…l’inexplicable est inexprimable et doit le rester…) autant il est possible de cultiver les conditions favorables à cette présence. Si le comédien se met au boulot, il n’y a pas de raison… S’il est sage et appliqué, et persévérant, il sera récompensé. Là encore, il y a comme un paradoxe : d’un côté la rédemption de l’acteur par le travail et l’effort… de l’autre, les folies qu’un rôle peut, et doit provoquer… passionnant !
 Ce travail va donc consister à rassurer l’âme, lui donner des gages matériels sur les moyens dont elle pourra disposer, lorsqu’elle s’invitera, pour s’exprimer avec force et assurance sur scène ; même devant un large public.


Stanislavski créée une nouvelle éthique de l’acteur.
Son système :
2    La ligne d’action principale
3    Le super-objectif

Qu’est-ce qu’on fait de ça… ? Ça veut dire quoi ?
Nous en reparlerons dans de prochains articles...



Mardi 6 septembre 2011 



  Il y a deux descentes des mots. La descente de l’auteur. La descente du comédien. L’une est sans doute plus sacrée, mystique. L’autre est surement plus proche de la beuverie et de l’overdose que de la révélation ésotérique. Les muses pour l’un, le gavage pour l’autre, jusqu’à l’écoeurement, le dégoût.


Dans les deux cas, les mots finissent par prendre corps, sinon, ce ne sera pas une réussite. Ils prennent le corps. Les entrailles, les os, le sang.


De la tête aux pieds en passant par le cœur, le ventre, les tripes, les mots circulent comme le sang. C’est une question de temps, mais pas seulement…


Oh, ne vous inquiétez pas, ils y vont dans l’ordre, les mots.  C’est bien la tête qui est touchée en premier. Souvent, elle sera seule témoin de l’évènement d’ailleurs. Bref, la pièce s’arrêtera là, coincée par trop d’intelligence. Le malheur ? Se contenter de comprendre ce que dit l’auteur.
Cela donne des échanges de ce type :

Le metteur en scène : « Nan mais là, tu vois, l’auteur, il a voulu dire sa profonde souffrance, sa tristesse nostalgique issue de temps révolus et profonds, comme un ADN primaire que ses ancêtres portaient déjà,…en eux bien sûr…tu vois ? »
Le comédien : « Là oui, c’est …je… j’avais pas vu ça tout à fait comme ça, et maintenant, je vois mieux la direction… »
Le metteur : « Tu es libre, ne l’oublie jamais… ! »
Le comédien : « … »

Deux solutions : ou le comédien se décide vraiment libre et va au-delà du sens, quitte à en baver. Ou le comédien reste intelligent…Le metteur en scène sera content…le comédien aussi…le public ?


Évidemment, c’est laborieux, douloureux, pénible. Surtout qu’au début, on avait quelques élans sympas, on se disait, ça me parle. Et il n’y a pas de mal à cela. Mais que veut-on ? Quand on se met à chercher, les élans sympas disparaissent. Soit on découvre la médiocrité de la pièce, soit on aperçoit la profondeur de celle-ci. Tout dépend de l’auteur. D’où l’intérêt de le choisir (cf. l’article Lire et imaginer… facile à dire… mais comment faites-vous ?)


Si l'on s'accroche un peu, la phase rebutante arrive : l’envie d’abandonner le travail. On a l’impression qu’on n’en verra pas le bout, qu’on a cru des choses…c’est trop ou pas assez… qu’il faudra des heures, des jours tout seul à triturer le texte, à trouver son sens caché, à conclure encore une fois qu’il n’est pas fait pour nous…il vaudrait mieux le jouer ailleurs…et puis c’est l’autre partenaire qui ne va pas…et le metteur qui bloque…le décor, la météo, la scène …bref, tout y passe en boucle psychotique. On en perd le sens qu’on avait fièrement trouvé dans les premières lectures, très facilement à certains endroits, trop sans doute…on s’en serait presque vanté.


Et puis parfois, un truc nous appelle, un petit frémissement se fait sentir. On se le répète sans trop y croire, on relit encore en essayant d’avoir, encore une fois, un putain de regard neuf alors que le cerveau nous crie : « Mais t’arrête d’être con, ça fait des heures, des jours, que tu relis, que tu l’apprends, tu le sais même par cœur, ça suffira bien, arrête de m’emmerder… » Mais on recommence, on sent poindre un mouvement, une vibration, un quelque chose qui résonne. Oh, ça ne vibre pas partout, mais des passages vous chatouillent un peu. Le cœur bat un peu plus fort à quelques endroits, une rage céleste vous traverse à d’autres, on se cache pour ne pas être vu car on voudrait le balancer sans retenu. Quelques paragraphes résistent mais un tremblement commence à contaminer le reste. Les mots vous rentre et surtout ressortent un peu, par bouffées, par éructation. D’autres peinent encore, on ne les saisit pas mais les petites récompenses  vous mettent en chemin. On voudrait parfois changer un peu le texte ? Après tout, il n’y a que ce passage qui résiste…


"Non ! Non ! Non ! L'acteur ne doit pas violer la pièce, il doit se laisser violer par elle"
 
Amen.


C’est la tête qui résiste, la fierté. Baisser les armes, se laisser aller.


Le temps et la persévérance sont malheureusement les seuls secours. Le talent sans doute aussi, mais l’envie plus que tout. 


Si l'on n'a pas encore abandonné, alors un jour, il faut se lever car la tête n’y fait plus, il n’y a plus le choix. On est trop loin maintenant. Le texte a fait un tour complet, le sang n’en fait qu’un et nous sommes debout. Les mots rebondissent depuis les pieds et ça déménage. Le texte remonte. La grossesse se termine. Plus le choix, ça va jouer…il faut jouer…on y va, on y court, on s’envole. Le texte retourne d’où il vient, vers le ciel.


Alors, plus de jeux, plus de faux semblants, plus de trucs ni d’astuces de « professionnels » du métier. Dire ces mots est devenu nécessaire. Ces nouveaux mots qui ne sont pas les miens doivent être dits. S’il y a un métier, il réside dans cette envie de faire descendre des mots dans la chair. Afin qu’ils vivent. Au sens strict du terme. Ceux qui pratiquent cela peuvent oublier d’être bons, ou exubérants ou géniaux, ou tout ce qu’on peut dire à un comédien quand il est vraiment tout ça. Les mots jaillissent, ils sont. L’évidence s’installe et le cerveau écrase enfin. Le sang parle et merci, merci, car le tremblement des membres fait place aux secousses et c’est le volcan. La vie, enfin !


Du volcan à l’enfer, il n’y a qu’un pas. C’est peut-être pourquoi les religions ont toujours été un peu méfiantes à l’égard des comédiens. Les tourments de ce dernier, pour faire vivre les mots, ressemblent plus à une forme de masochisme qu’à une béate sinécure.


Après cette expérience, pourtant, on ne jure plus que par elle, pour elle. Comment recréer les conditions de son apparition ?...Pas de chance, ce doit être une nécessité vitale, car il faut lire, lire, relire, cracher, tordre, déformer, recracher, vomir, re-vomir, détester tous ces mots. Les haïr, les exécrer, les conspuer, les mépriser et les honnir. Si, si !...au moins…Cette pièce tant aimé, tant désirée, devient notre pire ennemie. Pire, notre bourreau même, et notre calvaire enfin.




Je vous souhaite ce chemin de croix. Sans lui, pas d’ascension.

Richard

Mardi 30 août



Il y a le fond et la forme. C’est vrai.


