Pièces Lues



   Cette page est dédiée à mes lectures de pièces de théâtre. Vous y trouverez peut-être l'envie de lire ou  de relire des chefs-d'oeuvre de notre patrimoine :  
 Aristhophane, Eschyle, Racine, Corneille, Molière, Shakespeare, Goldoni, Marivaux, Musset, Victor Hugo, Tolstoï, Tchekhov, Dostoïevski, Rostand, Strindberg, Ibsen, Camus, Cocteau, Beckett, Anouilh, Brecht, Pirandello, Ionesco, Camus, Montherlant, Sartre, Féderico Garcia Lorca, Oscar Wilde, Tennessee Williams.....Je cite comme ça vient ceux qui m'ont permis de découvrir, m'émerveiller de leur univers rien qu'à eux avec  leur langue, leur monde, les images, les sons, les émotions propres à leur seule écriture somptueuse.
 

   Il y a les écrivains du patrimoine, de la mémoire, et il y a les auteurs Contemporains morts ou vivants qui ont marqué nos décennies  récentes avec leur théâtre :  
Harold Pinter,Dario Fo, Sacha Guitry, Koltès,  Enzo Cormann,  Xavier Durringer, Catherine Anne,Olivier Py, Philippe Minyana, Jean-Claude Grumberg, Guy Foissy, Tardieu, Vitrac, Eric Emmanuel Schmitt,  Catherine Anne, Yasmina Reza............et des milliers d'autres, peu ou pas connus.


  Cette énumération peut vous paraître laborieuse et, bien sûr, non exhaustive. Mais ce blog a pour but les échanges et si vous souhaitez voir apparaître un auteur qui vous tient à cœur,  je serais ravie de le découvrir et de partager avec vous  vos sentiments éprouvés grâce à lui.


Quant à mon avis sur ces pièces, il est gratuit, mais défendu. Il vous inspirera peut-être des émotions, de la colère, en contradiction avec votre avis : tant mieux ! Parlons-en, passionnons-nous !


Vos impressions, vos avis, sur ces messages sont les bienvenus en dessous dans les commentaires.


Mercredi 26 mars 2013

 Wajdi Mouawad
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Lundi 18 mars 2013

 Xavier Durringer
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Lundi 26 juin 2012

 Pauline Sales
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Lundi 28 mai 2012

Brecht
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Mardi 31 janvier 2012

Bernard-Marie Koltès


Mercredi 18 janvier 2012


Roberto Zucco
Bernard -Marie Koltès

                                                     (A lire aussi, un article sur Tabataba, de Bernard-Marie Koltès)                                                                                                                         
   La Gamine. - Je t'ai cherché, Roberto, je t'ai cherché, je t'ai trahi, j'ai pleuré, pleuré, au point que je suis devenue une toute petite île au milieu de la mer et que les dernières vagues sont en train de me noyer. J'ai souffert, tellement, que ma souffrance pourrait remplir les gouffres de la terre et déborder des volcans. Je veux rester avec toi, Roberto; je veux surveiller chaque battement de ton cœur, chaque souffle de ta poitrine; l'oreille collée contre toi j'entendrai le bruit des rouages de ton corps, je surveillerai ton corps comme un mécanicien surveille sa machine. Je garderai tous tes secrets, je serai ta valise à secrets; je serai le sac où tu rangeras tes mystères. Je veillerai sur tes armes, je les protégerai de la rouille. Tu seras aussi mon agent et mon secret à moi, dans tes voyages, je serai ton bagage, ton porteur et ton amour.

    Roberto Zucco raconte l’histoire  d’un criminel. Roberto Zucco, un être sauvage, bestial, une gueule d’ange qui a le diable au corps, une bête fauve imprévisible et blessée,  un  assassin :
          "Tu es de la race de ceux qui donnent envie de pleurer rien qu’à les regarder."                                    

     Il a tué son père. Il étrangle sa mère sous nos yeux, tire sans état d’âme sur un adolescent de 14 ans sous les yeux de sa génitrice. Je la nomme ainsi parce qu’une mère aimante n’aurait pas suivi le meurtrier de son fils,   dans l’espoir de le séduire.  Il la jettera comme un vieux chiffon qui « pue ». Elle restera là avec un regret tardif sur le quai d’une gare d’où elle croyait pouvoir partir vers une autre vie avec un  bel inconnu assassin de son état.

    Il n’est pas analysable Roberto, nous ne comprenons pas ce qui le fait marcher, nous ne comprenons pas pourquoi  il tue, pourquoi son cœur est devenu un bloc dur comme de la glace. Il dit :
"Quand j’avance, je fonce, je ne vois pas les obstacles, et, comme je ne les ai pas regardés, ils tombent tout seuls  devant moi. Je suis solitaire et fort, je suis un rhinocéros……………….Il est naturel de tuer ses parents"

Une voix : Mais un enfant, Zucco ; on ne tue pas un enfant. On tue ses ennemis, on tue des gens capables de se défendre. Mais pas un enfant.

Zucco : Je n’ai pas d’ennemi et je n’attaque pas. J’écrase les autres animaux non pas par méchanceté, mais parce que je ne les ai pas vu et que j’ai posé le pied dessus.

    Au contact de Zucco, nous éprouvons le froid glacial d’une cave six pieds sous terre, il nous terrifie, il est imprévisible. A-t-il la moindre compassion vis-à-vis des autres ? Il est ce rhinocéros qui fonce sans état d’âme et qui tue sans voir les êtres qui sont sur passage. Il n’y a pas de psychologique dans ses motivations, elles se suffisent à elle-même. Il nous fait penser à l’Ankou des légendes bretonnes, personnification de la mort. Quand un homme doit mourir elle vient et le fauche, l’homme ne lui échappera pas. C’est l’heure.
Zucco ressemble à  l’Ankou, malheur à celui  ou celle qui se trouve sur son passage.

    La gamine qui s’est donnée à Roberto Zucco corps et âme, la seule qui l’aura aimé pour ce qu’il est ne nous livre pas son mystère ; elle l’emporte avec elle vers une vie misérable, elle l’attendra et il ne viendra plus.
Roberto avait ce rêve : "Regardez le soleil. Vous ne voyez –rien ? Vous ne voyez pas comme il bouge d’un côté à l’autre ?.........Regardez ce qui sort du soleil. C’est le sexe du soleil ; c’est de là que vient le vent…..C’est la source des vents…………Tournez votre visage vers l’orient et il s’y déplacera ; et si vous tournez votre visage vers l’occident, il vous suivra……"

    Roberto Zucco ne cherchait-il pas la liberté ? Sur le toit de sa prison aveuglé par le soleil il a sauté et s’est envolé pour atteindre ce  soleil éblouissant comme jamais !

Brigitte




Jeudi 12 janvier 2012


L’histoire

      Agamemnon, roi des Grecs, roi des rois, mène sa flotte contre Troie pour sauver Hélène.  Hélène, la femme de son frère, y est en effet retenue. Seulement, les dieux lui refusent les vents favorables pour rejoindre Troie. Ils veulent un sacrifice, celui de sa fille Iphigénie. Rien que cela.

Il y consent, par vanité, dans un premier temps. Puis, il revient sur sa décision pris de remords insoutenables, et essaie d’empêcher l’arrivée de sa fille qu’il avait pourtant lui-même organisée : Il lui a fait croire qu’il accepte qu’elle se marie avec Achille, dans le camp où ils sont retranchés dans l’attente de ces fameux vents. Il  l’avait appâtée ainsi. En effet, Achille et Iphigénie s’aiment. Mais son plan sera vain. Son émissaire échoue à empêcher sa venue. Résigné, il consent de nouveau à la sacrifier, poussé en cela par Ulysse et le sentiment du destin en marche...

Lorsque les intéressés s’apercevront de la supercherie, les esprits s’échauffent, les situations s’enveniment. Et, surtout, l’honneur et la fierté s’invitent.

Dans un premier temps, Iphigénie se demande ce qu’elle a bien pu faire pour mériter cela. Ce en quoi sa mère, Clytemnestre, la rejoint. Achille, bien sûr, n’en revient pas non plus, d’autant qu’Agamemnon l’a utilisé sans qu’il le sache, pour faire venir Iphigénie et la sacrifier. Il était même censé accompagner Iphigénie à l’autel de son supplice sous couvert du mariage promis ! Un comble pour lui qui, non seulement, aime follement Iphigénie, mais est un puissant guerrier, un seigneur respecté et orgueilleux. Il se sent manipulé.

Coup de théâtre cependant, l’impensable se produit : Iphigénie accepte son destin ! Contre l’avis de tous. Sa mère en tête, est prête à se sacrifier à sa place. Achille aussi, évidemment, est prêt à tout, pour la sauver.

Agamemnon, de nouveau, change son fusil d’épaule, et lui ordonne finalement de fuir. Trop tard…

Le camp militaire connaît maintenant l’enjeu et se retourne contre ce projet, aidé en cela par Eriphile, une sorte de traîtresse « bienvenue »… je vous laisse découvrir cette jeune femme qui est la clé de tout, et son implication dans l’histoire… A vous d’en lire plus pour connaître le fin mot.

Racine conclut l’affaire avec une pirouette dans les deux dernières pages !



Ma lecture

La fin peut sembler expédiée, mais Racine a bien étudié sa mythologie et cette histoire est très plausible et cohérente, mythiquement parlant. Les rapports entre les personnages sont très proches du mythe officiel. Cependant, son but n’était pas tant d’y être fidèle que de passionner les foules.