Certains disent qu’ils sont liés. Sans doute…


   A l'heure du livre numérique et de l'e-book au format pdf, et alors que je me plonge dans le monde virtuel grâce à ce blog, je ressors, et j’y prends plaisir, des vieilles pièces déconfites. Du moins en apparence…


Beaucoup sont délicieuses pourtant. Les pliures, les salissures me rappellent qu’elles ont vécu. Le contexte dans lequel elles ont servi n’est plus toujours très clair il faut l’avouer, mais quelque chose resurgit.


Des notes dans les coins à certains endroits, des textes à moitié photocopiés, déchirés, des traits, des ratures (pourquoi l’auteur a écrit ça ? Comment peut-on assumer ces phrases en scène ?…oh bah on va couper, il me remerciera plus tard, l’auteur…non mais des fois, ils écrivent des trucs, faut voir…). Des photocopies, on dirait des polycopiés…
Et surtout des vieux textes qui n’existent plus, forcément. Ce sont les plus bousillés qu’on ne retrouve plus édités, évidemment. C’est tout d’un coup celle-là qu’on préfère parce qu’elle n’est pas complète alors qu’on a tout Racine dans la bibliothèque, mais non, celle-là on l’a relue à moitié à genou sur le carrelage, en en cherchant une autre d’ailleurs, donc il nous la faut. Question de santé mentale, de respect de son autobiographie, ou un truc dans le genre…


On reconnaît son écriture, alors on s’imagine ce qui a pu se passer, on se fait un film. Un coup de tendresse pour tous ces gestes, toutes ces situations vécues avec plein d’énergie, sans se poser de question.


Et puis l’odeur. Très variable. Ça dépend surtout entre quoi et quoi elle était prisonnière. La pauvre. Ça va du renfermé à l’indéfinissable, mais c’est pas du neuf c’est sûr…
La vieille pièce pourrie aurait même une aura surnaturelle. Comme si on allait redécouvrir une carte au trésor sur un vieux parchemin. C’est un peu ça. Les dix commandements. Ou juste une madeleine…


Les petits mystères que renferment ces bouts de pièces, sont précieux : ils nous font rêver cinq minutes. Et ça, le numérique n'est pas prêt de le proposer !


Alors oui, le fond et la forme dépendent l’un de l’autre, ces débris ont un charme et un intérêt qu’une belle édition de ce texte un peu médiocre n’aurait pas. Et puis des bouts, ça renvoie à d’autres bouts, à cet auteur auquel je pense en relisant ces quelques lignes, à cette autre pièce dont je ne retrouve plus le nom, joué par tu sais qui, à une date très précise que j’ai oubliée…


Bref, ces papelards de chiffonniers m’ont redonné l’envie de lire et découvrir de nouvelles pièces.


Je vous souhaite de trouver des motivations comme celles-là pour cultiver l’envie de lire ou  relire du théâtre, sans grande valeur a priori, mais si précieuses finalement. C’est peut-être un peu toute notre histoire. On s’acharne à vouloir faire de grandes choses qui nous traumatisent, alors qu’on se réalise sans effort dans des petites qui ne valent pas un clou.


Nous proposons des bouts de textes sur le blog, pêle-mêle, en vrac, selon ces élans dont je viens de parler. Nous continuerons. Une espèce de friche (dans l’onglet Belles Paroles) d’où fleurira peut-être une envie soudaine de quelque chose, je vous le souhaite. Désolé pour l’odeur, elle n’y est pas, désolé pour les pages cornées, html ne sait pas faire, php non plus…mais que fait Steve Jobs ?

Richard


Lundi 22 août 2011




   Le théâtre c’est la vie. La mienne, celle des autres. Notre vie en fait. Et tout de suite, pas dans dix ans ou même seulement trois heures. L’instant présent. D’autant plus que ce que je vois, en tant que spectateur, sur scène, ne se reproduira pas. Le théâtre, c’est éphémère…c’est pareil mais différent à chaque fois. A chaque nouvelle représentation, la vie s’invite…donc la surprise et la nouveauté aussi…


   Plus que cela…le théâtre pose cette simple question : Qu’est-ce que nous avons en commun, vous et moi ? Qu’est-ce que nous avons en commun, moi et un assassin ? Qu’est-ce que nous avons en commun, moi et un idiot ? Moi et le plus beau des amoureux, moi et un super héros ?


«  Pour moi, une sortie au théâtre est un miracle, encore maintenant je n’arrive pas à banaliser cet acte. Lorsque je vais au théâtre en spectateur, j’ai le trac, je sens mon cœur battre, je vérifie quinze fois si mon portable est bien éteint, je n’ai pas envie de bouger ni de parler avant que le rideau ne se lève, je me fous de savoir si l’actrice qui s’assoit à côté de moi fait plus ou moins son âge, de dire bonjour à tel ou tel metteur en scène. Au théâtre, je deviens égoïste, je renierais mes amis, comme dit Pierre Perret, je ne supporte pas que l’on me dérange dans mes rêveries d’avant-rideau et même dans mon emmerdement d’après, et je pardonne d’autant moins de me faire suer que je me tiens prêt à l’absolu, à l’émerveillement, au ravitaillement en vol, à la remise en cause, aux larmes, à la révolte, aux rires sous lesquels on s’écroule, prêt aussi aux questions qu’on se pose jusqu’à la mort…

   Aussi, d’imaginer que des gens, sortant de leur travail, s’organisent pour les courses, vont chercher les mômes, réservent une baby-sitter, se refont une beauté pour arriver presqu’à l’heure devant un guichet de réservations afin de retirer leurs places exigües et très chères, moi, ça me bouleverse ! »


Le théâtre, c’est un lieu sacré. Je crois. D’ailleurs, je dis « je crois ». Marrant.


   Un jour, je me suis fait la remarque car je me disais : « Putain, si il faut flipper comme ça toute sa vie à chaque fois qu’on joue, je ferai mieux de changer de voie… »
Et c’est ce que j’ai fait, j’ai changé de voie. Refus d’obstacle. Mais j’ai compris un truc. Peu importe la scène, peu importe le lieu, peu importe le partenaire, mon âme s’invite lorsque je monte sur scène. En tout cas, j’espère qu’elle va s’inviter, sinon, ça va être mauvais. C’est pour cela qu’on flippe je crois : « Va-t-elle bien vouloir venir ce soir ? » Sans elle, pas de grâce, pas de finesse. Il faut compenser à l’énergie, à l’effort. Il faut lui laisser la place. Et on se retrouve alors à faire des trucs malgré soi et c’est cool.


«   Depuis ma première fois, mon dépucelage à douze ans pour un montage de scènes autour de Molière devant les parents d’élèves, les filles qu’on aime, et les profs de collège Edouard-Branly, tous, sagement assis sur nos tables de cantine en position spectacle, je n’ai jamais cessé d’avoir peur. Toujours. Pas une fois je ne suis entré en scène sans ressentir un pincement. Pour cette première fois-là, je voulais me casser une jambe ou un bras. Seule l’idée d’une douleur atroce me retint de passer à l’acte, et aujourd’hui encore une sorte de fatalité me pousse à devancer l’appel, à accélérer le processus : levez le torchon ! Allons-y…Une sorte de courage dans la peur, mais la réciproque n’est pas vraie, car il s’agit bien de peur avant tout. Jouer la comédie c’est accepter toute sa vie de « faire » avec sa peur, d’apprendre à la connaître et, comme dans ces livres chiants de sagesse orientale, mais qui ne disent pas que des conneries malgré tout, la détourner pour en faire une alliée, une sorte de baromètre pour se connaître ou tenter au moins de le faire.