Il y parvint puisque sa pièce eut un grand succès (en 1674). Et, il est vrai que l’enjeu est de taille, et le sacrifice si absurde et révoltant qu’on souhaite connaître le dénouement de cette tragédie.

Aujourd’hui, cette pièce est très peu montée. Curieux. Sans doute le pathos de cette situation extrême y est-il pour quelque chose : L’amour qui triomphe finalement ; la fidélité aux valeurs de sa culture (représentées par la figure du père) et le sacrifice auquel elle consent, tout cela pourtant résonne fort dans notre monde. Même si l’on n’obéit plus aveuglément à son père aujourd’hui, le thème demeure d’actualité sous l’angle de la fidélité à ses origines, à son mythe personnel. Est-ce une trahison que de ne pas respecter cette autorité qu’est l’histoire de notre vie ?

Evidemment, Racine il faut s’y plonger, à cause des vers. L’histoire est assez complexe, et la langue soutenue. Donc, deux mauvais points pour encourager sa lecture. MAIS…

Je crois cependant que lire Racine, c’est accepter de découvrir une langue belle et jouissive. Certains vers et enchainement sont parfois difficiles à ne pas lire à haute voix, rien que pour savourer le plaisir de les entendre, de les dire. On a envie de les apprendre par cœur. (Pour briller en société ? Ou pour briller sur scène ? Ah, vanité, quand tu nous tiens… ) UN BON POINT (cf. l’article sur Comment lire du théâtre ?)
De plus, les sentiments en jeu sont profonds, abyssaux même parfois. Les enjeux sont si forts, la notion de sacrifice si présente, que tous les personnages sont tiraillés par des contradictions mortelles. Les situations sont cornéliennes. Dans Iphigénie, on se demande si Racine n’a pas inventé le mot cornélien justement. Les choix sont tout le temps impossibles. Tous les personnages principaux sont confrontés à des sacrifices insupportables. Bref, les enjeux sont très, très hauts. Et, lorsque, après un effort je vous l’accorde, vous entrez dans l’univers de la pièce, dans son suspense et sa mécanique, dans sa langue, il devient facile de terminer sa lecture car le pli est pris. La petite musique des vers nous devient presque indispensable. Même si, je vous l’accorde encore, la contrainte imposée de la versification engendre parfois des phrases un peu alambiquées qui peuvent ne pas faciliter la compréhension du sens d’une phrase, pour un lecteur contemporain.

Pour conclure, Racine est un effort aujourd’hui il est vrai, mais la récompense (et quelle récompense) est au bout !

Afin d’illustrer cet article, et d’essayer de vous donner envie de vous accrocher à cette lecture d’Iphigénie, je vous propose un extrait écrit que je reprends ici-même sous forme audio : on mouille la chemise chez Il Teatro ! Il s’agit juste d’une lecture améliorée, en aucun cas d’une base pour une représentation… il faudrait proposer mieux… D’ailleurs dites-m’en des nouvelles dans les commentaires en bas, il y a justement des choses à redire, des propositions d’intention à critiquer, des tentatives fausses. Essayez de les identifier !

Un conseil si je peux me permettre ; lisez ce court extrait d’abord, puis écoutez-le ensuite seulement ( 6 minutes, ça va, non ?). Mais, le contraire est possible aussi…

L’extrait se situe juste après qu’Achille ait appris le sacrifice d’Iphigénie (Acte IV, scène6). Il est un peu fou, et se rend chez Agamemnon pour l’entendre de sa bouche, et, surtout, le mettre devant son forfait. Chaud, chaud…



Richard

Lundi 31 octobre 2011


                Une Chatte sur un toit brulant, Soudain l’été dernier, la Ménagerie de verre, Propriété condamnée, Un tramway nommé désir, La nuit de l’Iguane, Un paradis sur terre, et encore une bonne quinzaine d’œuvres ! Toutes vous nouent le ventre, les tripes ! Certaines ont été portées à la scène ou au cinéma et jouées par des acteurs tout droit sortis de l’Actors Studio : Marlon Brando, Vivien Leigh, Richard Burton, Elisabeth Taylor, Montgomery Clift, Deborah Kerr, Katharine Hepburn, Paul Newman……..Tennessee Williams nous retourne avec ses personnages torturés, décortiqués, il les expose, les explose, sans pitié pour leur cœur écorché à vif. Mais allez au-delà de ce qu’il nous laisse voir et vous découvrirez son intimité. Ses tourments, ses fêlures, sa rage et sa folie nous rentrent dans le corps en intraveineuse. Ses personnages sont le miroir de nos peurs de la vie, de notre  profonde solitude et de notre souffrance.


                   Bien sûr il dérange, nous déstabilise dans nos petites certitudes. Avec son écriture serrée au plus près du désarroi, de la frustration de l’autodestruction il nous donne à voir la vérité en face.


L’âme humaine  brillera–t-elle sans amour, sans le confort d’une vie rassurée par les autres ?


                    Il semble que non. Laura  dans la Ménagerie brille parce qu’elle est seule à rêver sa vie, comme Blanche dans un Tramway, comme Willie accrochée à la certitude qu’elle deviendra une princesse aux Camélias. Tous ces personnages, créatures de Tennessee Williams, cherchent l’illusion et donnent à voir qu’ils sont seuls à posséder les clefs du « Paradis sur Terre ».


                    Mais nous assistons, effarés, aux coups qu’ils se donnent et donnent aux autres. Leur souffrance, nous la touchons avec nos doigts qui tremblent, de peur de les écorcher davantage. Mais peu leur importe, ils iront jusqu’au bout de leur folie, ils toucheront le fond. Certains remonteront à la surface comme Shannon prêtre défroqué et alcoolique dans la Nuit de l’Iguane, ou Catherine Holly (Soudain l’été dernier) au bord de la folie rongée par un traumatisme, d’autres seront dévastés définitivement comme Blanche (Un Tramway…) emmenée à l’asile ou Poulet se livrant furieusement aux inondations (Le Paradis sur terre).


                     Tennessee Williams écrivain ravagé par ses névroses, l’alcool, son homosexualité mal assumée, me bouleverse sans doute par son analyse indécente de ses personnages ou par le fait qu’il nous met son cœur à nu, sans pudeur certes, mais de façon oh combien poignante. N’est-ce seulement  que son personnage (ci-dessous) qui nous raconte ses errances morbides ou à travers celles-ci son propre vécu ?


« Quand je me suis réveillé, j’étais dans une baignoire pleine de bière, et de cubes de glace en train de fondre. Ma peau était bleue. Je luttais pour retrouver mon souffle. Dans une baignoire pleine de glace. C’était près d’un fleuve. Mais je ne savais plus si c’était l’East River ou l’Hudson. Les gens vous font subir des choses terribles quand vous êtes sans connaissance dans cette ville. J’avais mal partout, comme si j’avais été poussé dans l’escalier, pas comme si j’étais tombé, mais comme si j’avais été poussé à coups de pied. Une fois, je me rappelle, ils m’avaient rasé partout. Une autre fois, ils m’ont   fourré dans une boîte à ordure, et je suis revenu avec des coupures et des brûlures sur tout le corps. Les gens abusent de vous quand vous êtes sans connaissance. Quand je me suis réveillé, j’étais nu dans une baignoire pleine de cubes de glace en train de fondre. Je me suis trainé jusqu’au salon et quelqu’un est sorti au moment où j’y entrais. Alors……… »


                     Ici s’exprime un homme en prise avec ses démons, une femme entraînée malgré elle dans cette spirale infernale d’une vie destructrice et qui lui répond :

Lui : Peux- tu me parler ma chérie ? Peux- tu me parler maintenant ?
Elle : oui
Lui : Alors parle moi comme la pluie et laisse-moi écouter ‘laisse-moi m’étendre ici et écouter)………Parle moi comme la pluie, je vais m’étendre, je vais m’étendre ici, et j’écouterai.
Elle : Je veux partir. […]
         Seule ! Je me déclarerai sous un nom d’emprunt dans un petit hôtel de la côte…..
Lui : Quel nom ?
Elle : Anna Jones. La femme de chambre sera une vieille petite dame qui aura un petit fils dont elle parlera toujours. Je serais assise dans le fauteuil pendant qu’elle fera le lit, mes bras pendront de chaque côté, et sa voix sera paisible….Elle dira ce que son petit fils aura eu à diner !...du tapioca au lait…. La chambre sera pleine d’ombre, fraîche et remplie de murmure……..
Lui : ….et de pluie ?
Elle : Oui, de la pluie, et…
Lui : Et….
Elle : L’angoisse…disparaîtra.
Lui : Oui…..
Elle : Un moment après, la vieille dame dira : »votre lit est fait, mademoiselle. »……. Ma vie sera comme la chambre, fraîche, pleine d’ombre fraîche et remplie par le murmure…….
Lui : …. de la pluie…..
                                                 

                Je termine par  (voir dans extraits) cette courte pièce qui a pour titre : Parle-moi de la pluie et laisse moi écouter. Écouter, regarder, s’emplir les poumons de cette précieuse vie si fragile qui nous est donnée, n’est-ce pas une réponse à toutes nos angoisses, nos gesticulations vaines, notre course échevelée vers un bonheur auquel on ne croit pas pouvoir accéder ?

 
                Je pense alors à tous ces moments où je me pose enfin, où je regarde  enfin un ciel bleu nuit bariolé de mauve et de rose, aux rires émerveillés des enfants, aux clapotis des vagues  de la mer quand elle est tranquille.
  