   Chaque manifestation de la peur devient une étape avant la représentation, et chacune de ces étapes, vécue et acceptée, m’amène derrière le rideau, à écouter le vacarme amorti d’une salle qui se remplit et reconnaître qu’on en a envie…»

  
   Il faut lâcher prise, abandonner son égo, son petit soi. C’est à la fois flippant, et jouissif. Flippant avant, jouissif pendant. Après, il faut voir, c’est même parfois paradoxal car lorsque le public applaudit fort mais qu’on se retrouve seul après, ce n’est pas toujours transcendant…


   Notre petit moi sait, confusément, qu’il faut qu’il accepte de laisser les clés le temps de la représentation. Et ça, ce n’est pas une mince affaire. Abandonner le contrôle à quelque chose d’autre qu’on croit ne pas être soi, ce n’est ni rassurant (que va faire le locataire et dans quel état va-t-il rendre l’appart ?), ni rationnel, ni reposant. « Je veux garder le contrôle » dit le cerveau. « J’ai besoin de la place » répond l’âme. Le rationnel lutte, et il est très fort. L’âme, elle, demande, mais n’exige rien. Elle n’a aucun argument et n’en veut pas. Elle n’a aucune défense et n’en veut pas. Parfois, elle se plaint, elle n’a pas honte, elle n’a pas d’orgueil, elle supplie même je crois ; si je n’avais pas la tête si froide et le cœur aussi sec parfois, je l’entendrais. Elle s’agenouille, et attend le bon vouloir.


   L’âme ne s’approprie rien. Il n’y a de possession que dans les petites têtes bien pensantes, bien réfléchissantes. L’âme est comme l’indien qui se soumet à la loi des hommes blancs. Il ne comprend pas qu’on puisse s’approprier la terre mais ne se battra pas pour l’avoir. Elle n’est pas de cette trempe là. Elle respecte, elle. Le cerveau avec sa pensée ne respecte rien. Il se donne des bonnes raisons de rester le maître, il s’économise, il calcule, il planifie, il argumente. Il est malheureusement cohérent. Qui a dit que la vie était cohérente ? Qu’elle devait l’être ? Si la vie était cohérente, elle se suiciderait, mais, Dieu merci, elle est folle à lier et, donc, nous sommes là !


   Pour que l’âme vienne, il faut abandonner les petits calculs. Il faut qu’elle se sente bien, comme une invitée, mais sans obligation. Sans forcer. Vous savez, quand vous allez chez quelqu’un qui vous a invité et qui insiste beaucoup pour vous mettre à l’aise, cela devient gênant. Il faut reprendre du rôti, il faut se sentir à l’aise… « Je tiens vraiment à ce que tu te sentes comme chez toi… ». Dans ce cas, si vous ne vous sentez pas comme chez vous, vous vous sentez mal car vous sentez bien qu’il faudrait vous sentir comme chez vous, sinon, l’autre va se sentir mal alors qu’il fait pleins d’effort, et, dans le coup, vous vous sentez mal parce que vous faites pleins d’efforts aussi pour vous sentir bien. Vous me suivez ? Comment se sentir bien sur commande ? On se sent bien naturellement, ou on se sent mal. Mais comment faire semblant de se sentir bien ? En jouant un rôle ? Comme un comédien ? Bah non, justement…s’il y en a qui ne savent pas jouer, ce sont bien les comédiens. Paradoxal, me direz-vous. Et pourtant, tellement vrai.


"Une pièce de théâtre doit être le lieu où le monde visible et le monde invisible se touchent et se heurtent."
Arthur Adamov Extrait de Ici et maintenant



   Donc, notre âme est très peureuse, fragile. Elle fuit au moindre coup fourré. Elle fuit au moindre malaise. Et alors, dans ce cas, que faire ? On est venu jouer pourtant…Le public est là. Si l’âme fuit c’est que les répétitions ne l’ont pas rassurée. Et là, les raisons sont nombreuses : pièce médiocre, metteur en scène psychopathe (se sent obligé de vous traumatiser ou de vous tyranniser pour que vous donniez le meilleur de vous), les deux…


…mais surtout, essentiellement, c’est que le petit chemin personnel du comédien n’a pas eu lieu. Avant de critiquer le monde et se plaindre de la fatalité, le comédien doit souvent balayer devant sa porte. A-t-il bien lu et relu ses prières ? Le texte est-il dans la chair, dans les chairs ?

 


   Car alors, l’âme peut s’en emparer, les conditions sont réunies. La scène alors peut paraitre trop petite, le  partenaire mauvais, les conditions déplorables et le public mauvais, rien n’y fera, la vie apparaitra malgré tout, malgré le comédien. Elle sera forte et cruelle, belle et sauvage, impitoyable ou magnifique, bref bouleversante et laissera une trace indélébile quelque part dans le corps du spectateur. Au moins dans le cœur, au mieux dans le ventre, au pire dans la tête.


Alors oui, sans réfléchir, je vous dis qu’on se fout de Molière, de Shakespeare, je ne leur dois rien !


   Les classiques nous bloquent parce que tout le monde les trouve géniaux et incontournables, donc, si on ne les trouve pas au moins aussi géniaux, on se dit qu’on est con.


   C’est la tête qui dit ça, pas le corps qui ne les comprend pas. Avec ça, on ne joue pas, on annone, on cabotine, on force le trait, on se bat, mais on ne joue pas, on se meurt et on se trahit.


   Mais, si moi, je vis vraiment sur scène sans eux, c’est mieux que d’être mort avec eux, non ? Le théâtre c’est la vie. Alors avec ou sans eux, qu’importe.


   Et puis, un jour, on les rencontre vraiment. Et ce jour, on ne veut plus monter sur scène si on ne les joue pas. Pourquoi ? Parce qu’ils sont géniaux ? Oh, je n’en sais rien, …j’entends mon cerveau qui dit « Évidemment, ça ne se discute même pas…t’es devenu bête ou quoi ??... », et puis, j’essaie d’écouter mon cœur serré, mon ventre, mon âme peut-être, qui ne disent rien mais me font comprendre à corps et à cris ceci :
« Arrête de te prostituer, de te faire du mal, ne vois-tu pas que cela, et cela seul, te nourrit ? »

 Richard


Mercredi 17 août




   Dans un article  précédent, « Pourquoi lire du théâtre », nous avons vu qu’une des options, la meilleure peut-être, était de lire du théâtre pour soi, en se projetant dans les scènes, dans le rôle. En imaginant. Égoïstement.


   Dans cet article, le but est plutôt de se donner des clés, des astuces, pour avancer dans ce sens : comment s’attaquer à une pièce, et créer les conditions pour avoir une chance de la trouver passionnante ? Comment amorcer ce travail indispensable de l’imaginaire ? Voilà l’ambition du jour ! Bref, comment s’éclater en lisant du théâtre ?


Dis comme ça, c’est mieux, non ?


   Je ne vous cacherai pas qu’un petit effort est nécessaire au début. Mais après, ça roule !


   Il y a en fait trois points clé :

I/   LIRE UNE BONNE PIÈCE, DONC SAVOIR LA CHOISIR
II/   COMPRENDRE COMMENT SONT CONSTRUITES LES PIÈCES DE THÉÂTRE
III/   SE FAIRE SON « STORYBOARD » : UN EXEMPLE ?

C’est parti !!!

I/ LIRE UNE BONNE PIÈCE, DONC SAVOIR LA CHOISIR

   Chaud, chaud, chaud, comme disent les jeunes… « En effet, les goûts et les couleurs me direz-vous, ça ne se discute pas ». « En effet… », vous répondrais-je alors…


Que faire ?