      

Brigitte


Jeudi 20 octobre 2011



                Un immeuble inachevé à l’abandon. Un premier homme. Il s’appelle Piet. Il est là. Nous croyons qu’il attend. Non, il nous parle d’entre les morts. Je relis plusieurs fois le monologue de Piet en début de cette pièce « Diktat ». Un Diktat, en politique signifie un traité imposé par une nation à une autre, par extension une décision imposée.
Je rentre dans un univers ou plutôt un pays imaginaire qui pourrait ressembler par son histoire aux peuples Serbes et Kosovares, Hutu et Tutsi du Rwanda, et bien d’autres où le sang de frères ont été versés par leurs propres frères. Enzo Cormann s’appuie sur les génocides, les guerres fratricides pour nous raconter l’Histoire avec un grand H,  au travers de l’histoire de deux hommes Piet et Val.


                Avec Enzo Cormann, il n’y a aucun répit, aucune pitié pour ses lecteurs. Dès les premiers mots, nous sommes broyés. Dans une atmosphère glacée, la haine est palpable, le rythme s’accélère, nous assistons à un combat, une lutte à mort. Deux hommes, qui n’ont pas pu grandir ensemble. Chacun d’entre eux a vécu la même haine du camp de l’autre. Piet a choisi de s’engager dans l’armée qui a commis le génocide du camp de Val. Et pourtant ils étaient frères. Leur vie misérable en a voulu ainsi, le destin surtout en a voulu ainsi. Une même mère, avec deux pères dans deux camps opposés.


Piet de l’au-delà nous raconte :

                Je ne me souviens pas d’avoir ouvert la lettre (lettre où son demi-frère Val lui propose un rendez-vous  après 25 années où Piet le croyait disparu). Ni même de l’avoir lue. Je suis assis à mon bureau, les mains posées de part et d’autre du feuillet manuscrit, vide de toute pensée, fixant le regard étonné de ma mère sur une photo ratée qui date de mon enfance. Cette photo est depuis 25 ans la photo d’une morte. Je me demande quel peut être l’état d’esprit de quelqu’un dont on vient de ressusciter la mère 25 ans après son décès présumé……Je vous fixe à présent depuis l’instant éternisé de cet ultime ratage, à la surface indécidable de l’image, posé sur le bord du monde comme ces photos dont nous meublons notre horizon par crainte de vertige………


                Val déboule comme un boulet de canon dans ce chantier abandonné qui aurait du être un musée historique.  Abandonné donc le travail de Mémoire sur le génocide des Tribes par les Traces ces deux peuples  de ce même pays imaginé par Enzo Cormann. Val et Piet  en sont les incarnations par le sang qui coule dans leurs veines.
Val demande des comptes, Val n’a pas fait le deuil de son père assassiné sous ses yeux alors qu’il était encore un petit garçon. Ni celui de sa/leur mère qui n’en finit pas de mourir après une vie de souffrance et de misère. Une mère devenue mutique à propos  de son autre fils qui a trahi leur camp.


                  La haine, la colère, la souffrance transpirent à chacun des mots. Ils nous empoignent et ne nous lâchent pas. 


L’entrée fracassante de Val, avec une arme menaçant son frère, nous terrorise. Val vomit tous ces mots enfouis en lui qui l’ont empêché de vivre : folie,  mort,  domination,  massacre, génocide, déportation. Nous restons impuissants. Face à face, deux hommes empêchés de s’aimer. Toute une vie perdue, ou presque à cause de la folie meurtrière, une folie destructrice, ancienne, anéantissant  l’humanité depuis des milliers d’années.


                Enzo Cormann nous surprend, nous prend avec son écriture dense, ramassée, chargée d’émotions, retenues, par moment, violentes à d’autres. Soudain il nous fait une  jolie surprise : quelques minutes d’une chanson enfantine après que les cœurs se soient apaisés :

Piet : « De quel côté penche le ciel ? »
Val : «  Il penche du côté de l’homme ».
Piet : « Et de quel côté penche l’homme » ?
Val : « L’homme se penche vers la terre ». (Un temps) Elle est là, Piet, elle nous regarde.


                Piet et Val, un temps suspendu, le temps d’une comptine,  se souviennent et retrouvent leur relation d’enfants, de frères. Alors là, le chagrin et la colère s’envolent. Leurs sourires retrouvés dessinent une larme sur ma joue. Moi, comme d’habitude quand on me touche au cœur, je pleure.

Brigitte


Mercredi 12 octobre 2011



                Une menace pèse sur Londres, sur le peuple d’Angleterre. La reine mène vie joyeuse avec son favori.
« Pendant que la reine rit, le peuple pleure. Et le favori est gorgé. Il mange de l’argent, et boit de l’or, cet homme… »


                Nous pénétrons sur les lieux du drame dans un murmure étouffé. Il y a danger, il est sourd pour le moment, la tempête viendra.  Seul un souffle  sournois courbe le destin de deux personnages, vulnérables et innocents : Gilbert, Jane, ils s’aiment : lui comme un amoureux, elle comme ce père qui l’a adoptée enfant.  Nous sentons à peine que quelque chose de grave va se produire. Une épée de Damoclès est suspendue au dessus de leurs têtes, ils n’en n’ont pas conscience encore… Nous non plus. Il y a Marie Tudor la reine, pleine de passion, de tourment.  L’ouragan on le devine n’est pas loin. Et Fiabiani homme séduisant, trop, malfaisant qui le cache merveilleusement bien.
                La reine l’aime, à la folie, elle l’aime dans la démesure. Gare à ceux ou celles qui se mettront en travers de cet amour la possédant tout entière. Et puis il y a le peuple tel une vague grondante, un peuple meurtri, trahi spolié par cet homme Fiabiani amant de leur souveraine. Cet homme n’a ni foi ni loi, il pille les caisses de l’état et le cœur de leur Reine. Cet homme doit être abattu, la justice doit être rendue.


Marie Tudor : Je veux qu’on ait peur, entends-tu, milord ! Qu’on trouve cela splendide, effroyable et magnifique, et qu’on dise : C’est une femme outragée, mais c’est une reine qui se venge ! Ce favori si envié, ce beau jeune homme insolent que j’ai couvert de velours et de satin, je veux le voir plié en deux, effaré et tremblant, à genoux sur un drap noir, pieds nus, mains liées, hué par le peuple, manié par le bourreau………


                Je lis, je sens venir mais il me faudra attendre la dernière journée (trois journées) et la dernière scène (cf. l'onglet Belles Paroles) pour être emportée par le tsunami. Victor Hugo ménage, joue avec  son suspens, mais aussi sa grandiloquence. Victor Hugo défend pied à pied, avec force, les faibles, les démunis et les rend glorieux à cause de leur humanité, leur modestie, leur héroïsme.  Il écrit ici une pièce proche des mélos de son époque. L’amour qui doit venir, qu’on attend jusqu’au mot fin, le méchant qui nous effraie jusqu’au bout, les gentils miséreux emportés vers un destin qu’on espère heureux, mais jusqu’au bout notre cœur bat, cogne, palpite.


A la fin nous sommes sonnés, mais nous décroisons nos jambes, nos mains et nous retrouvons enfin notre respiration.


La force de Victor Hugo réside là : des points, des virgules mais surtout des points d’exclamations, d’interrogations, plein ! Et surtout une cloche qui sonne, sonne inexorablement, un homme qui marche vers l’échafaud, mais on ne sait pas si c’est Gilbert le gentil ou Fabiano le méchant. Jane  la jeune fille  bernée, bafouée et Marie, la Reine formidable, comptent les coups et ressentent au plus profond de leur être cette cloche qui sonne la Mort, une Mort qui se réjouit. Le génie de Victor Hugo éclate lui aussi dans cette dernière scène, notre cœur oppressé, se libère enfin avec le dénouement tant espéré : le bonheur pour ceux qui le méritent, la mort pour le criminel parjure !
Je ferme mon livre et pousse  un soupir ! Je vais maintenant relire Angelo tyran de Padou…..

Brigitte



Lundi 3 octobre 2011




Florian Zeller, une super découverte !


   Je prends le livre et le lis nonchalamment, …encore une histoire de couples qui se trompent les uns les autres… bof… Je sortais de Trahisons de Pinter au CDR de Vire ce week-end, j’avais l’impression d’un copier/collé. En version boulevard. L’intrigue et les non-dits, tout pareil. Pas tout à fait faux, mais je ne sais pas pourquoi, je continue… Bon, voyons voir quand même, et… je ris… j’imagine tout de suite Arditi jouant dans cette première scène. Je savais évidemment qu’il avait joué dedans, mais je l’imagine si facilement que c’est déjà un bon point à mes yeux. D’un autre côté, encore une pièce de boulevard contemporaine sympathique, sans plus… et puis non ! Ou plutôt oui, c’est sympathique mais c’est un peu plus que cela, je le sens. Et je continue, ça me fait rire encore. C’est cuit, il m’a accroché.


Alors voila, je ne vais pas vous dévoiler l’intrigue, quoique banale somme toute, mais plutôt essayer de vous intéresser à sa lecture.


   Si donc, cela commence avec l’histoire  d’un amant (Michel) et sa maîtresse (Alice), suite à une après-midi convenue, le ton est enjoué, piquant, incisif. Zeller ne tourne pas autour du pot. Tout de suite, les problèmes sont posés. L’enjeu est clair et exposé de façon motivante. Et ça va s’enchaîner à un rythme assez soutenu. Donc, la narration ne tourne pas en rond, les fils de l’intrigue et la progression des problèmes sont fluides. On a sans cesse envie de savoir la suite. Situation stéréotypée, certes, mais traitement enlevé. On en redemande.


Michel, donc, s’envoie en l’air avec Alice, la femme de son meilleur ami Paul. La femme de Michel : Laurence. Voila, on y est. Tout le monde est là. La pièce comporte 7 scènes.


Extrait de la scène 6

Michel : … Voilà… Alice m’a dit que tu le savais depuis longtemps… C’est ce que tu lui as dit. Enfin, elle, elle m’a dit que c’est ce que tu lui avais dit.
Paul : De quoi ?
Michel : Que tu étais au courant depuis le début.
Paul : Oui.
Michel : J’imagine que tu m’en veux terriblement. Mais moi aussi, je t’en veux.
Paul : Toi ?
Michel : Oui. De n’avoir rien dit. Ni à ta femme, ni à ton ami…
Paul : J’en ai parlé à Alice. Quand j’ai compris que vous étiez ensemble, j’en ai parlé à Alice. On s’est expliqué là-dessus.
Michel : La nuit dernière ?
Paul : Non. Il y a six mois.
Michel : Quoi ? Alice m’a dit que vous aviez eu cette discussion hier dans la nuit…
Paul : Oh, non… On en a parlé il y a six mois. Et depuis, je crois qu’on n’a plus évoqué le sujet…
Michel : Je ne comprends pas… Tu es sûr ?
Paul : Oui.
Michel : Tu ne te trompes pas dans les dates ?
Paul : Non. Je lui en ai parlé dès que j’ai compris que vous…
Michel : Comment tu l’as découvert ?
Paul : Hein ?
Michel : Comment tu as découvert que je… il y a six mois…
Paul : C’est…
Michel : Oui ?
Paul : Quelle importance ?
Michel : Je voudrais savoir.
Paul : Tu veux vraiment ?
Michel : Oui.
Paul : Non… C’est inutile.
Michel : Dis-moi. Comment tu l’as découvert ?
Paul : C’est ta femme.
Michel : Pardon ?
Paul : C’est ta femme qui me l’a dit.
Un temps.
Michel : C’est ma femme qui t’a dit quoi ?
Paul : Que tu couchais avec la mienne.
Michel : (Ne le prenant pas au sérieux) Tu plaisantes ?
Paul : Non.
Michel : Tu veux dire qu’elle est au courant ?
Paul : Oui, depuis le début.


Le personnage principal s’enterre toujours un peu plus profond dans les malentendus et marche sur des œufs.


   Il se croit le maître du jeu, mais, finalement, le doute est permis. Le lecteur a ce doute très tôt, le personnage, très tard, et je pense que c’est ça qui marche bien.


   Michel, le « héros » de l’histoire, ou antihéros plutôt, croit que les choses sont claires. Elles risquent de s’envenimer au début, mais finalement, rien de grave a priori. Pourtant, on sent déjà qu’il risque beaucoup plus que ce qu’il pense lui-même, et qu’il y  a anguille sous roche. C’est trop simple, trop évident. En effet… Zeller va nous faire tous les truchements, tous les coups, toutes les intrigues dans les intrigues qu’un quatuor peut proposer. Qui ment vraiment ? Qui se venge ? Qui croit mentir ? Qui croit savoir ? Dit comme ça, cela paraîtra flou. Pourtant, l’auteur parvient à rester maître du jeu, de sa narration. Il ne nous perd jamais dans les dédales des combinaisons possibles. Il choisit les meilleures options pour tyranniser son personnage et nous piéger dans ce canevas implacable. C’est délicieux car il nous surprend, on en veut encore, et on ne cherche même pas à savoir la suite logique et possible comme on chercherait la solution du cluedo, on s’abandonne à ses calculs ! C’est plaisant, rafraichissant. Les fausses vraies pistes dans lesquelles Michel va se perdre nous font bien rire.


 Florian Zeller va plus loin : il fait prêcher le vrai à ses personnages, pour connaître le faux ! Un comble !


   Bref, vous l’aurez compris, c’est une pièce à voir sans doute, mais à lire aussi sans hésiter. C’est 1h30 de lecture légère et intelligente. Ce n’est pas la pièce du siècle certes, mais au moins celle d’un soir, ou d’un week-end. Si, encore une fois, l’intrigue peut sembler affligeante de banalité, son traitement est fin. Dites m’en des nouvelles.

Richard



Mercredi 5 octobre 2011

 La Vérité... encore



   Il semble que Florian Zeller soit la coqueluche du théâtre parisien à l’heure actuelle. Il faut admettre qu’il est jeune, beau, riche. Est-il pour autant talentueux ? Au détour d’un rayon de bibliothèque et de celui du rayon théâtre de Virgin je l’ai rencontré. Il m’a fait rire dans « La Vérité » même si il nous raconte une histoire maintes fois vue, lue et revue : la trahison, les mensonges, les petites cachotteries dans les rapports du couple. 


   Michel et Laurence sont mari et femme, Paul et  Alice le sont aussi, mais Michel trompe Laurence avec Alice et il semble que Paul trompe Alice avec Laurence. Est-ce clair en ce qui vous concerne ? Nous n’assistons pas à un vaudeville avec des amants dans le placard, ni des portes qui claquent !  Non ce n’est pas du Feydeau ni du Guitry, mais si Florian Zeller ne possède pas leur brillance, on rit et on rit encore. La mauvaise fois du personnage de Michel est hallucinante, on en redemande. Quelle subtilité ! En fermant les yeux nous ne pouvons pas imaginer meilleur emploi que Monsieur Arditi dans le rôle de Michel.


Laurence (sa femme) : Michel…. Je peux te poser une question ?
Michel : Oui, mon amour.
Laurence : Est-ce-que tu m’aimes encore ?
Michel : Quelle question ! Bien sûr que je t’aime…
Laurence : Non, mais, dis moi vraiment…..
Michel : (très sincère) Je t’aime infiniment.
Laurence : Alors pourquoi on ne fait plus l’amour ?
Michel (pris au dépourvu) : Hein ?
Laurence : Pourquoi on ne fait plus l’amour ?
Il débouche une bouteille
Michel : Qu’est-ce-que tu racontes ?
Laurence : Je te pose une question, c’est tout.
Michel : Mais on fait encore l’amour…..Mon amour. Non ?
Laurence : Non.
Michel : (comme s’il ne s’en était pas rendu compte)  Ah ?
Laurence : Enfin presque plus.
Michel : (voulant relativiser) : Presque plus, presque plus…. Tu exagères. Mais c’est vrai qu’en ce moment…Je suis épuisé. J’ai trop de travail, tu sais…Je n’en vois pas le bout.


   Michel/Arditi, comme il sait si bien le faire, va nous jouer tour à tour la vraie fausse sincérité, le désarroi, et enfin le soulagement. Ouf ! Elle m’a tendue la perche à laquelle je me raccroche pour ne pas m’enterrer davantage ! Cet extrait s’inscrit dans la scène 2 sus-titrée « Le funambule »
Florian Zeller a écrit cette « Vérité » en pensant à Pierre Arditi et j’adhère. En lisant le comédien m’apparaît en filigrane, l’évidence !


   Nous ne pouvons que recommander d’éteindre votre télévision, un soir, amusez-vous et lisez entre amis cette courte pièce. Quelle jubilation de pouvoir mentir sans état d’âme afin de préserver une double vie, dans laquelle les personnages se perdent et ne se retrouvent pas. Seule l’imagination de l’auteur en démontre la mécanique : je mens à ma maîtresse pour mieux mentir à ma femme, à mon meilleur ami, qui eux aussi mentent car eux aussi sont amants ou pas (voir fin de la pièce).  Ainsi par culpabilité, Paul fait semblant de perdre au tennis  en laissant gagner Michel…. Vous avez suivi ? Du coup Michel est atterré, il s’aperçoit que tout le monde, sa femme, sa maîtresse et son meilleur ami savaient déjà, alors que lui ne savait rien !


   Florian Zeller nous exécute une  magistrale dernière pirouette « La Vérité » avec Michel et sa femme, un dernier mensonge et Laurence va écraser une larme. La promesse non tenue sur une Vérité qu’il est seul à croire. Le rideau tombe sur un possible mensonge qui doit ménager les cœurs. Mais lequel en particulier ?





Jeudi 22 septembre 2011



     J’ai lu cette pièce, il y a longtemps déjà. Mes souvenirs de celle-ci étaient vagues .Je gardais à l’esprit un univers perdu au milieu de nulle part, une catastrophe attendue, des personnages rongés par le tourment, la jalousie, la peur, la médiocrité. Vous savez comment est la mémoire ? Elle est comme un gruyère à trou. Ma fille disait ça quand elle était petite : « Je veux du fromage à trous » ! Je suis actuellement dans les paysages de Monsieur Tennessee Williams, j’ai envie de lire de nouvelles pièces, enfin celles que je n’ai pas encore lues ou vues : « Le Paradis sur terre » c’est comme les pages d’un livre qui me revenait peu à peu, avec des trous dans le paysage, dont il ne me restait que le cadre !


Le décor est planté dès le début de la pièce. Poulet un homme rustre, borné, orgueilleux, crâne. Ses voisins fuient l’inondation imminente de ce coin perdu du Mississippi. Pourquoi s’accrocher à cet endroit perdu au milieu de nulle part ?