   Il Teatro vous propose des extraits, des critiques, des vidéos. De plus, vous pouvez nous demander un genre, un style, un type d’auteur, et on se fera un plaisir d’essayer de vous répondre. Si nous n’avons pas la réponse de suite, nous chercherons, et nous trouverons : Brigitte est un puits de science en la matière vu le nombre de pièces qu’elle a lues dans sa vie, et qu’elle relit, qu’elle découvre encore.

 
 Si vous participez aux cours donnés dans le cadre de l’atelier, nous vous conseillerons évidemment.


   Il y a aussi la solution des fainéants : choisir dans les grands classiques. Sauf que souvent, en termes de motivation, dur, dur ! C’est une fausse bonne idée, bien pensante et politiquement correcte, ou … « éducationnationalement » correcte, mais c’est une mauvaise idée. Si je vous dis « Lis Musset », « Lis Sénèque », « Lis Molière », …quelle utilité ? Tout le monde peut vous le dire, vous-même vous pouvez vous les conseiller et ça ne donne pas vraiment envie me semble-t-il.


   Concernant l’imaginaire, je crois que ces pièces sont a priori plus difficiles d’emblée, car, souvent le style rebute, les expressions sont anciennes ou la langue soutenue. Donc, se plonger dans leur univers n’est pas simple. Par contre, vous êtes à peu près sûr de lire du bon, du « vrai » théâtre, du théâtre qui vaut la peine.


Je me « mouille » un peu, je vous donne des tendances, des styles, afin que vous puissiez vous situer un peu, et, j’espère, surtout, vous donner envie.


Si vous ne lisez pas, voire jamais, de théâtre, alors, voici quelques pistes.

  
   Tout d’abord, je pense qu’il vous faut trouver une ENTRÉE. Une entrée dans un univers théâtrale qui vous botte, qui vous branche. Un auteur qui vous touche. Un style ou un genre qui vous emmène. Il y en a tant, qu’il y en a pour tous. Et dans tous ces genres, tous ces styles ou auteurs, il y a du bon, du mauvais. Mais, il n’y a pas un genre, style ou auteur à rejeter a priori. En clair, une entrée passionnante vous attend quelque part dans les rayons d’une bibliothèque, ou d’une librairie. Rassurant, non ? Génial même...


Une pièce de théâtre d’enfer repose paisiblement quelque part sur la Terre et elle va mettre le feu à votre imaginaire. Vous rendre accro. Cette pièce existe. Si, si !


   C’est vrai en musique, c’est vrai pour la nourriture, c’est vrai pour la peinture, la sculpture, la littérature et donc, le théâtre aussi. Les classiques peuvent être un entrée possible, mais, encore une fois, si vous ne lisez pas de théâtre, c’est que soit vous avez essayé ça ne vous a pas plu, soit l’idée vous rebute d’emblée. DONC, ce n’est pas une entrée pour vous, dans tous les cas. Pour le moment…


   Cela viendra peut-être plus tard, ce n’est pas grave. Les classiques ont passé les siècles, ils vous attendront patiemment encore quelques temps. Vous verrez que vous y viendrez un jour, mais il ne faut rien forcer, juste trouver son entrée à soi. Puis, de fil en aiguille, vous enrichirez, élargirez vos goûts. Et si, finalement, vous ne les lisez pas, les auteurs n’en mourront pas, ils le sont déjà !


Alooors, cette fameuse « entrée » ?


  Tant pis je vous donne la mienne. Je me mouille quoi. Pour moi, c’est dans le théâtre contemporain qu’il faut chercher. Au début, j’ai bien lu quelques classiques pour jouer dans mes premiers ateliers, mais le choc ne s’est pas produit là.


   Mon premier choc : Xavier Durringer avec la pièce Bal-trap. Scotché. On peut écrire ça ? Soufflé.
Ensuite, toutes ses autres pièces évidemment…normal, j’avais trouvé une entrée ! Mon entrée.
(Vous retrouverez un long extrait dans l’onglet Belles Paroles nom de une envie de tuer sur le bout de la langue.)


   A peu près au même moment, Ionesco m’a secoué (La cantatrice chauve : J’adore les absurdités). Puis Éric-Emmanuel Schmitt (le Visiteur : Dieu, paix à son âme, rencontre Freud, cool, non ? Je ne l’ai pas lu, je l’ai dévoré). Il aurait même un peu changé ma vie cet homme là, au sens strict du terme. Puis, je ne sais plus dans quel ordre et on s’en fiche un peu,  ce fut Yasmina Reza (Art : GÉNIAL, brillant, tellement nous d’une façon ou d’une autre…) Koltès (Quai ouest, Tabataba), Cormann (Diktat : Fort, très fort, c’est tendu comme disent les jeunes…), Guitry (Faisons un rêve : Quelle classe !), Cocteau (La voix humaine : un pieux dans le cœur), Courteline (Les Boulingrin : moi, ça m’amuse terriblement), Labiche dans la foulée, puis plus tard, Molière, Shakespeare (mais à petite dose), Racine (le choc ! Iphigénie notamment), Musset (Lorenzaccio : mon héros ! C’est Zorro en fait),  Thomas Vinterberg (Festen : frisson dans les chaumières…), Camus (Caligula : une révélation pour moi. La raison pure est tyrannie : pour un matheux de base, ça secoue. Rage Against the machine, vous connaissez ? C’est ça…), Claudel (Le partage de midi : déchirer son âme, c’est à peu près ça), Grumberg (L’atelier bien sûr, mais surtout, Amorphe d’Ottenburg : Rage Against The Machine, le retour !), Sartre (Huis clos : L’enfer c’est les autres bien sûr…) Guy Foissy, Brecht, Beckett (En attendant Godot) Strindberg (Mademoiselle Julie), Tennessee Williams, Arthur Miller, Victor Hugo (Ruy Blas), Oscar Wilde ( Un mari idéal. Brillant, jouissif, que d’esprit !), Tchekhov (Ce fou de platonov : Je suis libre !), Ibsen (La maison de poupée) etc…Ensuite, lorsqu’on est pris par un auteur, c’est la boulimie, en tout cas pour moi. J’achète l’intégral et c’est parti.


   Alors cette liste à la Prévert, n’est pas là pour montrer mon goût en matière de théâtre, mais vous proposer des pistes, des accroches, des entrées. Je vous montre mon parcours à peu près, en matière de lecture, mais je n’ai rien vraiment cherché, j’ai trouvé puis tout s’est déroulé, enchaîné. Parfois, il y a des pauses, rien à se mettre sous la dent de bien excitant, puis, parfois, ça repart.


   C’est lapidaire mais après tout pourquoi pas, voici une sorte de classement NON EXHAUSTIF de ce que j’ai lu. Si ça peut vous motiver… vous éclairer, vous aider à trouver une entrée, j’en serais très heureux. Profitez-en, je sens la censure, et le scandale arriver, dépêchez-vous de vite finir de lire l’article, sinon, je pense qu’il va disparaître.
L’éducation nationale va me brûler sur un bûcher, quant à ma metteur en scène préférée, elle va m’arracher les yeux…Ce que je fais devant vous est une hérésie, mais vous connaissez mon penchant pour Rage Against the Machine…enfin, le théâtre, c’est la subversion, alors, je suis heureux de rejoindre le camp des hérétiques !!!