Ce mas  est sa ferme où il est le roi de quelques malheureux sujets, des poulets ! D’ailleurs c’est pour cela qu’il a été surnommé Poulet. Dès les premières répliques nous savons qu’il n’aime personne et que personne ne l’aime.


Voix de femme : On fiche le camp nous autres.
Poulet : Je vois ça
Voix d’homme : On monte à Beauregard. Paraît qu’on ne risque rien, là-haut. Ça sera pas inondé.
Voix de femme : On regrette, mais on n’a pas de place pour toi dans la voiture
Poulet : Oh, ça m’est bien égal. Même si j’en avais une à moi, je ne bougerais pas…..Alors ce n’est pas la peine de vous faire de la bile.


Poulet prend sa revanche sur cette vie  où il a été maltraité, humilié.
Débarquent Lot et Muguette, mariés dans le cadre d’une fête foraine. Lot est le demi-frère de Poulet. Ils ne s’aiment pas, se haïssent même. Pourquoi, alors, débarquent-ils ?...


Muguette va assister à une lutte jusqu’à la mort et perdre ses dernières illusions : envolées les colombes roucoulant dans un cocon d’amour tissé de douceur et d’harmonie, au menu familial on sert rancune, violence et vengeance.


Poulet s’est construit une armure. Il est, à lui tout seul, une porte blindée contre les sentiments. L’amour il ne l’a jamais reçu ni éprouvé, la couleur noire de sa mère qui coule dans ses veines  ont fait de lui un être insensible à la douleur. Il va recevoir ce demi-frère comme un chien dans un jeu de quilles. Il se bat sans états d’âme pour cette ferme de guingois, construite avec de pauvres planches, qui restera sienne jusqu’au bout.
Muguette, pauvre petite chose habillée de rêves de pacotilles, terrorisée, assistera à un combat jusqu’à la mort entre ces deux hommes bouffis de haine, blessés à mort dans leur chair par une vie pourrie. Elle sera impuissante, elle sera lâche et abandonnera le plus faible : Lot. En effet, il savait  qu’aucun instant de bonheur n’était possible. Que revenir c’était mourir bien sûr. Mais, revenir fier, avec à son bras une femme l’accompagnait, c’était autre chose. Sauf que les illusions n’ont duré qu’un temps, celui d’un voyage improbable vers cette maison pleine d’une maman qui le choyait, des jours heureux, qui ont disparu depuis longtemps déjà !


Ils sont arrivés,  tout est silencieux et glacé, ignorants de l’ouragan tout proche.


Muguette : Je vais tout de suite dans le salon. C’est par là que je veux commencer la visite de mon petit chez-moi. C’est cette porte là ?
Lot : Oui, oui
La porte résiste
Muguette : Elle est dure aussi. (La porte cède) Ah, voilà
Lot : Entre
Plus loin dans la scène
Muguette : Il n’y a pas à dire, c’est un joli salon, un joli petit salon
Muguette : Oh….. Un salon avec des chaises dorées……On croit rêver !!
Lot : Le lustre est en cristal, mais les pendeloques sont pleines de poussières…Il faudrait les décrocher une par une, et les tremper dans de l’eau tiède avec du savon. Après, on les rince dans une cuvette, on les sèche avec un chiffon doux, et puis on les raccroche. C’est toujours maman et moi qui faisions ça……


Lot rêve dans un moment suspendu où il revit presque extasié ces moments magiques avec sa mère.


Mais sa mère vivait avec un homme qui se moquait de délicatesse. Et lui est en train d’agoniser d’une méchante tuberculose. Poulet entend tout, comprend tout. Sa rage nous terrifie, nul paradis dans cet univers. Nous n’avons aucun espoir, chaque mot est un aller simple vers un l’enfer.
Ici se joue le dernier acte d’une pièce qui ne finira pas bien. Ici, trois personnages se sont construits des rêves, mais ne les ont jamais vécus.


L’orage approche. La violence n’est pas seulement l’inondation prévue, mais aussi celle qui gronde dans le cœur des hommes malmenés par cette vie sans pitié pour ceux qui n’ont jamais rien eu. Leurs illusions ne les sauveront pas de la tragédie




Tennessee Williams aurait dit un jour :
« N’attendez pas le jour où vous cesserez de souffrir, car quand il viendra vous serez mort ! »


L’auteur dit aussi  « Nous vivons tous dans une maison en feu, et il n’y a personne pour l’éteindre, et pas la moindre issue. »  Uniquement le toit sur lequel Poulet, toujours aussi seul, va pouvoir admirer, et, enfin, se laisser emporter par les flots déchainés !!



J’ai compris pourquoi, aucun des trois personnages du « Paradis sur terre » ne m’avait touchée. En les regardant vivre leurs dernières heures, assistant à leurs ultimes efforts ils m’ont paru tellement dérisoires. Un tsunami allait les emporter inexorablement et aucun des trois n’éprouvait la moindre compassion, aucun des trois ne souhaitait se porter secours. Au contraire ! Chacun joue sa propre partition sans entendre ni écouter l’autre. Poulet, Lot, Muguette sont désespérément seuls. Personnages pathétiques désespérés, désespérants, je n’avais aucune pitié !  Cette solitude  de toute une vie les avait rendus misérables, insupportables d’égoïsme, d’égocentrisme nous renvoyant à notre propre médiocrité humaine. En lisant cette œuvre à pleurer de rage, j’y ai vu le miroir reflétant l’homme  avec sa Peur !!


Brigitte


Vendredi 16 septembre 2011
 
La traversée de l’hiver


Art de Yasmina Reza est une pièce brillante.

La traversée de l’hiver est une pièce sensible. Elle a été écrite en 1989. C’est la deuxième pièce de Yasmina Reza.

Autant Art nous prend tout de suite, autant la traversée de l’hiver nous laisse un peu dériver. Mais c’est en suivant un appât que l’on dérive. Sans, apparemment de destination précise. C’est donc pour mieux nous saisir.


Six personnages se cherchent. Trois hommes, trois femmes.
Avner Milstein et sa sœur aînée, Emma (la soixantaine tous les deux) ;
Suzanne et sa fille Ariane (55 et 30 ans) ;
Balint (35 ans) et Kurt Blensk (60 ans) ;


L’action se déroule au milieu des années 80 (au moment de son écriture) dans les montagnes suisses, propres à la méditation. D’action, justement, il n’en est pas beaucoup question. Yasmina Reza nous promène dans les rapports humains. Elle sait faire. Le début n’a rien d’alléchant, cette situation semblant propice aux atermoiements de bourgeois qui s’émeuvent sur leur sort et leur place sur Terre.


Pas Faux. Les situations de Reza sont souvent dans un milieu bourgeois, intellectuel.


Seulement, ce qu’on ne veut pas voir au début, c’est qu’il s’agit bien de nous tous. Les problèmes des bourgeois ne nous concerneraient pas ? Erreur, ces sont les nôtres aussi. L’auteure va nous le démontrer par l’émotion.



Avner aime Ariane sans se l’avouer, ni oser l’avouer. C’est réciproque, sauf qu’Ariane  va assumer.
Kurt aime Emma. Ce n’est pas réciproque. Elle assume, mais va le blesser sans vraiment le vouloir.
Balint va aimer Ariane, l’aime déjà en fait. Mais, est-ce réciproque ? Il attend…
Suzanne aime Avner, mais ne sait pas comment transformer l’essai.



La boucle est bouclée. Tout est en place.


Ils se connaissent, donc, on ne sait trop comment. Ils semblent relativement amis.
Précisons un peu : Balint, le supposé prétendant d'Ariane, termine à grand-peine une thèse sur l’âge du fer...Passionnant. Quant aux autres, on ignore ce qu’ils font, à part être sur Terre. C’est à la fois curieux et intéressant. Comme si Yasmina Reza nous faisait comprendre que ce que l’on fait dans la vie ne nous détermine pas. A-t-on besoin de faire quelque chose pour être qui l’on est ? La question, ici, ne se pose même pas. Ce qui est sûr, c’est qu’ils n’ont pas vraiment besoin de travailler pour vivre…Le problème n’est pas là.



Le début est lent, long à se mettre en place. La lecture n'est pas passionnante à ce stade. Pourtant, la phase d'exposition est passée, normalement, on a fait le plus dur ! (cf l'article sur Lire et imaginer...facile à dire...mais comment faites-vous ?
Le développement va encore vous demander un peu de courage...Il faut s'accrocher, le meilleur est pour la fin ! Continuons, donc...



Les hommes n’ont pas des profils très héroïques. Leurs postures vont de la lâcheté à l’ennui, en passant par une grande capacité à agacer les femmes.
Les femmes ont des attitudes plus claires, plus simples et directes. Elles assument, même leur bêtise ou leurs commérages éventuels, ou leur désœuvrement. Et sans trop attendre. Elles acceptent de changer. Elles acceptent les mystères de l’amour. Elles acceptent que les choses soient ce qu’elles sont. Bref, elles ont les pieds dans la réalité et regardent les choses en face.
Les hommes, non. Ils semblent passer leur temps à le perdre, comme désœuvrés.



Avner : « Je fais de l’argent. J’en gave mes fils qui sont deux nullités, c’est sûrement le plus mauvais service que je peux leur rendre, mais, au moins je m’épargne artificiellement le souci que me cause leur indigence. Je n’ai jamais douté que ma vie était ailleurs. »



Plus loin…
Emma : (après un regard vers Suzanne et Ariane) « Nous, ça va…Ca va très bien…Mais vous Balint, êtes-vous sûr de vous sentir tout à fait bien ? »…


Si les femmes ne font rien de particulier, au moins elles assument. Elles ne font pas semblant de s’occuper, comme les hommes essaient de le faire croire. A eux-mêmes d’abord. En clair, ils se mentent un peu. Ils n’affrontent pas qui ils sont.


Et pourtant, c’est bien d’eux que le dénouement viendra. Sans doute grâce aux femmes. Grâce à cette sorte d’abnégation dont elles sont capables, face aux petitesses masculines qu’elles leur pardonnent avant même qu’ils ne les aient commises.


Un travail se fait, et ils changent. Un petit éclair d’humanité les traverse ; une compréhension. Avner est bouleversant à la fin. Simple et essentiel. Tout remonte, d’un coup, et les larmes du lecteur avec. Comme une brusque compréhension de la nécessité de mettre ces caractères ensemble dans les montagnes suisses. Alors que cette situation n’avait franchement rien de convaincant à ses débuts !




Et les femmes regardent leur travail…

Merci Madame Reza.


Richard


Vendredi 9 septembre 2011


 




Laura : Il m’appelait….. Rosie Bleue.
Amanda (sa mère) : Pourquoi t-avait-il donné ce nom là ?
Laura : Quand j’ai eu mon attaque de pleurésie – il m’a demandé à mon retour ce qui m’était arrivée. Je lui ai dit «une pleurésie » - il a cru que j’avais répondu : « Bleue Rosie/ Rosie Bleue » ! Après, il m’a toujours appelée comme ça………


      Laura n’est-elle pas elle-même rose de Baccara, fragile, cristalline, au bord de la fêlure, une des sculptures de sa ménagerie de verre ? Elle vit aux côtés de sa mère Amanda qui rêve d’une vraie vie pour sa fille avec un galant, des soirées de fêtes, des bals, de la musique, des feux d’artifices, elle rêve d’une fille qui aurait réussi, brillerait en société. Il y a  son frère Tom qui s’échappe tous les soirs où il le peut après une journée de travail. Travail laborieux et nécessaire  pour nourrir leur petite cellule. Où va-t-il ? Que fait-il ? Il dit aller au cinéma… Mais lui aussi il rêve d’une vie dans laquelle il pourrait vivre pleinement.


Il  étouffe, Laura l'a deviné, mais ils n’en parlent pas…


Laura me touche, m’émeut et donne envie de pleurer. Elle se cache dans cette ménagerie de verre, elle fait semblant, elle donne le change. Alors elle aussi, comme son frère se promène seule, dans le parc Zoologique, elle y regarde les pingouins, elle s’assoit dans la volière, elle entre au musée ou au cinéma. Elle était inscrite à un cours de dactylo, mais  un jour  elle a vomi sur le parquet sûrement parce qu’elle n’est pas faite pour la dactylo. Telle un animal apeuré, enfermée dans sa différence, elle souffre   d’être mêlée à ces gens qui se moquent d’elle comme quand elle était petite à l’école, si petite ! Cette honte lui donne la nausée. Elle a construit une bulle dans laquelle le monde ne peut ni la voir ni la toucher. Mais surtout Laura rêve en nettoyant avec précaution les petits animaux de cristal posés délicatement sur une table du salon. C’est tellement fragile une  ménagerie en verre !!!


Laura est une petite bougie brillante que personne ne voit.


La bougie va devenir braise le jour où son frère Tom invitera son « ami d’enfance », Jimmy, un garçon qu’elle n’a jamais oublié. Il était un brin de lumière dans son petit cœur qui palpite trop. A la moindre émotion, nous pouvons croire qu’il va se briser. Cette soirée sera comme suspendue dans le temps. Laura va découvrir l’émerveillement d’être regardée par son  prince, lui qui n’existait que dans le coin le plus secret de son cœur.


Au centre de sa ménagerie, une licorne, animal unique et magique, en voie d’extinction puisqu’il n’y en a plus dans le monde d’aujourd’hui : « Oh, attention si on respire il se brise ». 




Laura, ce soir là a vu sa vie basculer, sa bulle a explosé grâce à l’amour auquel elle n’avait jamais rêvé. Mais Jimmy s’en va. Laura referme alors sa bulle autour d’elle,  discrètement. Elle sort sans laisser pleurer les larmes  de son cœur.




Son frère, lui, va fuir le foyer trop plein de rêves lourds à porter dont il est prisonnier. Tom rêve de villes inconnues,  de voyages. Mais sa sœur est la jeune fille idéale. C’est un déchirement de la quitter.


Il va partir finalement, mais il s’arrêtera devant les boutiques de bibelots qui scintillent, sortes de fantômes de sa soeur. La bougie Laura ne s’est pas éteinte dans son cœur et il finit par le lui dire : « Oh, Laura, Laura, j’ai essayé de te laisser derrière moi, mais je suis plus fidèle que je ne voulais l’être ! Je prends une cigarette, je traverse la rue, j’entre dans un cinéma ou dans un bar, je bois un verre, je parle à un voisin inconnu – tout ce qui peut effacer ton souvenir comme on éteint des bougies ! (Laura se penche sur les bougies) – Car aujourd’hui, le monde est illuminé d’éclairs ! Éteins tes bougies, Laura – et donc adieu… » Elle éteint les bougies- Noir-


Laura est sûrement un personnage auquel je m’identifie un peu. Elle refuse la réalité et préfère rêver sa vie. Jean-Michel Ribes dit : « Très longtemps je me suis senti exclu de tout, un canari dans un aquarium » Laura, elle, est comme sa petite Licorne de verre, un animal unique respirant hors de son air naturel. Mais elle brille de tous ses feux !!



(Retrouvez un extrait vidéo de cette pièce dans l'onglet Liens et Vidéos)

Brigitte


Mercredi 1er septembre 2011





Henry de Montherlant


                                                          
            Parler, écrire, à propos de la pièce de Henry de Montherlant exige de peser chacun de ses mots. Comment au hasard de mes lectures, des chemins parcourus vers « la » Pièce qui saura me bouleverser, me porter, me faire toucher les étoiles ai-je fait cette rencontre, presque à tomber en amour ? Je ne m’en souviens pas ! Mais je me souviens de l’émotion dès les premières lignes : «  Je me plains à vous, je me plains à vous, Seigneur ! Je me plains à vous, je me plains à Dieu ! Chaque fois que je bouge, cela me déchire. »
En lisant cela, je sentais en moi le cri, la souffrance de cette femme, Infante  appelée à devenir reine. Je lisais et mon cœur s’emballait comme le sien. J’entendais dans tout mon être ces mots qui résonnaient comme une cloche qui sonne le glas.


L’histoire, somme toute, peut paraître ordinaire : un  monde de rois où la raison d’Etat broie ceux ou celles qui en sont les instruments. Ici un Etat et son souverain qui souhaite marier son fils à l’Infante de Navarre. Le fils Pedro lui est tombé en amour avec Inès fille naturelle de petite noblesse, sans espoir de fortune. Pedro refuse le mariage avec l’Infante de Navarre qui lui est destinée, et ne souhaite ni le pouvoir, ni le destin ourdi par son père.


Henry de Montherlant ne nous propose pas ici une simple histoire de cape et d’épée. Il met en exergue des sentiments forts : l’Amour avec un grand A, le Devoir, la Raison d’Etat, le Sacrifice……Le roi Ferrante domine, son fils le définit ainsi : « Vouloir définir le roi, c’est vouloir construire une statue avec de l’eau de mer ».


Henry de Montherlant écrit avec force, chaque mot pèse son poids, chacun des personnages principaux est une âme brûlante : Ferrante le Roi, l’Infante humiliée, Pedro le Prince sacrifié à la raison d’état, Inès la bien-aimée, pure comme l’eau coulant de la source d’une montagne. Le lecteur se laisse submerger par des propos roulant tels des vagues emportant tout sur leur passage :

Dans l’acte I scène IV Don Pedro et Inès se retrouvent  et Don Pedro demande à sa bien-aimée de le juger sévèrement parce qu’il n’a pas osé parler de leur amour à son père. Il a eu peur de sa colère. Ce à quoi elle lui répond : « J’en ai assez d’avoir tous les jours peur……….La peur, toujours la peur ! La peur qui vous fait froid aux mains….. »

Il lui répond : «C’est vrai, vos mains douces et froides… Mais songez que le monde entier vit l’empire de la peur. Mon père a passé sa vie à avoir peur : peur de perdre sa couronne, peur d’être trahi, peur d’être tué ; J’ai vu bien des fois son visage au moment où il venait de marquer un point contre un adversaire ; ce qu’il y avait sur ce visage ce n’était jamais l’expression du triomphe, c’était une expression de peur : la peur de la riposte. Et regardez les poussières dans ce rayon de soleil : que j’avance seulement un peu ma main ici, au bord du rayon, et là-haut, à l’autre bout, elles deviennent folles, folles de peur. »


L’auteur avec ces images, ses métaphores, nous fait voyager dans un monde où les êtres s’expriment avec des mots trop grands, ils semblent inaccessibles, nous impressionnent. Les âmes brûlent et nous brûlons avec elles. La moindre déclaration prend de l’ampleur. J’ai éprouvé l’amour à la hauteur  du ciel de Pedro et d’Inès.

Pedro : « Savez-vous que, chaque fois que vous bougez la tête, vous m’envoyez l’odeur de vos cheveux ? Et que cette odeur n’est jamais tout à fait la même ? Tantôt imprégnée d’air et de soleil, et sentant la flamme ; tantôt froide et sentant l’herbe coupée. O tête chère, si bien faite pour mes mains ! » Acte I scène IV.