Dans le genre jeune, percutant, qui bouscule le bourgeois : Koltès, Cormann, Reza (pas tout..), Schmitt, Durringer, …

Dans la famille absurde, et/ou, philosophie, et/ou, on comprend pas tout mais c’est bien quand même : Ionesco, Beckett, Grimberg, Brecht, Guy Foissy, Obaldia, Sartre, …

Dans la famille « Voici à quoi ressemble l’humanité, donc, vous en fait, donc y’ faudrait voir à changer… » : Tchekhov, Molière, Camus, Ibsen, Strindberg, Tennessee Williams, Hugo, Vinterberg (Festen),  …

Dans le genre « brillant, mais je vous rate pas pour autant » : Guitry, Oscar Wilde, …

Dans le genre a priori chiant, mais en fait ça tape fort : Racine, Musset, Shakespeare, Claudel, …
Dans le genre rigolo : Labiche, Courteline, Feydeau, …

Dans le genre jeu de l’amour : Marivaux, Goldoni, …

Dans le genre antique : Sénèque, Aristophane, Euripide, …


Dans le genre que vous aimez… ???


   A vous de trouver, bien sûr. J’espère que mes petites lectures vous ont donné des pistes, des envies d’essayer des choses. J’espère qu’en risquant ma vie à faire ce pathétique classement, cela vous éclairera un peu.


   Quelques soient les pièces que vous lirez, que vous aimerez, elles auront, de toute façon, un point commun : la construction.



II/ COMPRENDRE COMMENT SONT CONSTRUITES LES PIECES DE THEATRE


   Très simple, en trois phases :


PHASE I : L’exposition. Le lecteur découvre les personnages, leur caractère, les lieux, l’ambiance, ET, l’ENJEU de la pièce. (L’intrigue ?)

PHASE II : Le développement. Des évènements se produisent qui viennent nourrir et faire évoluer la situation, si possible de façon de plus en plus prenante, dramatique, comique, bref, la tension monte jusqu’au paroxysme, …

PHASE III : …appelé le dénouement. La conclusion et la résolution de l’affaire, ou la morale de l’histoire, selon le genre choisi (Tragique, dramatique, comique, policier…)


   Pour se donner une chance d’apprécier la lecture d’une pièce, il vous faudra un peu de patience et de persévérance lors de la phase I : en effet, les choses s’installent, c’est un peu pénible, il faut repérer qui est qui, qui fait quoi. N’hésitez pas à revenir à la première page de temps à autre (les personnages y sont listés et définis) lors de ce début de lecture, afin de bien repérer les noms, éventuellement leurs relations de parenté, d’amitié…. S’il y a un effort à fournir, c’est à ce moment là, c’est vrai.


   Je vous le disais en début d’article, c’est donc la phase I qui exigera de vous de la concentration, un investissement, mais, c’est pour la bonne cause. N’abandonnez pas trop tôt, une belle récompense est au bout. En effet, si vous avez choisi une bonne pièce, (voir paragraphe ci-dessus) passé cette phase, c’est du gâteau. La phase II vous rend accro, et la III vous achève !


Si malgré ces premières précautions (trouver un bon auteur qui vous plait), et ce petit effort au début (se concentrer lors de la phase I), vous avez encore des soucis pour terminer vos lectures théâtrales, je vous propose une astuce et un exemple pour développer l’imaginaire.


III/ SE FAIRE SON « STORYBOARD » : UN EXEMPLE ?


   J’ai choisi pour vous Un mari idéal d’Oscar Wilde. Vous savez, il est dans la catégorie « Brillant ». Pour le coup, je pense qu’on ne m’en fera pas le reproche. Je vous laisse cependant seul juge si vous n’en avez jamais lu.


   Alors « faire son storyboard », ça veut dire quoi ? Dessiner des images comme au cinéma ?
Je vous rassure, non ! C’est juste s’autoriser à se faire un film, à se faire son trip comme on dit aujourd’hui. C’est un clin d’œil au cinéma. Mais tout cela, dans votre tête. Il faut juste s’autoriser à imaginer ce qui se passe, et, surtout, et c’est à mon avis le plus passionnant, c’est se demander ce qui motive les personnages à dire, et faire ce qu’ils font. C’est tout. Mais c’est « énooorme », comme dirait Luchini. Et, c’est déjà faire œuvre de comédien.


   Donc, non seulement le plaisir de lire va augmenter en divaguant ainsi, mais, de plus, vous commencez à mettre en scène la pièce dans votre tête, et faites le premier travail du comédien (après le choix de la pièce bien sûr, mais ça, ce n’est pas toujours de son fait). Donc, pour ceux qui souhaitent se mettre à jouer, ou ceux qui veulent approfondir leur pratique, ce fonctionnement, s’il ne vous vient pas naturellement, doit se mettre en place.


Je vous laisse lire cet extrait, ensuite, je vous le situe et vous donne deux ou trois clés contextuelles et surtout, qui concernent les motivations des personnages.
Ensuite, vous la relisez…et vous m’en direz des nouvelles…

Exemple : Acte II
(Extrait)

...
Lord Goring
Oh, pourquoi faut-il que les parents arrivent toujours au mauvais moment ? Sans doute, j'imagine, une invraisemblable erreur de la nature.(Entre Lord Caversham) Ravi de vous voir, mon cher Père.

Lord Caversham
Enlevez-moi ma cape.

Lord Goring
Est-ce vraiment indispensable, père ?

Lord Caversham
Bien sûr, monsieur, que c'est indispensable. Quel est le fauteuil le plus confortable ?

Lord Goring
Celui-ci, père. C'est celui que je prends quand j'ai de la visite.

Lord Caversham
Merci. J'espère au moins qu'il n'y a pas de courants d'air dans cette pièce ?

Lord Goring
Non, père.

Lord Caversham, s'asseyant
Ravi de vous l'entendre dire. Je ne peux pas supporter les courants d'air. Pas de courants d'air chez moi.      

Lord Goring
Plutôt de l'orage dans l'air.

Lord Caversham
 Quoi ? Comment ? Je ne comprends pas de quoi vous parlez. Monsieur, je veux avoir avec vous une conversation sérieuse.

Lord Goring
Mon cher père ! A une heure pareille ?

Lord Caversham
Ma foi, monsieur, il n'est guère que dix heures. Qu'avez-vous à redire à cette heure ? Moi, je trouve que c'est une heure admirable !

Lord Goring
Eh bien franchement, père, ce n'est pas mon jour pour avoir une conversation sérieuse. Je suis vraiment navré, mais ce n'est pas mon jour.

Lord Caversham
Que voulez-vous dire, monsieur ?  

Lord Goring
Pendant la saison, père, je ne parle sérieusement que le premier mardi du mois, de quatre à sept.

Lord Caversham
Eh bien, monsieur, disons que nous sommes mardi, oui, disons que nous sommes mardi.

Lord Goring
Mais il est plus tard que sept heurs, père, et mon médecin me recommande de ne pas avoir de conversation sérieuse après sept heures. Sinon, je parle en dormant.

Lord Caversham
Vous parlez en dormant, monsieur ?
Mais quelle importance ? Vous n'êtes pas marié.

Lord Goring
Non, père, je ne suis pas marié.

Lord Caversham
Hum ! C'est la raison pour laquelle je suis venu vous parler, monsieur. Il faut vous marier, et tout de suite. Voyons, quand j'avais votre âge, monsieur, cela faisait trois mois que j'étais un veuf inconsolable, et, déjà je faisais la cour à votre admirable mère. Bon sang, monsieur, il est de votre devoir de vous marier. Vous ne pouvez pas toujours vivre pour le plaisir. De nos jours, tous les hommes de condition élevée sont mariés. Les célibataires ne sont plus à la mode. Ce sont des denrées périmées. On en sait trop sur eux. Il faut vous trouver une femme, monsieur. Voyez plutôt jusqu'où est parvenu votre ami Robert Chiltern à force de probité et de travail acharné, et grâce à son mariage sensé avec une femme vertueuse. Pourquoi, monsieur, ne l'imitez-vous pas ? Pourquoi ne le prenez-vous pas comme modèle ?