Ferrante : «  Parlez-moi de mon fils ? »

Inès : « Le jour où je l’ai connu est comme le jour où je suis née .Ce jour-là  on a enlevé mon cœur et on a mis en place un visage humain……………Depuis deux ans, nous avons vécu dans le même songe. Où qu’il soit, je me tourne vers lui, comme le serpent tourne toujours la tête dans la direction de son enchanteur. D’autres femmes rêvent de ce quelles n’ont pas ; moi je rêve de ce que j’ai……….     Acte I scène V


Inès en s’adressant à l’Infante : «  Quand l’oiseau de race est capturé, il ne se débat pas. Vous parliez d’un nuage en forme d’aile. Si j’avais une aile, ce ne serait pas pour fuir, mais pour protéger. »


Cette tirade sera son épitaphe : en effet la démesure est fatale aux personnages de La Reine Morte Leur noblesse, leur orgueil, la générosité des uns allant contre les autres donnera une fin tragique à l’histoire dans l’Histoire. La mort sera inexorable  pour Inès, Ferrante l’a voulu ainsi. Mais l’Ange noir attendait son heure pour enlever le souverain. Ferrante aura gagné, et perdu. Pedro va régner à son tour mais seul….L’Infante blessée, morte d’humiliation est retournée dans sa Navarre. Les derniers mots de la pièce ce sont des voix diverses qui disparaîtront et s’éteindront  avec le noir du plateau «  Le Roi est mort- Allons délivrer Don Pedro ! – Vive le roi Pedro !! »



Rideau



 


(Retrouvez un extrait écrit de la pièce dans l'onglet Belles Paroles, et un extrait vidéo dans l'onglet Liens et Vidéos)

Brigitte

Mercredi 24 août 2011


Tennessee Williams


    A-t-on besoin de connaître Tennessee  Williams pour ressentir les pièces qu’il a écrit ? Je ne sais pas. En tout cas sa vie est un combat, aucun doute. Il a du vivre avec ses démons : alcool, drogues, homosexualité.


Les thèmes privilégiés abordés dans ses pièces : le mensonge, la violence, la folie, le désir, la sexualité, la solitude. Surtout la solitude !!


J’ai galéré sur internet  pour retrouver cette pièce en un acte : « Propriété Condamnée ». Ma fille l’avait jouée adolescente dans le cadre d’un atelier. Elle était restée là dans ma mémoire comme un petit bijou,  sans fioriture, mais comme un coup de poing en plein cœur.


Willie est une adolescente encore pleine de son enfance, enfance qui la tourmente, enfance sur laquelle elle bâtit ses rêves pour ne pas mourir. Elle est désespérément seule, a perdu une famille qui ne lui a laissé que cette propriété condamnée.
Tom, la regarde. Tom possède a un cerf-volant qui devrait voler. Mais aujourd’hui, même si le ciel est blanc il n’y a pas de vent. Pour Tom quand le ciel est blanc il y aura du vent. Son cerf-volant est en papier rouge avec une queue décorée de rubans criards.



Tom regarde Willie, Tom écoute Willie. Elle lui raconte sa sœur qui séduisait tous les hommes, et ils la couvraient de cadeaux ; sa sœur qui savait chanter, danser, séduire. La propriété condamnée à cette époque résonnait de musique. Elle raconte sa mère qui « a fichu le camp avec un serre-frein de la C.E.I. Après ça, c’a été la débandade. »
Elle raconte son père qui lui  s’est mis à boire et après a disparu.
Elle raconte la mort de sa sœur qui est morte comme la Dame aux Camélias, mais sans personne  autour pour pleurer son départ.


Willie, quand Tom lui pose une question à laquelle elle ne veut pas répondre, esquive et esquivera jusqu’à la tombée du rideau.
J’ai oublié de vous dire, Willie porte les vêtements de sa sœur est barbouillée de maquillage, son apparence est étonnante, effarante même !
Willie tient aussi à la main une poupée dans un état effroyable et dans l’autre main, elle tient une banane. Elle l’a ramassée dans des ordures…


Que fait Willie ? Veut-elle épater Tom ? Lui plaire comme à tous ces hommes  dont elle aurait hérité de sa sœur décédée ? Veut-elle, se ou le convaincre que sa vie est et sera épatante ? Qu’elle maîtrise ? Qu’elle est suffisamment ingénieuse pour échapper aux services sociaux, à sa solitude. Qu’elle n’a besoin de personne ?


Willie avance d’un pas incertain le long de la voie ferrée. Elle garde son équilibre en écartant les bras. Une de ses mains tient une banane, l'autre, une poupée dans un état effroyable...




Tom
Salut. Qui es-tu ?

Willie
Ne me parle pas avant que je tombe (elle avance en chancelant, Tom la regarde fasciné, ses vacillations deviennent de plus en plus amples. Elle parle en retenant son haleine)
Tiens……prends…..prends ma poupée.

Tom
Ouais

Willie
Je ne veux pas……. je ne veux pas la casser……quand je vais tomber ! Je crois…que je ne vais pas pouvoir… rester bien longtemps là-dessus, maintenant. Tu ne me crois pas ?

Tom
Si

Willie
Je suis presque… tombée…. Maintenant ! (Tom fait le geste de l’aider). Non, ne me touche pas. Ça n’est pas de jeu, si on aide. Il faut se débrouiller tout seul. Oh mon Dieu, ce que ça tourne ! Je ne sais pas ce qui me rend si nerveuse ! Tu vois la citerne, tout là-bas, derrière moi ?

Tom
Ouais ?

Willie
C’est là…. que j’ai commencé ! C’est la première fois, que j’arrive si loin…sans tomber…une seule fois ! Enfin, à tenir le coup…ça sera la première fois, si j’arrive…. à tenir le coup…..jusqu’au prochain poteau télégraphique ! Oh ! Me voilà partie !
(Elle perd complètement son équilibre, et roule jusqu’au bout du talus.)


   Par cet acharnement, cette volonté de poursuivre sa route sans tomber, sa route  peuplée de poteaux télégraphiques, sans personne pour la protéger. Willie nous émeut, nous bouleverse. Tom est touchant et impuissant. Il  ne lui reste qu’à lui donner ce moment qui sera pour elle un moment d’éternité où elle peut apparaître comme la  princesse de conte de fée qui aura, elle, le droit à sa part de bonheur.


Brigitte



Jeudi 18 aout 2011


Oscar Wilde
 

J’ai eu plaisir à relire la pièce « Un mari idéal » d’Oscar Wilde. Donc je la partage avec vous.


Avec Monsieur Oscar Wilde, auteur du 19ème siècle, nous évoluons dans un monde de nantis : par la naissance, l’éducation, les conventions, les obligations. Derrière l’apparence policée, courtoise, le langage parfois dérape. On découvre alors des personnages qui se lâchent :


Acte 1
Mrs Cheveley : En fait, Sir Robert, mon séjour en Angleterre dépend de vous.

Sir Robert Chiltern : Vous êtes sérieuse ?

Mrs Cheveley : On ne peut plus sérieuse. Je désire vous parler d’un grand projet politique et financier, de cette fameuse compagnie du canal d’Argentine, pour être précise.

Sir Robert Chiltern : Quel sujet ennuyeux et terre à terre pour une personne telle que vous, Mrs Cheveley !

Mrs Cheveley : Oh, j’aime les sujets ennuyeux et terre à terre. Ce que je n’aime pas, ce sont les gens ennuyeux et terre à terre. Il y a là une grande différence………….

Acte 1 (plus loin dans le texte)
Lady Markby : Et maintenant, ma chère, il faut que je parte. Passerais-je vous prendre demain ?

Mrs Cheveley : Oui merci.

Lady Markby : Nous pourrions faire une promenade dans le parc, à cinq heures. Tout à un tel air de fraîcheur dans le parc en ce moment !

Mrs Cheveley : A l’exception des gens !



Vous pouvez vous rendre compte au travers de ces deux passages de l’acte 1 que Mrs Cheveley possède une langue plutôt acérée. Elle n’est pas la seule. Lord Goring lui aussi n’hésite  pas à piquer par de petites phrases assassines (dans ses rapports avec son père acte II),  lorsqu’il parle du mariage ou des femmes.



La différence entre lui et Mrs Cheveley : il a l’esprit et l’intelligence dans ses rapports aux autres. Elle, pense ce qu’elle dit et le dit pour blesser, par méchanceté et par désir de dominer. Elle est avide de pouvoir, de s’enrichir au détriment de ses pairs. Manipulatrice, elle est persuadée de réussir et n’a aucun état d’âme.



Il ne faut pas croire que les personnages d’Oscar Wilde sont  si simples à définir. Son écriture laisse deviner ici aussi un sous texte. Les codes sociaux empêchent les personnages de révéler le fond de leur pensée mais aussi celui de leur cœur.


Quand je lis  du  Oscar Wilde je pense au film de Oliver Parker sorti en 1999. La peinture de cette société anglaise y est parfaite. La distribution excellente  avec notamment Rupert Everett dans le rôle de Lord Goring le personnage  central. Il incarne merveilleusement  le  non-conformiste de ce  monde souvent surfait dans lequel il évolue. Il choque par ses répliques parfois acérées,  son attitude non conventionnelle. Il sera celui qui sauve du scandale et de la honte les personnages de Sir  Robert Chiltern et Lady Chiltern, ceci étant réalisé avec le panache dont est capable un parfait gentleman. Mais aussi grâce à ses qualités de cœur, qu’il masque par souci d’une pudeur extrême.



Oscar Wilde est un spécialiste de la scène, il est considéré comme un dramaturge professionnel, passé maître dans l’art de créer le suspens et les coups de théâtre, incarnant pour d’autres auteurs de son époque le père de « la pièce bien faite » (well-made play).
Le principe de ses pièces reposent sur une mécanique bien huilée : exposition (de la situation, des personnages) complication, dénouement.



Ce ne sont que mes impressions, qui j’espère auront le mérite de vous  donner l’envie de lire la pièce et pourquoi pas d’autres de ses pièces (« L’important d’être constant », « L’Eventail de Lady Windermere », « Salomé » écrite en 1893 pour Sarah Bernhardt….).



Vous découvrirez  avec Monsieur Oscar Wilde une langue, une tournure d’esprit, de l’éclat, une  brillance dans les propos. Si  vous le souhaitez  en cherchant un peu, peut être trouverez vous en DVD le film de Oliver Parker…….


Je vous renvoie à l’onglet Belles Paroles du site vous y trouverez deux extraits choisis : Acte I entre Lord Goring et  Mrs Cheveley puis Acte II entre Lord Goring et Monsieur le Comte de Caversham ; ainsi qu'un extrait vidéo dans l'onglet Liens et Vidéos.

Brigitte
Jeudi 11 août 2011

Baby Doll   
Tennessee Williams




   Je viens de terminer "Baby Doll" de Tennessee Williams. Pour moi ce n'est pas la pièce la plus forte des oeuvres de cet auteur


J'ai eu envie de la relire grâce à Benoît Lavigne metteur en scène. Il l'a monté avec la magnifique Mélanie Thierry actrice qui a joué dans le film "La Princesse de Montpensier" de Bertrand Tavernier (2010) film  somptueux tiré du roman de Madame de Lafayette.


Si j'avais pu je serais aller voir " Baby Doll" au théâtre de l'Atelier. Ce théâtre à l'Italienne veille à une qualité par son répertoire : Pirandello, Ionesco, Beckett, Strindberg.... Des comédiens talentueux comme Michel Bouquet dans le"Revizor" de Nicolas Gogol ou "Le Chateau en Suède" de Françoise Sagan, Laurent Terzieff dans "Henri IV"  " Le Bonnet du fou"de Luigi Pirandello, et d'autres plus récemment comme Dominique Blanc, Fanny Ardant ou Fabrice Luchini.


Pour en revenir à "Baby Doll" on retrouve dans cette pièce cet univers étouffant propre à cet auteur. Comme dans ses pièces "A l'est d'Eden" "Une chatte sur un toit brulant" "Un tramway nommé désir" les personnages rencontrés vivent dans des environnements peu propice au bonheur. L'auteur traduit des climats dans lesquels les personnages évoluent dans la solitude, les frustrations, et toujours au bord du rasoir. Les émotions sont extrêmes et nous renvoient aux tourments de l'écrivain lui même. En effet Tennessee Williams a une vie faite de drogue, d'alcool et a connu l’hôpital psychiatrique. Son homosexualité qu'il assumait difficilement et son état dépressif l'ont conduit à se suicider en 1983.


La pièce raconte l'histoire de Baby Doll qui vit avec un homme(Archie Lee) plus âgé qu'elle. Elle a été mariée petite fille à celui-ci par son père qui souhaitait la mettre à l'abri avant sa mort. La convention était  qu'il devait la combler matériellement et pourrait devenir son mari quand elle atteindrait ses 20 ans.


Baby Doll n'aime pas cet homme frustre,looser,  peu attirant, qui de plus n'a aucunement tenu les engagements faits à son père. Au début de la pièce elle est à la veille de prendre ses 20 ans . Lui n'en peut plus d'attendre. Rentre en jeu un voisin qui vient de perdre son égreneuse suite à un incendie criminel.


La rencontre de Baby Doll et de Silva Vacaro devient jeu explosif , elle va découvrir ici l'émoi des sens, sa propre sensualité et le pouvoir qu'elle peut exercer sur les hommes. Elle découvrira aussi sa  fragilité et son impuissance face aux évènements et au combat mené par chacun de ces deux hommes.


Ma scène préférée est la 6 (la pièce est en 18 scènes) La tension entre Baby Doll et Silva Vacaro se transforme en course  poursuite, jeu de chat et de souris. Ils vont se côtoyer, s'approcher se fuir. Ils vivront des  moments de douceur, de sensualité de désir fou au bord de la folie, dans la moiteur et sous une chaleur étouffante, presque insupportable.....


Brigitte


Jeudi 4 août 2011

Xavier Durringer




   J'ai lu des pièces et j'ai dévoré l’œuvre de beaucoup auteurs. Je ne savais pas par laquelle commencer. Nous allons partager un auteur contemporain qui a écrit pour le théâtre et pour le cinéma. Il s'appelle Xavier Durringer, est né en 1963. Il a dirigé une compagnie et s'est mis à écrire des pièces pour elle et  les a mises en scène. Vous le connaissez en tant que réalisateur au cinéma :  "La Conquête"avec Denis Podalydès comédien de la Comédie Française est son dernier film.


Je ne sais plus quelle année c'était. Je commençais tout juste à fréquenter le Festival d'Avignon. Je suis allée un peu par hasard, un peu parce que l'affiche, le programme du festival OFF m'avaient dirigée vers "Bal Trap".



Quand nous sommes arrivés dans la salle, il y avait un plateau nu avec une rambarde sur laquelle s'accouder et des lampions éteints....... Ont surgi un homme et une femme, lui cherchait la magie de leur première rencontre.



Le Bal trap est un jeu d'adresse et de tir sur des pigeons d'argiles. Ce couple va apparaître et puis  remplacé par un couple plus jeune qui se renifle comme deux jeunes chiens et se séduisent. Qui va attraper l'autre ? Un couple meurt, l'autre s'ouvre à l'amour!



Le jeu des comédiens révélait complétement à l'écriture de Xavier Durringer. Il est vrai que je n'aurais pas été séduite au premier abord par ce texte. Xavier Durringer explore un monde de paumés de gens en perte de repères, qui se cognent aux murs et aux gens. Mais en relisant cette pièce, j'ai abouti sur cette  pièce détonante :



                       "Un envie de tuer sur le bout de la langue" Je me suis rendue à l'évidence : son écriture est peut être celle des gens ordinaires qui n'ont pas le langage "soutenu" comme on dit, mais il y a comme une force, un coup de poing dans ses mots et surtout une détresse tellement émouvante.



Les personnages de Durringer sont cassés, brisés mais ils trouvent en eux et chez les autres des ressources pour se sauver du pire qu'ils ont eux-mêmes fabriqué. Dans le théâtre de Durringer il émerge ce sous-texte  mettant en marche les personnages vers leur inexorable destin.  Si nous ne faisons pas cet effort imaginaire de visualiser les lieux, les êtres/personnages dans leur palpable leur épaisseur il est impossible de comprendre son univers.


Univers fait de bruit, de souffrance, d'impossible. Les vies  sont cassées, dans un "no man's land"....  Nous sortons de là avec un sentiment de non retour !


Il y a deux voies possibles : ou les comédiens servent le texte avec humilité comme chez Racine, Tchekhov, où ils nous font voir ce fameux sous-texte, ils inventent des personnages extraordinaires, capables de tout afin de porter cette écriture de Xavier Durringer qui, lui laisse deviner la force du propos qu'il tient.



Vous trouverez "Une envie  de tuer sur le bout de la langue", dans l'onglet Belles Paroles, et les dernières paroles de Rou  essayant de partir et de quitter son ami Poupon et comment se brise une relation à la manière de Xavier Durringer.


Vous pourrez fermer les yeux et inventer un endroit couleur nuit  apparaissant comme la fin du monde de deux êtres à jamais perdus l'un pour l'autre....Naît ensuite un nouveau couple, un nouveau désir, un nouvel amour. Et ce, grâce à la danse formidable de Muso autour de Bulle lors de leur première rencontre, comme l'exerce un paon pour conquérir sa femelle...




Brigitte

2 commentaires:

  1. Je dois avouer que je m'étonne de votre enthousiasme pour La Vérité. Je l'ai non seulement lue mais aussi vue, et mon avis est bien différent du vôtre ! J'ai trouvé le texte extrêmement répétitif et fade, la fin très prévisible. Et ce sont des choses que l'on a vu cent fois !
    Vous trouverez mon article sur cette pièce à cette adresse : http://leparadisestautheatre.wordpress.com/2011/05/08/la-verite-de-florian-zeller/ Si vous y allez, vous verrez à quel point nos impressions divergent !

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  2. Je comprends votre réaction, et la partage en partie.
    Il se trouve que j'ai un faible pour ce type de pièce légère. C'est mon péché mignon, et, donc, je suis toujours un peu (trop sans doute) bon lecteur en la matière. Ceci étant, je ne suis pas allé la voir, et pas particulièrement impatient d'acheter le billet. Votre article sur ce dernier m'a d'ailleurs encouragé dans cette réserve.
    Il y a tellement d'autres belles choses, et fortes, à voir, que je n'y courrais pas en effet.
    Ceci dit, si notre article peut favoriser la lecture de cette pièce, donner du goût pour la lecture du théâtre, j'en serai fier. Donc, cette facilité vue et revue, peut servir le théâtre, proposer une porte d'entrée à quelqu'un peut-être.
    Merci de votre réaction, cela montre votre passion !

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