Lord Goring
Père, je crois que c'est ce que je vais faire.

Lord Caversham
J'espère bien, monsieur. J'en serais alors très heureux. Pour l'instant, à cause de vous, je rends votre mère très malheureuse. Vous êtes sans coeur, monsieur, vraiment sans coeur.

Lord Goring
J'espère que non, père.

Lord Caversham
Et il est grand temps de vous marier. Vous avez trente-quatre ans, monsieur.

Lord Goring
Oui, père, mais je n'en avoue que trente-deux, et trente et demi quand j'ai vraiment une jolie fleur à la boutonnière. Celle-ci est trop...sérieuse.

Lord Caversham
Je vous dis que vous avez trente-quatre ans, monsieur. De plus, il y a un courant d'air dans la pièce, ce qui aggrave votre cas. Pourquoi, monsieur, m'avez-vous dit qu'il n'y avait pas de courant d'air ? Moi, je sens un courant d'air, je le sens distinctement.

Lord Goring
Moi aussi, père. C'est un courant d'air abominable. Je viendrai vous voir demain, père. Nous pourrons parler de tout ce que vous voulez. Permettez-moi, père, de vous aider à passer votre cape.

Lord Caversham
Non, monsieur. Je suis venu ce soir pour une raison précise, et je vais aller au bout des choses, quoiqu'il en coûte à ma santé ou à la vôtre. Reposez ma cape, monsieur. 

Lord Goring
Bien entendu, père. Mais allons plutôt dans une autre pièce.(Il sonne.) Il y a ici un courant d'air abominable.(Entre Phipps.) Phipps, Y a-t-il un bon feu dans le fumoir ?

Phipps
Oui, Milord.   

Lord Goring
Entrez donc, père. Vous éternuez à fendre l'âme.

Lord Caversham
Voyons, monsieur. Je pense avoir le droit d'éternuer quand je veux, non ?

Lord Goring, sur un ton d'excuse
Bien entendu, père. Je me bornais à exprimer ma compassion.

Lord Caversham
Oh, au diable la compassion ! Il y en a beaucoup trop de nos jours.

Lord Goring
Je suis tout à fait de votre avis, père. S'il y avait moins de compassion dans le monde, tout, dans le monde, serait bien plus simple.

Lord Caversham, se dirigeant vers le fumoir
C'est un paradoxe, monsieur. J'ai horreur des paradoxes.

Lord Goring
Moi aussi, père. De nos jours, la moindre personne que l'on croise est un paradoxe. C'est affreusement ennuyeux. Cela rend la société si transparente.

Lord Caversham, se tournant et regardant son fils par-dessous ses sourcils broussailleux
Comprenez-vous toujours vraiment ce que vous dites, monsieur ?     

Lord Goring, après une légère hésitation
Oui, père, si j'écoute attentivement.

Lord Caversham, indigné
Si vous écoutez attentivement ! Espèce de petit freluquet prétentieux !
 Il s'éloigne en grommelant et entre dans le fumoir.
...


   Bien. Vous l’avez lue ? Comprise ? Bon, rien a priori d’ébouriffant, c’est ça ? Alors vous êtes bien au bon endroit…Je vous donne deux ou trois pistes, et on y retourne, enfin, vous y retournez…moi, si je la lis encore, je vais vouloir la jouer…l’apprendre…


   Primo, vous l’avez compris je pense, Lord Goring reçoit son père : Lord Caversham. Ce n’est pas une révélation je sais.


Question : Que veulent-ils l’un et l’autre ?


   Lord Goring a, en fait, une affaire super urgente et très importante à régler (c’est dans la pièce, je ne l’invente pas, mais pas dans l’extrait, donc je vous éclaire). D’où sa première réplique « Oh, pourquoi faut-il que les parents arrivent toujours au mauvais moment ? ». En clair, Lord Goring veut à tout prix se débarrasser de son père, au plus vite. Qui plus est, il ne tient pas à ce que son père connaisse le sujet de cet autre rendez-vous. SEULEMENT, c’est son père et il lui doit tout le respect qu’un noble est censé avoir à l’égard de ses parents. Donc, l’objectif s’affine : « IL FAUT METTRE PAPA DEHORS, GENTIMENT, MAIS SUREMENT ET VITE FAIT ».


   Lord Caversham, lui, a décidé, vous l’aurez compris, de marier son fils, et donc de convaincre ce dernier d’entamer des démarches pour cela. Sa femme lui met la pression, il doit s’assurer, ce soir et pas dans dix ans, que son fils aura bien reçu le message. Il sait son fils intelligent, quoiqu’il se demande souvent si son savoir paraître est réellement cultivé et maitrisé, ou si c’est naturel, ou si c’est un masque qui cache des capacités médiocres. Bref, il connaît assez mal son fils, mais croit cependant le connaître suffisamment pour le coincer. Il craint un peu qu’il se débine en manœuvrant par maladresse, ou par intelligence, il ne sait pas trop, mais s’en fiche finalement. Il ne veut pas le rater et veut l’obliger à lui promettre de se marier.
Objectif du père : « MON FILS DOIT ME JURER SUR SA VIE, CE SOIR MEME, QU’IL VA SE MARIER SINON JE NE PARS PAS. C’EST UN MALIN, MAIS IL NE M’AURA PAS. »

  
   Que constate-t-on ? Les objectifs sont antagonistes et très forts. C’est ainsi que l’on crée de la théâtralité. C’est un grand mot, mais c’est comme cela que l’on exprime une situation propre à nourrir le développement de la pièce, à savoir, la phase II (Vous vous rappelez ?). Effectivement, l’exposition est passée, nous sommes dans l’acte II, et donc aussi dans la phase II. Les choses se compliquent, les situations se tendent, des obstacles viennent s’ajouter aux obstacles…la tension monte.


A vous !


   Relisez simplement cet extrait en ayant à l’esprit les seuls objectifs que je vous ai soulignés. Quand vous lisez Lord Goring, pensez à son objectif, quand vous lisez Lord Caversham, pensez au sien, c’est tout. Allez-y tout de suite, tant que les objectifs sont frais dans votre tête : relisez-les plusieurs fois si besoin pour qu’ils soient omniprésents lors de votre lecture.


CONCLUSION


Les clés :


1/ Nous avons choisi une bonne pièce.

2/ Nous avons fait l’effort de connaître le contexte, les personnages et leurs rapports. En un mot : connaître la construction de l’extrait.

3/ Nous avons imaginé, de la façon la plus cohérente par rapport au texte, les motivations des personnages, en bref, le sous-texte (notre storyboard à nous).


Puis, nous l’avons relu.


Même pour un extrait, ça marche, non ?
Chaque phrase, puis chaque mot, ne prennent-ils pas des couleurs tout d’un coup ?


Richard


Jeudi 11 août 2011





   Il y a lire et lire...C'est-à-dire lire pour soi, lire pour les autres, lire pour soi à voix haute ou dans sa tête, lire pour les autres dans sa tête (eh oui, c'est possible, surtout lorsqu'on joue ...), lire pour les autres à voix haute (déjà plus courante comme lecture). Bref, plein de combinaisons possibles, et du plaisir dans chacune d'entre elles. Surtout lorsqu'on a le sentiment d'être à la fois bien compris et respectueux du texte et de l'auteur, mais sans exagérer non plus. Il ne s'agira pas de s'écouter lire pour le plaisir, mais lire pour être écouté avec plaisir !



Tout le monde suit ???



Dans cet article, nous parlerons lecture et diction, mais surtout prononciation : notamment pour les vers, mais aussi pour la prose, il est important parfois de détacher clairement certaines syllabes afin d'être bien compris ; surtout au théâtre. C'est le minimum que l'on doit au spectateur : ÊTRE ENTENDU CLAIREMENT, à défaut d'être compris... Des travaux de lecture sont parfois proposés au public, soit avant de jouer vraiment la pièce (sorte d'avant-première), soit à titre expérimental (ça plait, ça plait pas ?), soit en lecture décalée (on lit et on joue).


Je veux et j'exige d'exquises excuses !



Comment prononcer cela ? Y-a-t-il des e-muets ? Doit-on, au contraire, les prononcer ? Si oui, lesquels ? Tous ? 



A la fin de l'article, j'espère que vous pourrez, suite à cette petite leçon, lire avec délectation les vers d'Edmond Rostand de Cyrano dans l'acte II, scène 8. Ce texte est complet dans l'onglet "Extraits". Nous en utiliserons des morceaux ici à titre d'exemple. Reprenons déjà la phrase ci-dessus. Elle va illustrer la ...

Règle n°1 : tous les e suivis d'une consonne doivent être prononcés ; les e suivis d'une voyelle sont muets.


  Alors, lesquels doivent être prononcés dans cette phrase selon vous ?
TOUS, en effet. Je les souligne, et vous pouvez répéter après moi, en insistant sur les E :

Je veux et j'exigE d'exquisEs excusEs...

comment cela vous n'y arrivez pas ?... Il manque une règle, c'est pour ça !



Règle numéro 2 : plus le langage est soutenu, plus les liaisons sont systématiques. En clair, au théâtre, afin d'être compris au fond (il ne suffit pas de parler fort, mais clair aussi), les liaisons doivent être faites le plus souvent possible. A fortiori lorsqu'il s'agit de vers. Si l'on reprend notre exemple, je vous mets un tiret bas _ de liaison pour les comprendre et donc les lire, cela donne, avec les E en plus :  

Je veux_et j'exigE d'exquisEs_excusEs... 


ça va mieux non ??? Comment ça "non !" ??? Je vous z'aide ;-) :


Je veux Z'et j'exigE d'exquisEs Z'excusEs



Alors,c'est mieux là, non ? Bon, entraînez-vous, et à haute voix s'il vous plait !

Bien entendu, il existe des règles obligatoires, d'autres facultatives, en matière de liaisons. Je vous les épargne ici, et reste pratique. Au théâtre, prononcez le plus de liaisons possibles, donc, quasiment toutes. Evitez celles qui sont choquantes (le spectateur n'entend plus que cela et ne se concentre plus sur les propos du personnage) : "Pars_avec lui" ou encore 'Les vers_et la prose". On peut, mais c'est plutôt pédant, non ? A moins que le personnage joué ne soit, en effet, pédant...Dans ce cas, vous êtes pile dedans.



  Bon, ce n'est pas dur finalement. Deux règles, c'est tout. Maintenant, et pour le plaisir, je vous décrypte quelques vers de Rostand. A vous d'en conclure le reste et de le savourer pour vous, et, qui sait, pour votre entourage si vous souhaitez  l'épater !!


   
Enfin, c'est sur ce texte en vers INDISPENSABLE de le faire, sinon, les 12 syllabes (on parle aussi de "pieds", mais c'est impropre en fait), ne seront pas présentes. Or, l'auteur a calculé son coup, on doit entendre cette petite musique et respecter l'écriture. Attention cependant, notre cher Edmond "triche" un peu parfois avec la règle, mais c'était plutôt une pratique courante, on s'arrange un peu, surtout si le vers est beau et le rythme conservé, ce serait dommage d'être plus royaliste que le roi. Et ceux de Rostand sont superbes !!!
Ceci étant dit, vous noterez dans l'exemple vidéo dans l'onglet Liens et Vidéos que Gérard Depardieu n'insiste pas lourdement sur ces derniers, tout en les prononçant malgré tout. C'est du beau travail.



Les liaisons sont signalées par des tirets bas _, parfois avec des apostrophes en plus.
Les E à prononcer sont en majuscule : E
Les e muets sont retirés, et le mot arrangé phonétiquement pour aider la prononciation.

A VOUS
Cyrano 
Et que faudrait-il fair ?
Chercher_un protecteur puissant, prendr'_un patron,
Et comm'_un lierr'_obscur qui circonvient_un tronc
Et s'en fait_un tuteur_en lui léchant l'écorss,
Grimper par rus'_au lieu de s'élever par forss ?
Non, merci. Dédier, commE tous ils le font,
Des vers_aux financiers ? se changer_en bouffon
Dans l'esprit vil de voir, aux lèvrEs d'un ministr ,
Naîtr'_un sourir', enfin, qui ne soit pas sinistr ?
Non, merci. Déjeuner, chaquE jour, d'un crapaud ?
Avoir_un ventr'_usé par la march ? unE peau
Qui plus vit', à l'endroit des genoux, devient sal ?
Exécuter des tours de souplessE dorsal ?
Non merci...

Cool non ?
Vous retrouverez pour votre plus grand plaisir, le texte entier de cette scène, dans l'onglet Belles Paroles.

Richard


Vendredi 5 août 2011




 
   Lire du théâtre peut paraitre repoussant, aride. D'ailleurs, Molière le dit lui-même : "Le théâtre n'est fait que pour être vu."


   Autant le roman décrit volontiers les lieux, l'action, les sentiments, avec peu, voire pas, de dialogues, autant l'écriture théâtrale ne décrit rien mais dit tout dans les dialogues, les monologues. Quelques didascalies nous éclairent parfois sur le décor, le lieu, l'action à un instant T, l'expression ou l'humeur d'un des personnages...et c'est tout !


   Donc, dans le cas du roman, l'imaginaire est "aidé", dans l'autre (la pièce de théâtre), l'imaginaire doit tout inventer, il est indispensable. C'est à la fois une forme de contrainte rebutante, et une formidable liberté.


Alors, pourquoi lire du théâtre ?...Me direz-vous...


   Tout d'abord, et sans chercher à excuser ce type d'écriture, elle ne pourrait être autrement. En effet, au théâtre, le comédien a besoin d'être libre. Pour cela, et si le texte est bien écrit, il va chercher au delà des mots les "ressorts", les motivations ainsi que le contexte qui va pousser finalement le personnage à dire cela. Si tout est décrit, c'est peut-être un scénario de cinéma, sans doute pas une pièce de théâtre ; dans un film le comédien doit alors coller aux indications, faire et produire "gratuitement" quelque chose parce qu'elle est écrite, et pas parce qu'il a une bonne raison de le dire. Or, le jeu du comédien doit saisir les spectateurs, et passer la rampe. Ce n'est qu'en partant du fond de lui-même, de son âme imprégnée de ses raisons vitales d'exprimer ce que le personnage doit dire, que le jeu touchera les spectateurs. Les grands auteurs le savent, pour être souvent eux-mêmes de grands comédiens. 


  Au théâtre, si les objectifs, les intentions du personnage, les sentiments qu'il vit, ne sont pas très forts lorsqu'ils sont projetés vers les spectateurs, ils sont alors soit superficiels, soit paraissent faux car forcés. Le comédien doit ancrer dans sa chair l'origine des mots. Le personnage doit descendre dans le corps. Paradoxalement, les indications n'aideront pas le comédien à faire ce travail indispensable.


   De plus, le théâtre, c'est un marathon : le personnage évolue vers le dénouement. Il vit la situation en temps réel. Chaque comédien doit pouvoir faire son montage psychologique du rôle. Si la description des états psychologiques successifs est faite, comme dans un roman, elle condamne la pièce à n'être joué que par un comédien, ou oblige à rejouer la même partition comme en musique. Cela réduit les possibilités de représentations. Le théâtre en prend son parti dès le début, c'est-à-dire dès l'écriture, et ne verrouille rien. Tout est à refaire, tout peut être refait. Tant mieux.


   Et puis, le metteur en scène doit avoir aussi sa liberté, c'est ce qui garantie souvent la longévité d'une pièce, au travers des siècles parfois. Les metteurs en scène passent, les grandes pièces restent. Les pièces trop descriptives, trop datées par leur époque, ne durent pas, deviennent ringardes, démodées. Elles reflètent leur époque, mais pas le fond de l'âme humaine qui, lui, traverse les époques sans une ride. Donc, l'écriture théâtrale doit s'en tenir à l'âme humaine, et cela ne se décrit pas. 


   Pourtant, lire du théâtre peut être passionnant. 


Et, tout d'abord, dans la perspective du comédien.
   C'est un acte hautement égoïste de lire du théâtre pour moi. Rien à faire, si je ne me projette pas, si je ne me mets pas en scène dans un ou plusieurs personnages, lire du théâtre, en effet, ne m'intéresse pas !
La démarche intellectuelle qui vise à s'instruire en lisant des pièces ne me touche pas. Par contre, la perspective de la jouer, même si c'est un rôle qui ne me correspond pas, ne me correspondra jamais, est le seul moteur qui me motive dans la lecture de pièces. Même si je dois ne jamais la jouer, je la joue un peu quand même en la lisant, sinon, je suis incapable de la lire.
Corollaire de cet état de fait : lorsque je ne m'identifie à aucun personnage, que la pièce ne me permet pas de me mettre en scène au moins par moments, j'arrête de la lire, je ne parviens pas au bout.
A l'inverse, je sais qu'une pièce, parfois dès les premiers mots lus, va me bouleverser, et je ne la lis pas non plus. Car si je ne peux la jouer, la frustration sera trop forte ! Mais ces pièces sont plus rares...


"Lire une pièce, c'est la mettre en scène dans sa tête."
Christian Rist


Si donc, jouer ou apprendre à jouer vous tente, lire passionnément dans cette perspective un peu égoïste est peut-être un bon départ. Qui plus est, les relectures seront nécessaires, indispensables, pour espérer pénétrer le rôle. Ou mieux, être investi par lui. Je ne parle même pas de l'apprendre, juste l'approcher...


"Sans l'auteur, le comédien est un carcan vide, donc je reste son débiteur. C'est pourquoi je tiens au texte : c'est notre principale réalité"


  Lire du théâtre peut être passionnant si l'on parvient à ressentir les émotions des personnages, au travers de mots qui résonnent au fond de soi. Il faut souvent au début de la pièce un peu de ténacité pour repérer qui est qui, qui fait quoi, qui dépend de qui...mais le jeu en vaut souvent la chandelle. Cet effort ne dure que quelques pages ! Bien sûr cela dépend de la sensibilité de chacun et de la motivation pour cette lecture comme nous l'avons précisé juste avant (la jouer, ou juste la lire ?). Dites-vous, cela aidera peut-être, que ces textes ne sont pas de la poésie à lire au coin du feu pour accéder à la paix, mais que les mots sont des poudrières d'émotions pour les comédiens qui s'en empareront. Sinon, ils n'ont pas de raison d'être ! Sinon, cette pièce ne sert à rien. Sinon, pourquoi l'avoir écrite ? C'est bien qu'un grand moment se prépare, que quelque chose se trame, qu'un dénouement extraordinaire s'annonce...que des versants de l'âme humaine seront dévoilés aux yeux de tous.


   Bonnes lectures à tous. Des extraits, des critiques, des lectures, vous sont déjà proposés dans les différents onglets, et d'autres le seront bientôt, pour essayer de vous donner le goût, l'envie, le plaisir de lire du théâtre.

Richard

9 commentaires:

  1. Je m'en voudrais de casser le mythe de la Voix d'Or, mais ne trouvez-vous pas la voix de Sarah Barnhardt, justement, un peu nasillarde (et ce sans tenir compte de la mauvaise qualité de l'enregistrement) ?

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  2. Je trouve votre article "A-t-on le droit de détester Molière et Shakespeare, et faire du théâtre ?" très beau, si vrai, si juste ! La passion qui perce le texte est bouleversante, et fait parfaitement écho à ce que je peux ressentir.

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  3. Merci Minyu pour vos chaleureuses et sincères réactions !
    Concernant Sarah Bernhardt, sa voix est tout fait difficile à entendre pour nos oreilles du XXI ième siècle. Moi non plus, je ne saisis pas où est l'or dans sa voix...comme quoi, la valeur des choses est sujette à la mode, à l'époque...

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  4. Je voudrais vous poser une question, parce que votre article "Rien sans moi et…" est certes très intéressant, mais pour moi il y manque quelque chose : selon vous, y a-t-il des rôles qui peuvent empêcher certains acteurs de "jouer comme un dieu" ? Autrement dit, un acteur qui n'arrive pas à jouer un rôle en particulier est-il forcément un mauvais acteur (au moins à ce moment-là), ou le problème peut-il résider dans le rôle lui-même ? Je ne sais pas si je suis très claire... Comment dire les choses "telles qu’on les dirait soi" si notre personnage est à l'exact opposé de ce que l'on est ?

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  5. Bonjour Minyu !
    Merci pour ces questions, complémentaires en effet, et pertinentes surtout.
    Je ne suis pas un spécialiste théoricien. J'essaie juste de faire part de mon ressenti par rapport à mes petites expériences.
    Je vais essayer une réponse, mais je n'en n'ai pas d'absolue ni de définitive. Quant à la vérité en la matière, je me garderais bien d'en établir une. Et, de plus, comme finalement j'ai plus à dire que ce qui est autorisé pour un message classique, je vous répondrai donc, promis, dans un article qui servira de suite à celui-ci. Après tout, s'il y manque quelque chose, c'est bien l'occasion de le compléter !

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  6. Je vous remercie pour cette excellente et très détaillée réponse. Il y a vraiment tout ce que je souhaitais savoir, merci encore d'écrire de si bons articles !

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  7. Ce fut un plaisir Minyu. Merci de m'y avoir poussé !

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  8. Votre réflexion rejoint parfaitement la mienne. Mais, si jouer part "d’une envie hautement égoïste" c'est aussi un geste altruiste : un bon comédien offre de bons moments à son public, et parfois même beaucoup plus que cela, je l'ai moi-même vécu. Un bon comédien peut faire des dons énormes aux spectateurs : celui de la passion, d'abord... Et, pour moi, c'est ce qui justifie le droit d'un comédien d'en faire sa vie.

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  9. Oui, c'est un don, dans tous les sens du terme...
    En cette période de fête, je vous souhaite de donner au moins autant que vous allez recevoir, sinon plus. Le plaisir est sans doute plus fort dans la générosité que dans le fait d'avoir.
    Passez de bonnes fêtes en compagnie de vos proches. Que les Dieux du spectacle vous comblent ! Merci Minyu de partager votre passion au travers de messages toujours personnels et engagés.

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